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Conférence de presse du Premier ministre: «Le peuple algérien nous a donné des leçons»

par Ghania Oukazi

Le nouveau gouvernement sera constitué au début ou tout au plus à la fin de la semaine prochaine. « Il sera un gouvernement de technocrates et tout de suite après sa constitution, il se mettra à la disposition de la conférence nationale, en tant qu'accompagnateur et fera tout pour qu'elle se tienne dans les meilleures conditions possibles».

Ce sont les affirmations de Nouredine Bedoui, dans sa première sortie médiatique en tant que Premer ministre, jeudi dernier au Centre international des Conférences(CIC), ‘Abdelatif Rahal' de Club des Pins, devant un nombre important de représentants de médias nationaux et étrangers. Il avait animé une conférence de presse, conjointement, avec Ramtane Lamamra, lui aussi fraîment nommé vice-Pemier ministre, ministre des Affaires étrangères. En réponse aux nombreuses questions sur la constitution de son gouvernement, Bedoui a affirmé que «le gouvernement sera ouvert à tout le monde, aux compétences, jeunes hommes et femmes, cadres, politiques (...), pour qu'il soit à la hauteur des aspirations des citoyens». Il sera, dit-il, «un gouvernement de technocrates, on souhaite la participation de toutes les tendances de la société (...), nous avons une période très courte pour, ensemble, relever les défis qui s'imposent à nous, aujourd'hui». Des noms de ministres, il n'en donnera pas puisqu'il dira que «nous sommes en phase de concertation, il est impératif qu'on prenne en considération toutes les compétences algériennes, les jeunes, ceux qui ont de l'expérience (...)». Bedoui déclare n'éprouver aucune gêne à avoir à ses côtés un vice-Premier ministre. «La force du gouvernement réside dans l'entraide et la collaboration entre ses membres pour concrétiser les aspirations du peuple algérien, je n'ai aucun complexe, au contraire, tous ses membres doivent participer à réaliser cet objectif, chacun selon sa propre expérience, sa volonté (...)», dit-il.

La priorité des priorités du nouveau gouvernement ? «On y travaille à un rythme accéléré, c'est la conférence de consensus national qui devra se tenir, tout de suite après sa constitution», répond-il. Une conférence nationale, ajoute-t-il «inclusive et indépendante qui se tiendra après la mise en place des mécanismes nécessaires et des conditions de sa réussite».

«Il faut qu'on dialogue, qu'on se concerte»

Interrogé sur la représentativité du mouvement populaire dans la conférence, il dira qu'«elle sera ouverte à tout le monde, mais il nous sera impossible d'y arriver si on ne se rencontre pas, on ne discute pas entre nous, on ne s'écoute pas les uns les autres». Il précise encore, «ce n'est pas au gouvernement de mettre en place la méthodologie ou les mécanismes de la représentativité, le gouvernement central et local sera à la disposition de la conférence, si elle le demande, elle trouvera tout l'appui qui lui sera nécessaire».

Le gouvernement de Bedoui se veut être cet «accompagnateur qui mettra à la disposition de la conférence tous les moyens et les services des institutions, pour être à la hauteur des aspirations des citoyens algériens». Le Premier ministre fait savoir que «nous avons entendu les revendications populaires, leur force, leur contenu, en tant que gouvernement, nous œuvrerons pour les concrétiser, nos portes sont ouvertes à la concertation, au dialogue». Il dira des marches populaires qu' «elles ont été pacifiques, saluées par tout le monde (...), on n'a pas vu de dépassements, les citoyens marchaient et portaient l'emblème national, avec respect et dignité (....), le peuple algérien nous a donné des leçons (...).»

A la fin des marches, dit-il cependant, «des groupes ont voulu attenter à des officines publiques et privées, les services de sécurité se devaient d'intervenir pour les protéger».

Il a rappelé que «le président a pris la décision et a expliqué qu'il ne sera pas dans cette Algérie nouvelle, qu'il ne participera pas à cette conférence, il lui a donnée toutes les prérogatives pour décider (...), c'est elle qui va déterminer les valeurs fondamentales et même constitutionnelles de l'Etat algérien, la confiance est la base essentielle, c'est elle qui permettra de mettre en place les mécanismes pour se lancer dans ce travail».

«La base légale des décisions, c'est la rue»

Le Premier ministre pense que «la décision du président de reporter les élections présidentielles repose sur une base légale, celle des revendications du mouvement populaire, c'est la rue qui a demandé le report des élections, le président a pris ces décisions pour répondre, rapidement, aux revendications des citoyens algériens». Au rejet par l'opposition des décisions prises par le président de la République, Bedoui appose «un appel à tous pour mettre l'Algérie au-dessus de tout, l'Algérie est plus grande que nous tous», dira-t-il. Pour lui, «toutes les périodes difficiles que nous avons vécues par le passé, nous avons pu les dépasser grâce au respect du principe de la concertation, entre nous, et de l'écoute mutuelle (...), j'en appelle à tous nos partenaires particulièrement ceux de l'opposition, pour discuter ensemble, dialoguer, nous concerter (...) pour résoudre nos problèmes, notre volonté est grande, nos portes sont ouvertes à tout le monde, les préjugés ne nous servent pas, encore moins pour gagner du temps, l'Algérie nous appelle tous».

Le vice-Premier ministre précisera pour sa part que «nous ne voulons pas seulement dialoguer avec les différents représentants mais nous les invitons à se joindre au gouvernement parce que les défis sont tellement importants qu'un groupe ne peut s'enorgueillir de réussir, tout seul, ce sursaut historique, on se doit de déployer plus d'efforts, de serrer les rangs pour arriver à une vision consensuelle sur l'avenir». L'après 18 avril prochain, date de la fin du 4ème mandat du président de la République, c'est, dit Bedoui, «une période de transition décidée par le peuple et le président, la conférence nationale indépendante et inclusive aura toutes les prérogatives pour devenir une force de propositions et sortir l'Algérie de cette situation». Situation où estime-t-il néanmoins, «il y a toutes les supputations et toutes les affabulations». Le vice-Premier ministre intervient pour souligner, à cet effet, que «durant cette période de transition, toutes les institutions constitutionnelles continueront leur travail jusqu'à l'élection d'un nouveau président de la république».

«L'Algérie rejette toute ingérence étrangère»

Ramtane Lamamra notera aussi que «les 7 décisions du président constituent un tout et ne peuvent être dissociées, elles peuvent être enrichies par la conférence pour sortir avec une plate-forme consensuelle qui sera adoptée par un référendum». Il explique qu'«il faut qu'il y ait des concertations entre nous tous, au préalable, pour savoir le nombre de participants à la conférence, pour savoir qui dirigera les séances, préciser si une personnalité politique présidera les travaux ou plusieurs, si cette personnalité doit être désignée ou élue, si elle doit avoir une instance où siégeront des jeunes (...)». Lamamra dira de Lakhdar Brahimi que «c'est une haute personnalité, notre grand professeur, nous les diplomates, il a aidé un certain nombre de pays à surmonter leurs crises, c'est un citoyen algérien, il est prêt à dialoguer avec tout le monde y compris la presse, je crois qu'il acceptera s'il sera appelé à tenir un rôle dans la conférence tout autant que d'autres personnalités».

Son avis sur les réactions internationales ? Le vice-Premier ministre indiquera que «l'Algérie est un grand pays qui influe, elle a tenu des rôles importants sur la scène internationale, elle a conclu des partenariats avec des grands et des petits pays et elle continuera de le faire (...)». Il explique que «souvent , on analyse ce qui se passe dans les pays voisins (...), nous faisons des commentaires et des analyses, c'est tout à fait normal que les autres le font sur nous, mais l'Algérie, toutes les franges de sa société, ses politiques, rejettent toute ingérence étrangère dans nos affaires internes, nous nous devons, tous, d'être très vigilants, l'Etat a toute la compétence pour défendre l'indépendance de la décision algérienne.»

«Le gouvernement n'ira pas au-delà d'une année»

Interrogé à plusieurs reprises sur la décision du pouvoir de priver certains médias de la publicité «parce qu'ils ont couvert les marches populaires», Bedoui répond que «la famille de la presse fait partie de nos principaux partenaires (...), je suis sûr qu'il y a beaucoup d'insuffisances, la conférence - où la presse aura une forte participation- en discutera et les décisions qu'elle prendra pour permettre de résoudre tous les problèmes seront respectées». Il promettra, en, outre qu' «on va examiner ce qui s'est passé et on prendra les mesures nécessaires dès que le gouvernement sera installé». Il rappelle au passage que «nous n'avons eu aucun complexe à parler de nos insuffisances lorsque nous avons ouvert le dossier des ‘haraga', nous l'avons examiné avec nos jeunes (..), il nous est possible d'élargir ce travail à d'autres domaines (...)». Il s'engagera à «accompagner la mise en œuvre de toutes les propositions et décisions qui seront prises, la conférence et les compétences qui l'organiseront auront l'honneur de permettre à l'Algérie de bien franchir cette transition». Bedoui dira du gouvernement qu'il va constituer qu'il aura «une phase d'existence courte durant laquelle il sera un appui à la conférence, tout autant que toutes les autres institutions (...)». A ceux qui lui ont dit qu'avec «tous ces chantiers, vous aurez besoin d'au moins deux ans», il répond «non, ce n'est ni vrai, ni prévu, on n'ira pas au-delà d'une année». Il interroge d'ailleurs, «qu'est-ce qu'une année dans la vie des nations, dans la vie de l'Algérie ?» pour affirmer «les gouvernements passent, les vies passent (...), le temps est aujourd'hui devenu précieux, il faut qu'on l'exploite pour atteindre nos objectifs, j'en appelle au peuple algérien pour construire une Algérie nouvelle à laquelle tout le monde aspire».