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La cérémonie sera une première dans un pays musulman: 19 religieux catholiques béatifiés, samedi à Oran

par Moncef Wafi

Dix-neuf religieux catholiques, issus de huit ordres religieux, dont les sept moines de Tibéhirine et Mgr Pierre Claverie, l'ancien évêque d'Oran, assassiné, en compagnie de son chauffeur, le 1er août 1996, seront béatifiés, samedi prochain, à l'église ‘Notre dame de Santa Cruz' sur les hauteurs de la ville d'Oran, la première cérémonie du genre dans un pays musulman. Le vendredi est programmée une veillée spirituelle à la cathédrale Sainte-Marie, au Centre Pierre Claverie, alors que le dimanche, les familles seront invitées à se rendre sur les tombes des bienheureux. La cérémonie sera célébrée par le représentant papal, le cardinal italien, Giovanni Angelo Becciu, préfet de la Congrégation pour la cause des Saints depuis le 31 août 2018. Outre les moines de Tibéhirine et l'évêque d'Oran, cinq religieux et six religieuses tués, par balles entre 94 et 95, à Alger et Tizi-Ouzou, seront également concernés par cette béatification. Rappelons que fin janvier dernier, le pape François a déclaré bienheureux 19 membres de l'Eglise catholique assassinés en Algérie, bienheureux dans la liturgie catholique signifiant saint et la reconnaissance pontificale étant l'étape avant d'être canonisé. «C'est globalement un témoignage d'une église qui a voulu, vraiment, rester présente en Algérie malgré les événements qui se sont déroulés à l'époque. Un modèle de vivre ensemble qui mérite d'être donné en exemple. On a beaucoup de Saints dans l'Eglise catholique qui peuvent être canonisés dans le temps», avait expliqué le premier responsable du Diocèse d'Oran, Mgr Jean-Paul Vesco.

Cette cérémonie est «une manière de mettre en valeur» l'action de ces dix-neuf hommes et femmes qui «ont choisi de rester en Algérie», au plus fort de la violence, de privilégier leurs «liens affectifs et amicaux (avec les Algériens) au risque de leur vie et qui en sont morts», a indiqué, à l'AFP, le cardinal d'Alger, Mgr Paul Desfarges. «Ils n'ont pas hésité à risquer leur vie car le plus important pour eux, c'était leur relation avec les autres», a-t-il ajouté. «Nous ne voulions pas d'une béatification entre chrétiens, car ces frères et sœurs sont morts au milieu de dizaines et dizaines de milliers d'Algériens», a-t-il encore expliqué.

De son côté, le ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, Mohamed Aïssa, a souligné, lundi dernier, devant la presse, que «l'Algérie facilite à l'Eglise catholique ce protocolaire et l'initiative religieuse chrétienne qui respecte les lois de la République». Pour lui, «cette cérémonie de béatification sera une preuve supplémentaire que l'Islam, en Algérie, n'exclut pas les autres croyances et noue des contacts pour la paix et le vivre ensemble». La cérémonie réunira, entre autres, des membres des familles des disparus, de leurs congrégations religieuses, des membres des quatre diocèses de l'Eglise catholique en Algérie. L'annonce de cette béatification avait suggéré un temps la possible venue du pape François en personne en Algérie, même si elle n'a jamais été confirmée officiellement. L'interview du ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, accordée à ‘France 24' avait ouvert la porte à toutes les lectures. Même s'il n'a pas évoqué cette éventualité, le chef de la diplomatie algérienne avait annoncé, à l'occasion de l'entretien télévisé, que «l'Algérie a donné son accord pour la béatification de ces moines et ça a été signifié au Vatican», restant évasif à propos de la présence papale, se contentant d'un énigmatique «on verra, pourquoi pas.». Il n'en fallait pas plus pour enflammer l'imagination des uns et des autres et déclencher les spéculations les plus hypothétiques sur la visite du pape en Algérie.