Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Covid-19 : fin de la pandémie et retour à la vie normale

par M. Bouchakour*

Tout en continuant à espérer, au plus profond de nous-même, que ce fléau qui , faut-il le rappeler, n'a aucun traitement spécifique jusqu'à ce jour , et fut à l'origine de bouleversements majeurs des systèmes de santé, qu'il a sérieusement et durement ébranlés, ainsi que ceux des aspects économiques, sociétaux, politiques, environnementaux, à un niveau planétaire sans précédent, s'éteigne spontanément comme il est apparu, par une forme d' « extinction naturelle », il est bon de savoir comment se terminent les épidémies ou , plutôt, quels en sont les différents scénarii

- Mutations du virus

- Efficacité des mesures prises par les Etats

- Immunité collective

- Vaccination.

Chez nous, en Algérie, avec les moyens actuels en véritable recherche médicale de pointe, nous ne pouvions intervenir ni sur le volet « Mutation du virus », un tant soit peu sur le volet « vaccin », encore moins sur l'aspect « Immunité collective » ; tout ce qui nous restait comme terrain d'action restait le volet « Efficacité des mesures sanitaires prises par l'Etat ».

Je ne veux faire aucun commentaire ni sur les chiffres ni sur les aspects organisationnels ou autres.

Je m'inquiétais sur la situation sanitaire de mon pays et surtout celle des hôpitaux et de leur capacité à y faire face ainsi que celle du personnel soignant, toutes catégories confondues, qui a subi une pression unique dans l'histoire de la Santé algérienne et dans laquelle leur santé, physique et mentale, a été fortement et durement éprouvée.

Actuellement, je continue, heureusement, à relever , avec satisfaction, que durant ces derniers jours, le nombre de nouveaux cas quotidiens de Covid-19 déclarés officiellement en Algérie de 38, 32, 26, 23, 20, 25 et 19 en mars 2022 est inférieur à ceux observés au début de l'épidémie chez nous en mars 2020, de 49, 62, 29, 34 et 38 ; c'est la première fois qu'ils le sont, à un niveau aussi bas, en 02 ans !

D'autre part, la mortalité, ayant nettement diminué, est beaucoup moins importante que celle de 2020 ; de 17 à 19 cas par jour, en 2020, elle est aujourd'hui, en mars 2022, de 0, 1 et 2 !

Si ce ne sont pas des macro-indicateurs supplémentaires de fin de l'épidémie que nous devons ajouter aux « caractéristiques relativement bénignes » de la 4ème vague, mais ô combien immunisante, je ne vois pas quelles autres conclusions logiques nous pourrions tirer de cette série de données de surcroît quand je constate qu'au niveau mondial les choses semblent évoluer favorablement vers une fin d'épidémie ou une transformation en maladie endémique.

Alors qu'une épidémie représente l'augmentation et la propagation rapide d'une maladie infectieuse dans une région donnée, l'endémie est la présence habituelle d'une maladie, en générale infectieuse, dans une population déterminée ou une région précise, avec une incidence stable ; elle existe d'une manière permanente et très souvent latente, comme la grippe, la tuberculose chez nous par exemple !

Et pour rappel, aussi, la fin d'une épidémie est définie par l'OMS comme « l'absence d'apparition de nouveaux cas pendant une période de 02 semaines consécutives ».

Ces derniers temps, il y a de nombreux signaux rassurants, à 02 ans près, annonciateurs d'un recul, ou d'une disparition de l'épidémie et du retour, tant espéré, à une vie normale.

Les « critères » de fin d'épidémie, si nous pourrions utiliser ce terme, nous paraissent les suivants :

- Une diminution, rapide et spectaculaire, des contaminations de Covid-19, ces dernières semaines (19 à 30 cas par jour pour un pays de 42 millions d'habitants) et qui, très probablement, doivent être inférieures à ceux de la grippe saisonnière si statistiques nationales il y avait !

La diminution exceptionnellement significative du nombre des contaminations après une vague d'Omicron relativement brève par rapport aux précédentes.

-Cet état de fait est dû à l'immunité collective obtenue, grâce essentiellement, à la grande « vague immunisatrice » due au « feu d'artifice final » que nous a offert le variant Omicron de janvier 2022, par les milliers de contaminations officiellement déclarées qu'elle a engendré et, très probablement, des millions d'autres, non comptabilisées pour des raisons multiples , notamment les autotests, très souvent non comptabilisés, à l'image de la très rapide vague dont de nombreux indicateurs, venant, au tout début, des scientifiques d'Afrique du Sud , publiant beaucoup et du seul pays d'Afrique à maitriser la technologie ?Arn messager', d' Ecosse et du Royaume-Uni, qui font des études de recherche scientifique dans le domaine médical, tout en respectant la méthodologie spécifique , afin d'éclairer objectivement leurs responsables politiques et les ont multiplié lors de cette pandémie, présageaient du « caractère bienfaiteur » du variant Omicron déjà en décembre 2021 et dont nous en avons fait écho le 04/12/2021 sur les colonnes du ?Quotidien d'Oran', tout en restant prudent, objectif, pragmatique et rassurant pour nos concitoyens, alors que de nombreux collègues spécialistes qualifiaient, sur les ondes des radio et chaînes de télévision nationales avec un ton apocalyptique, de très ravageur, et même catastrophique , en prédisant les pires scénarii , tout apostrophant les voix et les opinions même de scientifiques, qui affirmaient le contraire de ce qu'ils avançaient, au début, puis, au fur et à mesure qu'ils constataient la tendance baissière de la courbe des contaminations quotidiennes, ils optèrent pour un virage à 180°, et eurent l'outrecuidance même de qualifier cette même vague de « bénédiction divine » quelques semaines plus tard !

C'est à dormir debout de surcroît quand cela vient de la part d'hommes de science, censés être pragmatiques et objectifs, à la fois, soit !

- Un désengorgement palpable des hôpitaux, « réparateur » pour l'ensemble des personnels de santé, qui pourront souffler un peu, décompresser beaucoup, avec des services vidés sensiblement des patients Covid y compris en réanimation.

Les patients non-Covid, « dégâts collatéraux » de cette pandémie verront leur prise en charge se normaliser.

- Une mortalité très faible, proche du 0 et inversement proportionnelle au nombre des nouveaux cas dans la vague Omicron contrairement aux autres variants.

Vague Omicron (4) : Mortalité inversement proportionnelle / autres variants

- L'absence de nouveau variant détecté, à ce jour, par l'OMS et ses réseaux internationaux d'experts qui continuent à surveiller l'évolution des virus et leurs changements éventuels afin d'en informer les pays ainsi que le public pour réduire leur éventuelle propagation et mettre en place tous les moyens de lutte qui restent toujours valables jusqu'à ce jour. La durée moyenne d'apparition varie de 02 à 04 mois, pour la plupart des anciens variants et d'01 an pour l'Omicron, et nous en sommes déjà 04 mois de sa découverte; c'est une donnée qui ne peut que nous permettre d'entrevoir une issue favorable et un bon présage !

- L'allègement, voire la levée totale, des mesures sanitaires dans la plupart des pays et le comportement redevenu quasi normal de l'ensemble de la population désireuse de retourner à une vie normale sans contrainte aucune, sans pour autant observer de recrudescence de la maladie est aussi un autre élément qui ne fait que nous conforter pour l'avenir.

Conclusion

Je pourrais m'avancer à dire que de nombreux écrits, depuis 02 ans, nous avaient expliqué, en fait, que nous ne savons, en fin de compte, que très peu de choses sur ce nouveau virus, et ses variants, et que seules des hypothèses suivies d'autres hypothèses ou, « contre-hypothèses », rendant leur contenu, parfois « vide de sens utile » et pratique.

Devant ces « incertitudes et controverses scientifiques », il y avait de quoi avoir peur, et c'était tout à fait compréhensible et même « légitime », de quoi être anxieux, de surcroît pendant des couvre-feux à modalités et horaires étranges, qualifiés de confinements sanitaires, et devant cette « peur du lendemain » ou de stresser devant cette maladie nouvelle qui ne possède, faut-il le rappeler, aucun traitement spécifique et efficace jusqu'à ce jour !

Il y avait de quoi paniquer aussi, ou plutôt surtout, être terrorisé devant ce traitement, ce tapage, ce matraquage médiatique frénétique par une presse audiovisuelle et écrite qui nous distribuait un « décompte macabre » quotidien ou pluriquotidien , faits de chiffres généralement et notoirement connus comme étant approximatifs , donc non sécurisants et commentés très souvent par des invités qui nous abreuvaient de généralités que tout un chacun pouvaient consulter sur Wikipédia , donc anxiogène encore !

Quoiqu'il en soit, et j'en suis convaincu, ce virus s'atténue progressivement, s'acclimate avec « son nouvel environnement », dont l'être humain qu'il découvrit d'une manière frontale, il y a plus de 02 années, fait partie, et dans lequel il fut introduit, malgré lui, involontairement ou non, ceci étant un autre aspect de la problématique !

Néanmoins, en attendant ce « dénouement consensuel », très proche, entre l'espèce humaine et le Sras.

Cov.2, pourrais-je dire, par l'intermédiaire du phénomène d'une « immunité consensuelle », essentiellement celle induite par le variant Omicron, les mesures barrières doivent être observées et la vigilance devenir une seconde nature.

Une forme de cohabitation entre le virus et nous-même s'installera progressivement comme celle qui existe déjà avec d'autres virus grippaux, et ceci en enrichissant notre « faune virale » d'un « nouveau venu » et qui, de temps à autre, sera responsable d'une « épidémie grippale » tous les 2 à 3 ans comme nous avons l'habitude de le vivre régulièrement !

C'est cet espoir, tant attendu, que je veux transmettre à l'ensemble de nos concitoyens après 02 ans d'épidémie, période qui correspond, entre autres, à la durée moyenne d'une épidémie en général !

*Professeur - Médecin-chef - Service de Neurochirurgie CHUO Oran