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L'espace sera dédié aux activités liées à la mer: Un projet de grand standing pour meubler la Pêcherie

par Houari Saaïdia

Coup sur coup, les opérations s'enchaînent à la Pêcherie pour métamorphoser ce site, qui incarne le mieux cet immobilisme délirant qui a longtemps plombé la ville sur le plan aménagement et ameublement urbains. Portant bien mal son nom jusque-là, la Pêcherie sort enfin sa tête de l'eau, lève l'ancre, largue les amarres, prend le large vers la terre, réconciliant sa ville avec sa mer.

Après la reconfiguration de l'axe reliant la rue John Fitzgerald Kennedy -où, soit dit en passant, l'on doit tout de même accorder l'excuse de l'ignorance aux auteurs de l'acte de débaptisation- au tunnel d'où part la route de la Corniche, dans le double sens d'une meilleure fluidité du trafic à hauteur de ce carrefour et d'un embellissement urbain du segment, la démolition d'un petit pâté d'immeubles menaçant ruine et sans aucune valeur en vue d'aménager au lieu et à la place un mini jardin citadin, la mise en lumière du tunnel par un éclairage d'ambiance…, c'est au tour de l'Agence foncière d'entrer en scène pour donner corps à une autre idée, également conçue par le wali. Celle d'un aménagement mobilier urbain multifonctionnel de haut standing conjuguant le promotionnel intégré et les divers services gravitant autour du thème de la mer : restauration spécialité poisson et fruits de mer, shopping axé sur les activités nautiques, petit musée de la Méditerranée retraçant notamment l'histoire du littoral oranais avec effet zoom sur le port d'Oran, salle d'exposition agrémentée d'un grand aquarium, espace de jeux pour enfants…, avec à la clé un parking souterrain de deux niveaux. L'idée d'aménager le terrain escarpé, un talus assez abrupt du fait du dénivellement entre la route d'en haut (voie qui monte vers Sidi El-Houari via le nouveau rond-point de la Pêcherie) et la route d'en bas (voie longeant le port de pêche et débouche sur Bastos) qui se trouvait dans un piteux état et clochardisait tout le périmètre, avec notamment le vieux et dégradé massif en béton à l'arrière-fond qui servait autrefois de mur de soutènement, est en soi une initiative pertinente.

POINT D'AMORCE D'UNE NOUVELLE DYNAMIQUE D'URBANISATION

En ce sens qu'elle suggère de résorber un point noir, non pas au moyen trop facile d'un cache-misère (mur en voile, panneaux pub trompe-l'œil, espace vert tape à l'œil…) comme cela se faisait en d'autres temps, mais par la réalisation d'un projet bien étudié qui sied à ce haut lieu de tourisme -du moins c'est la nouvelle vocation qu'on veut imprégner à ce site et on est bien parti pour ce faire, à en juger des actions menées ou projetées dans le cadre du schéma d'aménagement de la Marina et tout le territoire sous-jacent. Le choix d'un bureau d'études pour ce projet piloté et financé par l'Agence foncière, sur directives du chef de l'exécutif local, Mouloud Cherifi, a été déjà fait, avec l'approbation de la commission des marchés de la wilaya et de la commission technique. Une procédure d'attribution provisoire a été faite au profit du maître d'œuvre retenu. Ainsi, ce mobilier urbain à forte consonance touristique en rapport avec la thématique mer-pêche-plaisance du fait de sa proximité, plutôt sa centralité par rapport à la carte du périmètre de la Pêcherie, se veut-il un point d'amorce pour le réaménagement urbain, pour la nouvelle logique d'urbanisation qui s'appuie sur le nouveau POS de Sidi El-Houari « partie haute », de toute la partie basse d'Oran-ville, à partir du bas-relief de la Marina qui embrasse la mer (ou la terre, c'est selon la position de l'observateur par rapport à la ligne du contact) et en montant graduellement vers le haut : Scaléra, place Kléber, dans le sens menant vers Cité Petit via le boulevard Stalingrad et la route de Ras El-Aïn comme dans le sens (ou plutôt le non-sens) du labyrinthe montagneux débouchant sur la chapelle de la Vierge, le fort de Santa Cruz et le plateau de Moulay Abdelkader, en serpentant à travers le dédale mi-forestier mi-illicite de Planteurs… En attendant le « retour » du téléphérique qui tarde à venir.

UN TERRAIN DE 2.500 M² FIN PRET

Le maître d'ouvrage, l'Agence foncière, qui à l'évidence accepterait volontiers un supplément de superficie pour mieux s'exprimer en termes de consistance et de diversité des équipements et des modules projetés -il y aurait a priori une forte contrainte de disponibilité du foncier dans cette zone-, n'a pas attendu l'aboutissement des procédures du marché avec la désignation des entreprises de réalisation pour les différents lots du projet, et a d'ores et déjà préparé le terrain, en démolissant deux kiosques et en procédant à des travaux d'excavation pour mettre à plat le sol, tout en clôturant l'assiette pour sécuriser le site et minimiser les désagréments. Ceci alors que les travaux d'aménagement de ce secteur, menés par la DTP et l'APC, tirent à leur fin avec les dernières retouches de lifting. La nouvelle route en bifurcation qui démarre du giratoire de la Pêcherie pour rallier le chemin qui monte vers le sommet du mont Murdjajou via Scaléra et ce, en guise d'un raccourci direct sans passer par le quartier de Sidi El-Houari, se dessine peu à peu. A quelques dizaines de mètres de là, devra être installé sous peu le chantier pour la réalisation d'un petit jardin citadin sur l'assiette foncière récupérée après la démolition de quatre immeubles menaçant ruine. Ce parc vert, aussi restreint dans l'espace soit-il, insufflera une nouvelle vie à l'axe place Kléber-port de pêche, sous l'effet complémentaire des investissements en partenariat public-privé qui s'ensuivront. Ultrasécurisé, recroquevillé sur lui-même dans une ville accueillante et en pleine métamorphose, le port d'Oran donne enfin des signes d'une volonté de s'entrouvrir, de passer au-dessus de ses barrières et de se noyer dans le milieu ambiant. Ce déclic quasi inespéré, le mérite en revient à l'actuel wali. Dans son plan de mise à niveau de la cité, Mouloud Cherifi n'a pas pris le bâton par le milieu. Il s'est attaqué à la « Marina », devenu au fil des ans un sujet tabou dans la gouvernance locale.

EN ATTENDANT L'OUVERTURE DE LA MARINA

« Le port d'Oran est condamné à s'ouvrir sur la ville. Il y a au fond un cumul d'erreurs. Sans vouloir faire la rétrospective des faits, il est grand temps de corriger la situation. Nous sommes à pied d'œuvre », avait déclaré le wali lors d'une visite de supervision des travaux d'aménagement de la Pêcherie. Cette ouverture ne doit pas de toute évidence s'opérer aux mépris des impératifs liés à la vocation de cette structure portuaire et à sa fonctionnalité, même si une externalisation de certains services annexes et autres activités aval s'impose plus que jamais dans un port fort surencombré et qui peine à héberger même ses compartiments principaux que sont le port commercial et de voyageurs, le terminal à conteneurs et le port de pêche. Certes, il n'y a pas une incompatibilité -encore moins une contradiction- entre la fonctionnalité du port et l'aspect sécuritaire qui lui est lié avec son ouverture sur la ville, mais certaines contraintes, au premier rang desquelles figure l'exiguïté de l'enceinte, sont de nature à limiter et à modérer les réaménagements intérieurs susceptibles de donner à la Marina un caractère touristique et convivial dans une certaine mesure. Dans ce contexte, lors d'une mission effectuée dernièrement par une délégation ministérielle, un ensemble de solutions avaient été dégagées quant aux problèmes qui se posent dans le cadre de la mise en œuvre du plan de réaménagement du port d'Oran et ce, avec le concours de tous les intervenants dans le processus dont en premier lieu l'Entreprise portuaire d'Oran (EPE). Une partie de ces solutions a été déjà concrétisée.