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Marches contre le cinquième mandat: Une mobilisation inédite

par M.A., M.M., H.B., A.Z., F.H., E.H.D., A.B.

Pour le troisième vendredi consécutif, la mobilisation contre le cinquième mandat et pour le changement a été très grande. Dans presque toutes les wilayas du pays, les Algériennes et les Algériens, grands et petits, ont sillonné les rues des villes, scandant des slogans contre un cinquième mandat et revendiquant un changement dans la gestion des affaires du pays.

Cette marche du 8 mars restera dans les mémoires de par la mobilisation qu'elle a suscitée. Les femmes algériennes à côté des hommes, certains en familles ont investi bien avant 14h, et ce à travers les quatre coins du pays, les espaces publics.

A Alger, cette troisième manifestation du vendredi a donné plus de souffle à la dynamique populaire en drainant de nombreuses foules dès 10 heures du matin.

Et ce, en dépit de l'arrêt total de tous les moyens de transport public (métro, tramway, train et les bus de l'ETUSA menant vers Alger), à l'exception du transport privé. Les protestataires se sont ainsi rassemblés en force dans les principales placettes de la capitale, notamment à la grande poste et la place Maurice Audin.

Les femmes en cette journée internationale de la femme ne se sont pas dirigées à la coupole ou à la salle Harcha pour assister à un concert comme d'habitude, mais elles ont préféré les espaces publics de contestation, là où les jeunes chantaient à leur honneur et à l'honneur de la patrie. Des jeunes, des vieux et veilles, des enfants aussi brandissaient des pancartes qui, il faut l'admettre, témoignent de la maturité du peuple algérien. Sur des banderoles et des pancartes en carton l'on pouvait lire « Non à la présidence d'un pays à partir d'une salle de réanimation », « Nous exigeons un changement radical et non un changement de marionnettes » ou encore « La démission devant vous et le peuple derrière vous », « Quand l'injustice devient la loi, la résistance devient un devoir ». Des personnes âgées brandissaient les portraits des héros de la révolution algérienne, Zighoud Youcef, Larbi Ben M'hidi, Benboulaïd, Si El Haouès, Amirouche, Didouche Mourad, Hassiba Benbouali et plusieurs autres. D'autres ont écrit sur leurs pancartes « On veut une deuxième république », « Nous sommes pour une Algérie meilleure et une démocratie majeure ». Sur d'autres banderoles était écrit en gros « Non à l'ingérence étrangère, c'est une affaire familiale ». Si les forces antiémeutes se sont mises à l'écart, en encerclant essentiellement les institutions de l'Etat, les éléments de la protection civile se sont par contre mêlés à la foule pour justement porter secours en cas de problème ou en cas de bousculade. A 15 heures, une minute de silence a été observée à la mémoire de Hassen Benkhedda (décédé lors de la marche du 01 mars 2019 à Alger). Les protestataires ont renoué après avec des slogans en gloire du « chahid el houria » Hassen Benkheda et d'autres slogans réclamant le départ de Bouteflika et Saïd ainsi que la chute du régime.

Jusqu'à 17 heures passées, aucun incident n'a été enregistré, des jeunes avaient déjà commencé à cette heure-ci à nettoyer les lieux, des sacs poubelles à la maison, ils ramassaient les bouteilles d'eau en plastique et tout ce qui se trouvait par terre.

Les femmes en force

A Bouira aussi, une foule nombreuse, avec les femmes en force, a sillonné les artères principales de la ville, du boulevard Zirout Youcef, le pont Sayah, la place des Martyrs, la rue Benabdellah, notamment. Des milliers de citoyens hommes et femmes ont marché également contre le 5e mandat dans la commune de M'chedallah, à 40 km à l'est de la wilaya de Bouira.

A Oran, les marches contre le cinquième mandat ont pris, hier, les allures d'un véritable festival populaire où l'emblème national a encore une fois été mis à l'honneur par bon nombre de manifestants. Les Oranais ont choisi en ce vendredi qui a coïncidé avec la Journée mondiale de la femme de sortir en familles. Drapés de l'emblème national, des roses rouges ou blanches dans les mains, femmes, hommes et enfants ont constitué de véritables marées humaines tricolores qui ont envahi les principales artères de la ville, devenues en l'espace d'une après-midi trop exiguës pour accueillir les dizaines de milliers de manifestants venus battre le pavé contre le 5ème mandat. Ce sont, en fait, plusieurs marches et rassemblements qui se sont déployés vers la rue Larbi Ben M'hidi, la rue Mohamed Khemisti, le boulevard de l'ALN (Front de mer) ou encore la place du 1er Novembre et les abords du siège de la wilaya d'Oran.

Certaines familles oranaises ont choisi, pour leur part, de défiler en voitures desquelles flottaient des drapeaux dans un concert de klaxons qui a mis toute la ville en effervescence. Côté slogans, les chants habituels contre le 5ème mandat, entonnés en chœur devant des forces de l'ordre qui sont restées, comme elles l'ont été depuis le début des manifestations le 22 février dernier, très respectueuses et très professionnelles.

Des pancartes et autres banderoles assez bien élaborées ont par ailleurs été brandies au cours de ces marches avec des messages écrits en arabe, en français et même en anglais. Les manifestants n'ont commencé à se disperser qu'après 17 heures où le calme a commencé à reprendre graduellement. A Tiaret, précédés par un cortège de femmes et d'enfants drapés des couleurs nationales, des dizaines de milliers de citoyens ont manifesté pacifiquement hier, a-t-on constaté sur place. En effet, préparée depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux, l'imposante marche s'est ébranlée du parc omnisports « Kaïd Ahmed » pour se diriger vers le centre-ville avant de faire un crochet par le siège de la wilaya et déboucher sur la place « Med Boudiaf » près du siège de la radio locale. Banderoles aux mains, certaines sur un ton humoristique, les manifestants scandaient des slogans comme « oui au changement du système politique en Algérie», «oui pour une période de transition» ou encore « non au 5e mandat».

D'autres groupes de manifestants se sont rassemblés à la place des Martyrs (ex-place Carnot) ou encore la « place rouge » au centre-ville avant de faire jonction avec les autres manifestants venus du sud de la ville. Accompagnés par un dispositif de sécurité renforcé, les manifestants ont marché dans une ambiance bon enfant et aucun incident majeur n'a été signalé au moment où nous écrivons ces lignes.

Les villes de l'Est du pays au rendez-vous

Le centre-ville de Constantine a été quasiment pris d'assaut, après la prière du vendredi, par les manifestants contre un 5e mandat à Bouteflika. Des milliers de personnes, des familles entières, avec femmes et enfants, des jeunes et des moins jeunes, des personnes âgées, ont afflué de tous les quartiers vers le centre-ville pour participer à cette 3e marche symbolique, car coïncidant avec la célébration du 8 Mars. Un 8 Mars célébré par les femmes, en cette année 2019, aux côtés des hommes, dans la rue, pour dire « basta ». Des chants patriotiques ont été longuement repris par les manifestants, entrecoupés par des slogans « Djazaïr horra democratia » (Algérie libre et démocratique), « système dégage », « non à un 5e mandat à Bouteflika » et autres slogans hostiles au pouvoir en général et très conciliant avec les services de sécurité tous corps confondus, répétant en communion des refrains du genre « Djeich-chaab khawa-khawa » (armée-peuple frères-frères). Rien ne pouvait contenir cette foule mixte qui a fait plusieurs tours au centre-ville, sous des balcons où l'emblème national flottait, scandant les mêmes slogans et brandissant des banderoles avec des écrits qui rejettent et le 5e mandat et tout le système politique, sans tenter de forcer des chemins bloqués par un déploiement massif des services d'ordre, notamment vers le siège du cabinet du wali. Au moment où nous mettons sous presse, la foule ne cessait de grossir… A Skikda, des milliers de citoyens, femmes, hommes et enfants, ont investi, hier, les rues juste après la prière du vendredi dans une ambiance colorée. Arborant une multitude de banderoles et de panneaux exprimant sans équivoque leur rejet total du 5e mandat. La foule a arpenté les deux principales artères de la ville, à savoir l'avenue du 20 Août 1955 et la rue Didouche Mourad. A hauteur du siège de la sûreté de wilaya, les manifestants ont fait une halte où ils ont scandé « Boulis wa chaab, khawa, khawa (police et peuple frères, frères) », aucun débordement n'a été signalé et la marche se poursuivra en direction du stade du 20 Août 1955. A noter cette fois-ci une présence féminine remarquée, les femmes ont tenu à fêter le 8 Mars à leur manière en prenant part à la marche et crier haut et fort leur opposition à un nouveau mandat de l'actuel président de la République.

Les mêmes manifestations ont été enregistrées à travers plusieurs villes de l'Est du pays.