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Une democratie au forceps

par Mohamed Bensalah

« La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics », stipule la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations unies en 1948. Pourtant, tout concourt à pervertir cette volonté.

L'imbrication des ambitions personnelles qui dénaturent toutes les expertises, les calculs sordides plus ou moins indépendants qui envahissent les cabinets ministériels et parasitent l'économie aujourd'hui à corsetée, les puissances de l'argent qui envahissent tous les secteurs et enfin la force des médias qui en arrivent à falsifier de manière éhontée l'information rendant caduque toute velléité de renouveau, toute perspective de sortir de d'ornière. Crise sociale après crise sociale, l'espace public français est atomisé, phagocyté et réduit à sa plus simple expression. Sordide spectacle que ces législatives qui montrent des candidats à la députation quémander des voix en arpentant des marchés publics. Coupés de leurs électeurs potentiels, les électeurs, cherchent en fait davantage le coup médiatique pour se faire connaître et attirer l'attention sur eux.

Ce genre de dérives courantes met à mal l'ensemble des pays occidentaux. Depuis que la mondialisation a fragilisé les Etats et mis en cause certaines des libertés chèrement acquises. Patente, la crise de la démocratie ne cesse de susciter des interprétations diverses (1). Les responsables politiques, quant à eux, prétendent rénover la démocratie en l'affublant de qualificatifs d'autant plus imprécis (« de proximité », « participative », « citoyenne ») qu'ils ne correspondent à aucune nouvelle répartition des pouvoirs entre les citoyens et leurs représentants. En définitive, on invoque tellement la démocratie qu'on ne sait plus très bien de quoi on parle...

D'où l'opportunité d'analyser les discours des uns et des autres, comme nouvelles approches des productions langagières. Celles-ci se situe au confluent des sciences du langage et des sciences humaines et s'intéresse à la langue et au langage. Ce qui ouvre sur des pratiques pluridisciplinaires et permet la mise en place de grilles d'études avec divergence d'interprétations. Comme démarche envisagée ici, nous privilégierons l'étude des discours en contexte, qu'il s'agisse de discours politiques, de discours des médias (et notamment de la presse), de discours publicitaires ou de textes littéraires, ou encore d?analyse sémantique des discours démocratiques auxquels on ne prête que peu d'attention. Une attention particulière est accordée aujourd'hui à ces derniers et donc à leurs stratégies argumentatives, narratives, descriptives à l'expression du raisonnement et à l'idéologie sous-jacente à toute forme d'expression. Cette analyse des Discours démocratiques renvoie d'abord à une maitrise du concept. La démocratie, nous dit-on, est un régime politique dans lequel tous les citoyens participent aux décisions publiques et à la vie politique de la cité. Dans ce cadre là et dans une société dans laquelle les valeurs démocratiques sont respectées, le peuple ne peut qu'être que souverain. Ce qui renvoie à la liberté (liberté d'expression, d'opinion, de considération, de solidarité et d'égalité (pas seulement en droit). Comment alors comprendre que la souveraineté qui appartient au peuple est en permanence bafouée ? S'il est permis au peuple de changer de gouvernent ou de projets politiques légalement, c'est-à-dire sans avoir besoin de recourir à la violence et en respectant les procédures définies par les lois, pourquoi tant de blocages, pourquoi tant d'invectives, pourquoi tant de violence de la part de ceux qui veulent se maintenir coûte que coûte et qui poussent vers l'abstention, à défaut de choix souverain ?

En principe tous les citoyens participent aux décisions politiques par le vote, puisque la souveraineté leur est accordée. Chaque élu est sensée représenter l'ensemble des citoyens, la Nation même, et non pas seulement ses électeurs.         C'est le cas par exemple des députés, tandis que les sénateurs représentent au contraire les collectivités territoriales. Mais qu'en est-il concrètement ? Comment se caractérise le régime politique français récent ou ancien ? Les heurts et les malheurs enregistrés durant les diverses campagnes électorales qui se sont succédés, les diatribes profondes entre adversaires politiques aux abois et les prises de positions alambiquées des uns et des autres en quête de sièges moelleux, ne préjugent rien de bon. Pour certains, de ce système quasi-monarchiques (détenu par Macron), il n'en sortira rien de bon. Pour d'autres, le pouvoir oligarchique qui s'instaure (accaparé par les affidées), va se rapprocher dangereusement des systèmes autoritaires, voir tyranniques. Pour les français, le problème est de savoir « comment empêcher ceux qui ont le pouvoir d'en abuser ».

Cette situation n'est pas exclusive à la démocratie à la française qui révèle aujourd'hui de graves insuffisances structurelles, qui la rendent inapte à affronter les multiples crises écologique, sociale, sanitaire...). Sur le plan international, la démocratie que l'on souhaite exemplaire t qui est considérée comme le système idéal à atteindre, est aussi en souffrance. Derrière les élections, quelle démocratie entre l'Etat et ses citoyens (2)?

Il est difficile pour l'homme au pouvoir d'accepter conseils et critiques. Sa quête de puissance l'oblige à un contrôle de plus en plus strict. C'est le cas chez le président Macron qui fait montre d'un raidissement exemplaire. Critiqué, même dans la rue, le régime se rebiffe et opte pour une censure plus poussée qui ne fait que focaliser la mobilisation contre lui. Ce que dénoncent les manifestants qui descendent dans la rue depuis près des mois et dont les revendications dépassent largement les questions économiques et sociétales. Frustrés par le manque de liberté politique et en colère contre la corruption des mœurs, les Français, frappés par une austérité économique sans précédent, voit croitre l'inflation croissante et augmenter un désespoir à nul autre pareil. Pourquoi les empêche-on de témoigner de leur colère, colère nourrie par les démonstrations de richesse des puissants et par la corruption persistante.

En France, il ne s'agit plus d'une crise passagère. C'est l'idéal démocratique lui-même, miné dans ses fondements, qui est redevenu un enjeu politique. Face au déficit démocratique entre l'Etat et ses citoyens (qui n'ont plus que l'abstention ou le vote nul pour se manifester), de nombreuses initiatives citoyennes ont été initiées, certes, pas facilement. La Mupes convaincue de son succès, appelle à une remobilisation dimanche prochain, à l'occasion du second tour des législatives. Ses acteurs, puisés dans la société civile et les médias interactifs, se mobilisent d'ores et déjà. Il serait dommageable pour « Renaissance » et toute l'instance dirigeante d'ignorer cela.

«Le silence est complice, déclarait en 2007 celui qui n'était alors que candidat à l'élection présidentielle. Je ne veux être complice d'aucune dictature à travers le monde, parce que la France a des principes. Avoir des principes sans les défendre, ce n'est pas être fidèle à son histoire ».Et que dit cette histoire ? Conçue à l'origine comme un régime parlementaire dans lequel les pouvoirs de l'exécutif ont été renforcés, la Ve République est devenue un régime de type semi-présidentiel depuis le référendum de 1962, un régime hybride présentant simultanément des caractéristiques propres au régime présidentiel et au régime parlementaire. La nature véritable du régime, défini par la Constitution de 1958 est bien un régime parlementaire. Cette nouvelle procédure prévoyait deux mécanismes distincts. Une fois le Premier ministre désigné et les autres membres du gouvernement nommés sur proposition du président de la République, la nouvelle équipe devait solliciter la confiance de l'Assemblée nationale sur son programme. Le Premier ministre avait, par ailleurs, la possibilité de solliciter cette confiance ultérieurement, en demandant un vote des députés sur une déclaration de politique générale. Le renforcement de la légitimité du président de la République intervenu à compter de 1962 a modifié l'interprétation de cet article de la Constitution. L'usage selon lequel le Premier ministre ne procède que du seul président de la République s'est ainsi imposé, en dehors des périodes de cohabitation. L'engagement de responsabilité du Gouvernement après sa désignation est devenu facultatif : certains gouvernements sont ainsi entrés en fonction sans solliciter la confiance de l'Assemblée, d'autres ont procédé à une déclaration de politique générale, sans qu'elle soit pour autant nécessairement suivie d'un vote. Cette lecture de la Constitution a également eu pour conséquence une rupture avec la tradition républicaine, qui voulait que le chef du gouvernement soit toujours issu du Parlement.

Comment résorber un déficit démocratique qui menace les libertés

« En cas de majorité relative pour Ensemble ou encore d'une victoire de la NUPES, les membres de la majorité présidentielle prévoient un sombre avenir politique pour le pays. Les menaces fusent de partout. Il est question de « Folie », de «désordre politique », de «blocage de l'Assemblée nationale», de «crise institutionnelle qui rendrait le pays ingouvernable». Macron panique. Il réclame les pleins pouvoirs pour faire vivre la démocratie. Réunissant, sous la bannière Ensemble ! (LREM, Modem, Horizons et Agir) il ne cesse d'appeler les Français au «bon sens» en les suppliant de lui donner «une majorité solide». La partie semble toutefois mal engagée pour «Ensemble !» qui se tourne vers les députés LR élus, qui n'ont pas encore rejoint la majorité présidentielle, voire le gouvernement, afin de faire voter certaines lois. S'il en est ainsi, ela dit, un pacte de gouvernement, est nécessaire pour un accord sur ( les banlieues, la sécurité, la rigueur budgétaire, une politique d'immigration plus rigoureuse... ). Plus improbable mais pas impossible, l'hypothèse d'une cohabitation, honnie par la présidence, dans le cas où une alliance autre que celle du président remporte la majorité à l'Assemblée.

L'hypothèse la plus crédible est celle de la Nupes, qui enverrait Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Le candidat battu à la présidentielle y croit, misant sur la mobilisation d'une partie des 25 millions d'abstentionnistes.

Cette hypothèse déjà vue avec Chirac, Balladur et Mitterrand, donne davantage de pouvoirs au Premier ministre qu'au Président. D'où les risques de cohabitation difficile en raison de potentielles frictions entre le Premier ministre et le Président, le premier ne se privant pas de se démarquer de l'action du Président quand il estime que les acquis sociaux sont menacés.

En 1997, les rôles politiques étaient inversés : Jacques Chirac était contraint de nommer Lionel Jospin Premier ministre après la victoire de la gauche aux législatives. Si le 14 juillet 1999, il avait qualifié la cohabitation de «constructive», il dénoncera en 2001 le «manque de volonté d'agir» du gouvernement «en matière de sécurité» et son «immobilisme» concernant les réformes à entreprendre.

Ainsi, tout est encore à inventer. Tout est prêt en Europe pour lancer les initiatives citoyennes. Il serait dommageable d'ignorer le réel potentiel de communication que recèlent les acteurs de la société civile, mais également les autorités politiques, sans oublie les médias, qui, qu'on le veuille ou non, jouent un rôle déterminant dans l'avenir en offrant ainsi à la Commission ou au Parlement l'opportunité de répondre directement.

Dimanche prochain : second diagnostics au second tour des élections législatives : l'abstention, dit-on, devrait atteindre un niveau record. La majorité présidentielle «Ensemble !» est donnée en tête en termes de répartition de sièges à l'Assemblée. Toutefois, Nupes et Ensemble, demeurent au coude à coude en termes de suffrages exprimés. La Nupes, Nouvelle union populaire écologique et sociale, réalise une forte poussée au niveau national. Contrairement à ce qu'affirme haut et fort la représentante du rassemblement national, qui espère disposer d'un groupe au sein de l'Assemblée, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), menée par Jean-Luc Mélenchon est en passe de s'imposer comme la principale force d'opposition à l'Assemblée nationale. Quant-à l'énigmatique Macron, Jupiter pour les intimes, boss de la majorité présidentielle son rêve est d'obtenir la majorité absolue à l'issue du second tour. Qui créera la surprise ? A quoi ressemblera l'Assemblée nationale des cinq prochaines années? Pour l'heure, c'est l'abstention qui tient les règnes, comme au premier tour, et le match à venir, qui se déroulera entre la Nupes et Ensemble, va monopoliser l'attention de citoyens incrédules, durant ces derniers préparatifs.

Notes

1) De Pierre Rosanvallon, qui a décrété le « peuple introuvable », aux néoconservateurs américains, qui banalisent la guerre comme outil politique, les penseurs dominants ne craignent pas de transformer la crise en enterrement.

2) Mais la liberté d'expression, poumon de la démocratie, ne se négocie pas. Il faut rompre avec rompre avec « la culture de l'offense/ » . Les mouvements de fanatisation bousculent depuis plusieurs années tout l'édifice de la liberté d'expression.