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Terrorisme « démocratique » étatique : dernière forme de gouvernance occidentale

par Khider Mesloub

« Nous sommes en guerre », martelaient les gouvernants des pays européens en proie à la pandémie du coronavirus. En particulier, l'autoproclamé chef d'État-major de l'Union européenne, Macron, qui aime se draper dans la posture martiale de l'empereur Napoléon Bonaparte, pour compenser sa médiocrité présidentielle, caporaliser sa gouvernance pestilentielle.

Aussi, en guise de riposte médicale pour protéger leurs po-pulations respectives, avaient-ils plutôt décrété, paradoxalement, le confinement totalitai-re de leurs populations, instauré le couvre-feu, avec une restriction drastique des libertés individuelles, la prescription de la fermeture des établissements accueillant du public (cafés, restaurants, cinémas, théâtres), ces lieux de vie transformés en cimetières, sur fond de propagation d'une psychose distillée sadiquement par les médias.

Dès le déclenchement de la pandémie, début 2020, avec une rhétorique guerrière propre à enflammer la fibre patriotique, tout le monde s'attendait à une déclaration de mobilisation générale pour combattre l'envahisseur viral. Or, les téméraires dirigeants des pays européens, au lieu d'aligner une armée (sanitaire) pour protéger leurs populations respectives contre l'ennemi (viral) ou de les appeler à s'armer (médicalement) pour affronter l'envahisseur contagieux, invitèrent, de manière machiavélique, leurs citoyens à se calfeutrer chez eux, à se confiner, comme aux temps du Moyen Âge, faute d'équipements sanitaires et moyens médicaux, décimés ces dernières décennies par ces mêmes dirigeants, au nom de la rigueur budgétaire instituée pour muscler davantage la vigueur du capital.

De fait, faute de moyens de santé pour enrayer la propagation du coronavirus, du fait de l'orchestration des pénuries des équipements sanitaires et matériels médicaux, conjuguées à la décimation du personnel soignant, les États européens avaient-ils stratégiquement placé la riposte sur un terrain militaire, comme s'il s'agissait d'une guerre à mener. Cette logique belliqueuse demeure encore aujourd'hui leur feuille de route, pourtant largement responsable de l'actuelle déroute, c'est-à-dire de la crise énergétique étatiquement fabriquée par suite des sanctions économiques inconséquentes édictées contre la Russie.

CONFINEMENTS : RÉPÉTITION GÉNÉRALE DE LA POLITIQUE DE BUNKERISATION DES POPULATIONS

D'aucuns affirment que la stratégie sécuritaire de confinement, mise en œuvre par les pays atlantistes, constitua la répétition générale de la politique de bunkérisation des populations, opérée dans la perspective de l'imminente guerre (bactériologique) en préparation par les principales puissances impérialistes rivales, autrement dit Alliance Atlantique contre Alliance de Shanghai, mais également contre le prolétariat et les classes moyennes, dont les premières attaques avaient commencé avec la destruction des secteurs obsolètes du point de vue du grand Capital (secteurs dits non-essentiels), la paupérisation généralisée des populations laborieuses, occasionnée par l'inflation spéculative et les pénuries.

Globalement, avec l'imposition des mesures de confinement totalitaire, de couvre-feux et de lock-out des économies nationales, les prolétaires - les travailleurs, les paysans, les chômeurs, les couches sociales pauvres - furent les premières victimes de cet inédit exercice de guerre sanitaire orchestré par les pays atlantistes.

De toute évidence, cette opportune pandémie servit de paravent pour mener cet inédit exercice militaire - ce n'est pas innocent, pour ne citer que le cas de la France, que Macron ait placé la gestion de la pandémie sous les auspices du Conseil de défense, véritable cabinet noir soumis au secret défense, au sein duquel siègent des généraux, pour gérer théoriquement un banal virus qui relève normalement du seul ministère de la Santé en temps ordinaire - visant à analyser et à anticiper les problèmes soulevés par la « gestion » sécuritaire des populations soumises aux fortes pressions psychologiques anxiogènes, aux drastiques mesures coercitives, à l'austérité économique et aux compressions salariales doublées du renchérissement des prix des produits essentiels et matières énergétiques, mesures imposées dans le cadre de l'institutionnalisation de l'économie de guerre, l'instauration du militarisme, sous couvert de crise sanitaire.

De là s'explique le durcissement autoritaire des États occidentaux, notamment européens, la militarisation de la vie quotidienne, prélude à la future société totalement caporalisée, au sein de laquelle la population sera enrégimentée, militairement contrôlée, psychologiquement conditionnée pour supporter l'inévitable guerre (bactériologique) en préparation, pour généraliser la spartiatisation des conditions de vie, orchestrée pour soutenir l'effort de guerre.

Bis repetita placent : depuis le déclenchement de la lointaine guerre locale en Ukraine, les pays atlantistes, en particulier européens, réactivent les mêmes mesures restrictives et coercitives pour juguler la crise énergétique, par ailleurs largement provoquée par leurs sanctions économiques criminelles édictées contre la Russie.

BIS REPETITA PLACENT : RÉACTIVATION DU DESPOTISME ORDINAIRE OCCIDENTAL

De nouveau, en Europe, cette factice « crise énergétique » spéculative est gérée par des méthodes sécuritaires, sur un mode militariste, avec des dispositifs coercitifs, tout cela enveloppé dans une rhétorique délibérément belliqueuse et anxiogène pour alimenter la psychose, aggraver la vulnérabilité psychologique générée par la gestion criminelle de la pandémie, accentuer la paupérisation, vecteurs d'affaiblissement sociale, donc de soumission politique. Un prolétariat affamé et atomisé devient plus aisément corvéable et exploitable. Plus perméable à l'endoctrinement idéologique nationaliste belliciste, et, par extension, à l'enrôlement militaire dans l'imminente guerre généralisée en préparation.

Déjà, les gouvernants européens commencent à exiger de l'ensemble de la population des sacrifices, notamment par les restrictions de la consommation d'énergie, la baisse de leurs dépenses, la diminution de leurs salaires. En France, la population française est invitée à la « sobriété énergétique » par Macron, ce président connu pour son ivresse du pouvoir, son « éthylisme financier », cette pathologie présidentielle qui consiste à siphonner des milliards des comptes publics pour les déverser à ses amis les puissants, les capitalistes et les financiers, via des subventions et l'attribution de contrats, à l'exemple de McKinsey et Uber, Pfizer, etc.

Sans nul doute, cette guerre en Ukraine, alimentée et attisée délibérément par les États capitalistes atlantistes, va terriblement affecter l'ensemble de la société. De surcroît, avec le glissement inéluctable de l'économie mondiale vers la récession, elle risque de précipiter dans la famine des centaines de millions de personnes dans monde. Aussi bien dans les pays occidentaux mais également dans les pays du Tiers-Monde. Du fait de l'interruption du commerce des céréales et des semences et de la rupture des chaînes d'approvisionnement, dans le cas des pays sous-développés, et de la baisse drastique des revenus des populations vulnérables, dans le cas des pays occidentaux (États-Unis et l'Europe). Au reste, ce plan d'austérité, baptisé par euphémisme plan de sobriété, impactera inévitablement les entreprises, plombera la croissance déjà malmenée.

Encore une fois, à l'exemple de la gestion autoritaire de la pandémie de Covid-19, les gouvernants européens s'apprêtent à gérer la crise énergétique actuelle sur le mode sécuritaire et militaire, notamment par l'imposition de mesures coercitives et répressives, l'instauration d'un confinement énergétique totalitaire, encadré probablement par un pass climatique, cette arme de surveillance technologique de la population.

Lors de la pandémie de Covid-19, on se souvient qu'en fait de politique sanitaire et médicale, la gestion fut confinée à une opération militaire : confinement obligatoire, fermeture des frontières, contrôles policiers, mobilisation de l'armée pour soi-disant « suppléer » les personnels soignants débordés (mais pour habituer la population à l'encadrement de la société par des militaires). Cela s'apparentait à une opération de « pacification du pays », digne des guerres coloniales où les populations indigènes sont parquées dans des emplacements distinctifs, pourchassées, bannies des centres urbains, suspectées de transporter une bombe, d'attenter à la vie de l'occupant, tenues à distance comme si elles étaient porteuses de maladies contagieuses. Mais, surtout, elles sont dépossédées de leur dignité, privées de leur liberté, de leurs droits politiques et civiques, militairement quadrillées, « policièrement » contrôlées, dictatorialement confinées.

Pour prendre l'exemple de la France, tardivement enrôlée sur le front de la lutte contre la pandémie du coronavirus, le général Macron avait d'emblée imprimé des accents belliqueux à son discours avec sa rhétorique guerrière. «Nous sommes en guerre !» avait-il martelé dans son allocution du 16 mars 2020. En guerre contre qui ? Contre le Covid-19 ou contre la population contrainte de subir dans la détresse sociale et le stress émotionnel un confinement plus destructeur que le coronavirus, étant entendu qu'aucune autre prise en charge authentiquement médicale ou psychologique ne l'accompagnait, laissant la population, tétanisée, en proie à la peur et à la sidération, livrée aux médias tortionnaires qui relayaient le narratif propagandiste et terroriste du gouvernement.

Comme l'avait écrit au siècle dernier le critique américain Henry Louis Mencken, « le but de la politique est de garder la population inquiète et donc en demande d'être en mise en sécurité ». Aussi la politique de la peur s'attache-t-elle à susciter un climat de psychose au sein de la population pour justifier l'adoption de lois sécuritaires, de mesures restrictives et coercitives. « Et si vous pouvez trouver quelque chose pour les effrayer, vous pouvez leur faire tout ce que vous voulez », répétait Hermann Göring, homme politique nazi. Notamment en les plongeant dans l'obscurité par les coupures d'électricité, ou dans le froid sibérien du fait des coupures de chauffage, comme l'envisage le président Macron. Il vient de le déclarer : « La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne consomme pas ». Traduction : pour économiser l'énergie, l'État procédera à la réduction drastique de la consommation. Déjà, il a commencé à réduire la production électrique par la fermeture de 32 réacteurs nucléaires sur les 56 que compte la France.

Comme au temps du Covid, Macron a annoncé que des points hebdomadaires seront organisés pour dresser le bilan sur les stocks et l'ajustement des mesures. Si cette étape de « sobriété volontaire » ne fonctionnait pas, alors « on passerait à la troisième étape, celle du plan de rationnement », a précisé Macron. Comme à l'époque du Covid : « Nous sommes en guerre. En guerre énergétique », a-t-il martelé.

Fondamentalement, les discours alarmistes et anxiogènes participent de la politique sécuritaire actionnée par les classes dominantes occidentales. L'instrumentalisation de la peur réelle ou irrationnelle par les gouvernants à des fins de conditionnement idéologique est une arme appliquée depuis la naissance des sociétés de classe. Mais l'instrumentalisation de la peur à des fins de confinement politique, de dégradation des conditions sociales et de neutralisation de la protestation sociale, sous couvert de gestion sanitaire ou énergétique, est la dernière machiavélique invention étatique occidentale.

CROISADE ATLANTISTE CONTRE LA RUSSIE ET LA CHINE

En Europe, cette politique de « terrorisme démocratique étatique » est la dernière forme de domination de classe. La « démocratie » n'est pas une abstraction morale, mais un mode de régulation du capitalisme. Aujourd'hui, il le prouve par la métamorphose de son paradigme de régulation sociale. Des lois d'exception sont abondamment adoptées sous prétexte, hier de lutte contre le Covid-19, aujourd'hui contre les pénuries énergétiques (par ailleurs provoquées par les sanctions économiques prises contre la Russie). Le durcissement de l'arsenal juridique s'accompagne d'une répression policière accrue de la population, par ailleurs infantilisée et criminalisée. Nous assistons au durcissement autoritaire de la société occidentale, inscrit dans une stratégie de contrôle social totalitaire, hier sous couvert de gestion sanitaire, aujourd'hui sous prétexte de gestion énergétique.

En réalité, ces mesures despotiques et ces lois antisociales, imposées par les gouvernements européens sous couvert de solidarité avec le peuple ukrainien, loin de se révéler « anti-démocratiques », participent au contraire au fonctionnement normatif de la démocratie capitaliste occidentale qui repose sur l'exploitation par le travail et la représentation parlementaire. Ces mesures étatiques et parlementaires s'inscrivent dans une logique répressive globale. Pour preuve : toutes ces mesures despotiques et antisociales sont votées démocratiquement par des représentants élus par les « citoyens », et soutenues par l'ensemble des journalistes va-t-en-guerre.

Conditionnées par les médias stipendiés partisans de la guerre sociale contre le peuple, matraquées par la propagande chauviniste occidentaliste, les populations européennes sont aujourd'hui invitées à se muer en soldats, non sans avoir auparavant soldé leur vie fondée sur « l'abondance et l'insouciance », comme l'appelle cyniquement de ses vœux le président des riches, Macron. Une chose est sûre : dans cette période marquée par l'économie de guerre et le militarisme, en Europe, notamment en France, plus aucune critique ou voix discordante n'est tolérée (l'ancienne ministre, Ségolène Royale, vient d'en faire les frais : elle est poursuivie en justice juste pour avoir remis en cause la réalité du bombardement par les Russes de la maternité de Marioupol, dénoncé dans un tweet « la propagande de guerre par la peur, par la terreur, qui conduit à l'escalade »). Y compris des pays, à l'instar de la Hongrie et de l'Italie, sont menacés de sanctions (d'exclusion ?) si les populations élisent démocratiquement des dirigeants politiques réfractaires, jugés proches de la Russie. Toute opposition politique aux projets belliqueux et aux mesures antisociales sera bientôt considérée comme une trahison. La « nation européenne » exige la fidélité envers ses dirigeants, la foi patriotique.

Pour réchauffer l'atmosphère sociale refroidie par les pénuries et l'inflation spéculative, l'Europe, assourdie déjà par les bruits de bottes, entonnera probablement bientôt l'hymne guerrier : « Nous te suivrons d'un cœur croyant », scandé par des foules européennes électrisées et hitlérisées, dans leur Croisade contre la Russie et la Chine, comme l'espèrent les dirigeants va-t-en-guerre des pays atlantistes. Le « démospotisme » est la dernière forme grave de domination politique pathologique, opérée en phase finale du capitalisme en état d'apoplexie productive.

Le démospotisme, c'est ce mode de gouvernance occidentale qui a l'apparence de la démocratie par l'élection, mais le vrai visage du despotisme par la gestion étatique.

Fondamentalement, en Occident, l'amplification du despotisme ne relève pas du fascisme, mais plus prosaïquement de l'exercice normatif de la démocratie bourgeoise. Le totalitarisme actuel occidental s'inscrit dans la logique démocratique bourgeoise normative. Il n'y a pas d'État à visage humain. Et l'État de droit relève de la mascarade, comme on le constate avec le durcissement autoritaire et la censure médiatique en France.

Comme le prouve l'Occident décadent, l'objectif politique de tout pouvoir n'est pas de « protéger les libertés et d'assurer le bonheur du peuple », comme le propagent les idéalistes petits bourgeois, mais d'œuvrer, y compris par la terreur étatique, à son maintien et à sa pérennité. Quoi qu'il en coûte ! Quoi qu'il arrive !

La démocratie bourgeoise occidentale est la feuille de vigne derrière laquelle se dissimule la dictature du capital. Dans l'histoire de l'Occident, démocratie et dictature, deux modes de régulation politique au sein du même système de production capitaliste, se succèdent alternativement, au sein du même État, au gré des conjonctures socioéconomiques et de l'assoupissement ou de l'exacerbation de la lutte des classes.