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Le coup de grâce

par El Yazid Dib

Le 102 est un doux coup de grâce à tous les adeptes du recyclage et les opportunistes de la « transition ». On l'avait bien demandé depuis fort longtemps. Ça paraissait chose impossible tant les forces en place étaient bien établies et semblaient toujours avoir le dernier mot. Maintenant et mettant à profit le mouvement populaire, a chose se hisse comme l'ultime solution légale. Par contre tous les partis se sont inscrits en faux et contre cette option pourtant constitutionnelle. Cela peut démontrer leur frustration de se voir en dehors du jeu de la reconfiguration du pouvoir. Ils ont bien nourri, par débats intensifs et implications tardives dans les marches, cette opportunité de pouvoir, enfin, monter le podium et d'avoir une part de représentativité dans ce que le peuple demandait à défaut de la loi, une phase transitoire. Même certaines personnes qui se prenaient pour des personnalités nationales ou celles qui ont eu un brin d'éclairage médiatique, ces derniers temps ou de simples autoproclamés acteurs du ‘hirak', voire de petits internautes ne semblent pas ravis par l'application du 102. Ils y voient, qui une confiscation de la volonté populaire, qui un coup d'Etat déguisé. En fait, ils déplorent le ratage d'une idoine occasion de se faire redécouvrir une virginité, alors que le peuple a scandé bruyamment son grand « dégagez tous ! ». Partis coalisés, opposition ou certaines figures émergeant d'un néant et d'une léthargie quadri quinquennale.

Y compris les réveillés ou ressaisis du quart d'heure final. Le chef d'état major de l'armée qui en principe n'est plus le vice-ministre de la Défense de par la démission du gouvernement de Ouyahia, en lançant sa version de solution à la crise, avait ainsi écarter d'un revers de main tous ceux qui s'attendaient à faire partie de cette conférence du consensus, de ce présidium, de cette instance collégiale de gestion transitoire, enfin, tout le monde lorgnait une position dans l'atelier de fabrication du monde politique de demain. Que de comités, de coordinations, de structures ad-hoc n'étaient-ils mis en ligne, depuis le 22 février, pour constituer chacun la liste de ses représentants ou en proposer d'autres ? On aurait entendu tous les noms, des frustrés aux malintentionnés, jusqu'aux aigris passant par les reclus et les faux opposants. Et le peuple dans tout ça ?

Le peuple, pour celui qui sait bien l'écouter s'est bien exprimé pour le départ de tous. Comme l'on ne peut reconstruire quelque chose sur du vide, l'on peut le faire sur les « ruines » positives de ce qui doit rester. C'est une question de recréation du personnel politique et non pas de démolition des infrastructures. L'on ne peut aussi refaire l'avenir sans institutions, sans partis, sans syndicats, sans associations, sans élite. Le peuple serait en pleine lune de miel si jamais cet article venait à être avant sa mise en œuvre, précédé par d'autres mécanismes permettant le retrait pacifique des symboles du pouvoir honni.

Dans la situation présente on va avoir du Bensalah, du Bedoui et du Belaiz (les 3 B , l'histoire à la rescousse ?). Comment faire pour les contourner, car considérés comme les dernières scories d'un régime avachi ?

Aux manouvriers du droit constitutionnel de trouver la parade, et ils sont nombreux, ces heures, et fusent de partout. Démission, réélection du président du Sénat, désignation d'un nouveau chef d'un gouvernement de techniciens, nomination de quelqu'un de consensuel en sénateur tiers présidentiel et l'introniser président et à sa charge de mener le bateau à bon port. Enfin le futur président de la République élu aura affaire au peuple. La rue restera encore ouverte, tous les vendredis. Et c'est là où l'on pourra dire que les véritables réformes, assemblée constituante, refondation des lois organiques, recadrage de l'exercice politique, déradicalisation de la mentalité rentière du régime, usinage d'un nouvel espoir, vont avoir lieu et l'amorce d'une nouvelle République connaîtra son éclosion.