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Crise politique et contestation populaire: Un ménagement qui pose problème !

par Ghania Oukazi

  Tinerkouk a été secouée mardi dernier, par des actes de violence qui risquent de s'étendre à d'autres régions du pays face à l'effacement de la rigueur de l'Etat dont les démembrements ont été instruits depuis le 22 février dernier,

à ménager les mouvements de foule même au dépens de la loi.

Tinerkouk est une daïra située à un peu plus de 200 km de la wilaya déléguée de Timimoun, dans le majestueux Gourara. Timmoun est une circonscription administrative de la wilaya d'Adrar, au sud-ouest du pays, séparé d'Alger par près de 2800 km. C'est probablement en raison de cette immense distance que le gouvernement n'a pas senti venir le danger. Il n'a, en tout cas, pas été inquiété par l'intransigeance des nombreux jeunes qui, depuis un mois, bloquaient l'entrée d'une entreprise, relevant du secteur des hydrocarbures, et ce en signe de protestation contre le refus de leur recrutement.

Ce n'est qu'un long mois après le déclenchement de ce mouvement de protestation que les autorités locales ont décidé de faire appel à la force publique pour déloger les jeunes chômeurs et procéder à la réouverture de l'accès de l'entreprise. L'intervention des éléments de la gendarmerie nationale a provoqué la colère des jeunes qui se sont dirigés vers le centre-ville pour en faire un désespérant théâtre de violence. Les protestataires ont procédé à l'emmurement des sièges de la commune et de la daïra. De «silmia» brandi pendant près de deux mois, à travers l'ensemble du territoire national, le mouvement populaire de Tinerkouk s'est transformé en un torrent d'actes destructeurs. L'affrontement entre les jeunes et les forces de l'ordre était inévitable. L'Agence officielle décrit le désastre au milieu d'une ville empestée par les fumées suffocantes des gaz lacrymogènes.

Ce triste tableau n'est pas nouveau. «Silmia ! Silmia !» du «hirak» étant un fait nouveau à la culture coléreuse nationale ambiante, la violence n'a jamais cédé ses droits en Algérie. Elle vient de ravager Tinerkouk, cette paisible localité du Gourara, daïra de la splendide et sereine wilaya déléguée de Timimoun. Terroir des Ahal elil et plus, de l'histoire la plus ancienne de l'humanité, l'endroit s'est transformé en cracheur de feu. Ce qui est étonnant c'est que ni la contestation populaire ni la prise en otage de l'entreprise pendant un long mois n'ont dérangé les autorités locales. Leur réaction tardive laisse croire que les collectivités locales n'ont plus de rôle à jouer. Ce n'est pas la première fois que des sièges d'institutions publiques ou de partis politiques soient carrément murés par des citoyens qui ont le temps de ramener des briques, du ciment, des outils pour le faire, en toute tranquillité. Cet acte inédit de la contestation populaire a fait son apparition depuis que le «hirak» a commencé à marcher. Il semble cependant qu'aucune autorité locale ne l'a considéré comme étant un délit passible de sanction pénale. Emballée par des affaires de corruption plus grosses que l'histoire et par l'incarcération de personnages qui depuis peu étaient inaccessibles par le commun des mortels, la justice ferme les yeux sur des dépassements qui risquent de transformer la cité en un ring pour des forces déchaînées.

L'on sait que le Haut Commandement de l'Armée a instruit les forces de l'ordre de ménager le plus possible les mouvements de foule pour ne pas provoquer le diable. Si une telle décision est appréciée en raison de la sensibilité de la situation que vit le pays, celle qui ne l'est pas c'est que des autorités locales s'enferment dans leur bureau ou chez elles ignorant ainsi un sit-in de jeunes chômeurs qui a duré tout un mois. Le constat est le même au plan national.

L'on pourrait croire qu'elles se murent dans le silence par peur que les mouvements ne dégénèrent, par incompétence, par manque de moyens pour répondre aux revendications populaires, ou carrément par mépris à l'égard de manifestants qui viennent troubler de longues années de laisser-aller, de ‘hogra' et de bureaucratie diabolique spoliant leurs droits les plus basiques.

D'autant qu'en arrière-plan, l'on constate que le gouvernement n'a plus le droit à la parole et que les partis politiques opposants s'insultent comme du poisson pourri pour avoir ou pas discuté avec Saïd Bouteflika quand il commandait hauts responsables civils et militaires. Les temps ont brusquement changé pour des responsables et des partis politiques qui ont découvert « l'extra-constitutionnel », bien tardivement après avoir marché dans des combines de pouvoir qui les ont tenus au garde-à-vous pendant de longues années. De ceux islamistes qui s'entredéchirent jusqu'à tous les autres en panne d'alternatives «civiles», en passant par un «hirak» qui continue, tant bien que mal, d'occuper les rues, l'indigence est restée intacte. Tous semblent scruter les horizons d'un pouvoir militaire de fait. Le pays tout entier attend que le chef d'état-major de l'ANP parle.