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L'étude présentée et approuvée: Vers le raccordement de la pénétrante portuaire avec la Corniche via la Pêcherie

par Houari Saaïdia

La pénétrante portuaire se veut plus ambitieuse que son nom simpliste. Défiant maintes tentatives de la réduire en un trait d'union port-autoroute à effet apaisant sur le réseau urbain par contournement de poids lourd, cette boucle, côtoyant le rivage par enrochement sur mer et se frayant un chemin en falaise, se refuse la petite étiquette d'itinéraire exclusif pour le transport containerisé terrestre. Elle s'auto-optimise, au plus grand bien de la ville.

En approuvant, lundi dernier, l'étude technique relative à la configuration d'entrelacement entre la liaison autoroutière port/autoroute Est-Ouest et le centre-ville, qui prévoit un prolongement de cette pénétrante dans l'enceinte portuaire et sa connexion avec la Corniche, à hauteur de la Pêcherie, le wali a «officialisé» l'option -dont il est l'auteur- d'une ouverture sans limites ni restrictions de cette infrastructure routière. Si une telle variante s'était déjà mise en évidence à la faveur d'une précédente sortie sur chantier effectuée par le chef de l'exécutif Mouloud Cherifi, qui avait rejeté d'un revers de la main l'idée «aberrante» d'une pénétrante portuaire en vase clos, isolée et non communicante avec la ville, encore fallait-il attendre la confection d'une étude pour pouvoir plaider sur pièce et trancher dans le vif. Mission qui a été confiée à Makyol, l'entreprise de réalisation turque, qui s'était elle-même proposée à titre non onéreux. A l'évidence, les ingénieurs turcs devaient travailler à cet effet en collégialité avec leurs pairs du partenaire algérien Engoa et sous les orientations de la DTP et de la cellule technique de wilaya. Donnant son aval pour le plan suggéré par le maître d'œuvre, le wali a précisé qu'un dossier sera formalisé et transmis au ministère des Travaux publics et des Transports, pour approbation.

Tout porte à croire que le premier responsable du secteur est acquis à la cause et, au-delà des considérations d'ordre administratif et financier qui doivent faire l'objet d'un examen approfondi, l'accord de principe de la tutelle aurait été déjà donné par un coup de fil. Cela s'entend: aussi bien le gouverneur de la ville que le ministre du secteur, qui n'est que son prédécesseur, ne pouvaient cautionner le «scénario» d'un usage restrictif et exclusif de la pénétrante du port. A très juste titre d'ailleurs.

L'IDEAL TRADUIT EN PLAN… ET BIENTOT EN REEL

Lors de la visite sur site du 28 novembre, le wali avait indiqué que l'idéal serait que la future pénétrante ne s'arrête pas au seuil du poste de police, à l'entrée du port commercial, mais poursuit son petit bonhomme de chemin en se frayant un passage dans l'enceinte portuaire, pour en sortir du côté de la Pêcherie (via l'un des deux accès du port de pêche) et se raccorder ainsi avec la route de la Corniche, et ce selon un entrecroisement tenant compte du nouveau plan d'aménagement du périmètre Pêcherie-Sidi El-Houari, dont la matérialisation se fera par phases. L'idée soufflée par le wali n'étant pas tombée dans l'oreille d'un sourd, les Turcs l'ont fidèlement traduite sur maquette.

Cependant, d'après «l'antithèse» développée sur place au cours de la visite-supervision du chantier, cette solution «parfaite» se heurterait à plus d'une pierre d'achoppement à l'intérieur du port, dont notamment une station de relevage et des lignes de chemin de fer de transport de marchandises (hors d'usage depuis des lustres). «Il n'y a pas de terrain inconstructible. Tout est question de technique. Et de coût aussi», avait répliqué in fine le wali. En effet, s'il est un véritable obstacle, il ne se trouve ailleurs que dans les mentalités figées, dans les vieux réflexes autoritaristes, qui semblent avoir la peau dure.

Selon une source proche du projet dont le maître d'ouvrage est l'Algérienne des autoroutes (ex-ANA), ce chantier complexe sur le plan technique enregistre actuellement un taux d'avancement global de 70%. Un des points forts de ce projet, selon le planning des travaux, est la digue sur mer, réalisée en 2×3 voies sur plus d'un kilomètre, dont le taux d'avancement est de 48%, alors que le taux d'avancement des travaux de la tranchée couverte est estimé à 70% et celui du tunnel à 54%.

L'ECHEANCE DE FIN 2018 SERA-T-ELLE RESPECTEE ?

Le projet de la pénétrante du port d'Oran consiste en trois sections: la réalisation d'une liaison autoroutière reliant le port d'Oran et la 1re rocade sud, au carrefour Canastel (sur 8 km), la mise à niveau de la 1re rocade sud, entre le carrefour Canastel et l'échangeur de la RN 4 (sur 10 km) et la mise à niveau de la RN 4, de l'échangeur de la 1re rocade sud jusqu'à la bretelle autoroutière d'Oran (sur 8 km). Comportant 2 tranchées couvertes, un viaduc, 4 murs de soutènement et 2 échangeurs, cette immense infrastructure routière est confiée au groupement turco-algérien Makyol/Engoa.

Cette autoroute de 26 km sera réalisée également en complément de l'autoroute Est-Ouest pour desservir les pôles économiques, port d'Oran, les ZI de Béthioua et d'Oued Tlélat, et impulser une dynamique économique à la région. L'autoroute projetée démarre du vieux port d'Oran, longe la côte sur 1,2 km, moyennant la réalisation d'enrochement sur mer. Initialement, il était prévu la réalisation de ce premier tronçon sur la falaise avant d'opter pour une translation avec une légère courbure vers la mer pour éviter le risque d'éboulement de fragments rocheux. Toutefois, cette solution doit être conjuguée avec le confortement, en parallèle, du massif rocheux pour se prémunir contre les conséquences de l'effet corrosion de ce talus abrupt. La route se déploie ensuite à l'aide d'une tranchée couverte sur la frange maritime sur 6,2 mètres seulement, offrant ainsi la possibilité d'aménagement de cette zone. Pour traverser la zone accidentée qui suit cette partie du terrain, un premier tunnel de 3,45 km de longueur est projeté.

Il importe de rappeler, s'agissant du financement, qu'une rallonge de 1,5 milliards de DA avait été accordée par l'Etat au profit du projet, à la faveur d'une réévaluation de l'AP lors du Conseil des ministres tenu le 28 décembre 2016, ce qui a porté l'enveloppe globale allouée à ce projet à 40 milliards de DA.