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Le temps du pouvoir et le pouvoir du temps en Algérie

par Mohamed El Bachir Louhibi

18ème partie



Les luttes politiciennes qui s'y déroulaient ne réagissaient pas sur la stagnation économique ni sur la vie intellectuelle encore moins à nos légitimes demandes, notre soif de justice et de liberté.

L'empreinte du 19ème siècle et son élan étaient si forts qu'ils débordaient sur le 20ème siècle d'une France impliquée à l'envie comme elle le fut assez fréquemment dans sa tumultueuse histoire.Elle se voulait démocratique et elle était complexe. Elle se disait parlementaire et elle était paralysée.

Les abcès mûrissaient tant de ces faits internes au système politique français que par suite d'éléments extérieurs qui évoluaient a un rythme accéléré et apparent.

L'opinion publique n'était pas comme aujourd'hui assaillie quotidiennement par tous les évènements de la planète qu'elle n'arrive plus a absorber en raison de leur nombre et de la publicité qui s'en suit.

Elle percevait chaque nouvelle importante pour la commenter, l'analyser beaucoup plus longuement et plus profondément.

Le fait divers ou la nouvelle accessoire n'étaient pas diffusés comme ils le sont actuellement.

Au seuil du troisième millénaire, elle apparaît saturée d'informations loin d'être toujours essentielles.

Les algériens qui ne voyaient guère leur sort s'améliorer ne se faisaient aucune illusion sur les raisons réelles et les buts évidents de la droite et de la gauche qui relevaient tout simplement de tactiques et de confrontation de politique intérieure.

Lorsque la délégation du Mouvement National Algérien composé de sensibilités diverses avaient été reçue aussi par Daladier ministre du gouvernement de Léon Blum, elle avait pu constater aisément a quel point cet homme qui s'opposa a la fourniture d'armes aux républicains espagnols, qui fut le signataire, de triste mémoire des accords de Munich en 1938 n' avait rien du radical qu'il se prétendait être encore moins un homme ouvert, tolérant et anti-fasciste. Il avait aussi au moins deux casquettes comme Jules Ferry. Daladier avait eu une attitude, des propos et des réponses réactionnaires.

Ce qui fut encore plus choquant pour les algériens c'est qu'il ne s'exprimait pas dans l'intimité. Il parlait en homme d'Etat et de gauche s'il vous plait.

Il n'était que l'un des membres de la collection des réactionnaires qui se prétendaient humanistes, ouverts, tolérants et qui furent pour beaucoup dans les désordres dont la cause partait souvent du cœur du système qu'ils incarnaient.

Le temps, ce révélateur puissant et décisif montra qu'il y avait sur le plan de la réaction des liens certains et indiscutables entre Daladier, Guy Mollet et François Mitterrand, maillons et soutiens de la sinistre chaine coloniale.

Chacun a sa manière s'est voulu l'héritier de Jean Jaurès l'un des chefs de file du socialisme français fondateur du parti socialiste en 1901 et du journal «l'Humanité» en 1904 et qui participa en 1905 à la création de la S F I O- Section Française de l'Internationale Ouvrière, assassiné physiquement le 31 juillet 1914.Il le fut plusieurs fois moralement par tous ceux qui revendiquaient à tort la qualité d'héritiers.

Les élites comme tout le peuple algérien souffraient sans s'imaginer a quel point les événements allaient se précipiter mais ne doutaient nullement de l'avènement de l'aube de la liberté.

Ras El Ma comme toute l'Algérie observait, écoutait dans la misère du corps et dans celle de l'esprit tout en restant vigilante, jusqu'au jour J.

L'abbé Perrin, membre du séminaire de Paris de 1906 à 1910 envoyé en Algérie par la hiérarchie catholique pour faire oublier les conséquences d'un scandale relatif à l'héritage de son frère qui fut notaire à Paris, s'était lié avec mon père lors de son arrivée ou il eut droit aux considérations attachées à sa qualité de prêtre qu'il croyait respectable.

Très vite, ses solides relations lui avaient permis d'être à la tête de la mairie pour exercer aussi une activité temporelle dés 1929.Ils se voyaient pour commenter les événements abondamment.

Jeune enfant, j'étais fortement impressionné par sa corpulence et l'énormité de son ventre qui apparaissait comme une grosse boule émergent de son corps. Sa barbe rousse et fournie comme sa soutane a hauteur de sa poitrine, était saupoudrées constamment des retombées jaunes du tabac à priser dont il était fort amateur.

Il aimait aller au bain maure ce qui faisait le désespoir du masseur qui avait bien du mal avec l'énorme boule qui fluctuait d'un côté a l'autre, une fois l'abbé allongé sur le sol brûlant.

Après ses séances de sudation son appétit déjà monstrueux redoublait.Il est vrai que pour une telle corpulence cela pouvait s'expliquer.

Son activité spirituelle se limitait aux devoirs religieux courants relevant de sa paroisse.

Il côtoyait les habitants avec beaucoup plus de paternalisme que d'efficacité.

Mon père avec quelques notables le sensibilisèrent ainsi que l'Administrateur civil qui dépendait du préfet sur des problèmes concrets qui se posaient aux habitants du bourg et des environs et dont les solutions étaient possibles au niveau local mais en vain.

Il l' interpellait souvent sur des sujets sérieux. Tel l'antisémitisme des français qui dés la prise du pouvoir par Léon Blum déclencha une vague d'une ampleur significative comme dans l'affaire Dreyfus.

Le journal raciste «l'Action Française» titrait en grandes manchettes au cours du mois de juin 1936 :«La question juive à la chambre »«Le maître juif est impuissant »

«Tout va très bien Monsieur le Rabin » «Le bateau juif à la dérive »«La révolution juive chante victoire».

Edouard Drumont homme politique et journaliste français anti ?sémite, fondateur du journal «La libre parole» en 1892, décédé en 1917 voyait ses idées refleurir de plus belle sous la direction de Henry Coston.

L'objectif avéré de sa libre parole était : «Lutte contre le marxisme et la franc- maçonnerie, émanations de l'esprit juif et contre tous les groupes ou personnes qui défendent les juifs ou simplement favorisent leur action directe».

Un autre journal «La France Enchaînée» n'était pas en reste et son directeur Darquier de Pellepoix Conseiller Municipal avait demandé que l'on donne le nom de Drumont à une rue de Paris.

Il sollicita le conseil général de la Seine pour agir auprès des hautes instances afin d'annuler toutes les naturalisations intervenues en faveur des juifs depuis 1918.

La droite réactionnaire finit par obtenir l'abolition du décret Crémieux de 1870 le 7 octobre 1940 sous le régime de Pétain.

La France «patrie des droits de l'homme», reprenait 70 ans après ce quelle avait octroyé, elle qui a livré aux camps nazis de la mort ses ressortissants voire même aussi des juifs d'autres nationalités refugiés sur son territoire.

Quelle confiance et quel crédit accorder aux engagements de la République qui s'avéraient précaires et révocables ?

A suivre