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Carthage, capitale mondiale du 7e art: Une 28e édition sans tambour ni trompette

par Mohamed Bensalah

Une moisson de films : 159 au total, tous formats et tous genres confondus, issus de 27 pays, programmés durant une semaine dans une vingtaine de salles, pour la plupart en excellent état à Tunis et dans les autres grandes villes avoisinantes. Nombreux sont les artistes ayant répondu présent à l'invitation du nouveau boss, Najib Ayach et tout aussi nombreux étaient les invités de cette 28e édition qui a drainé pas moins de 200 mille cinéphiles.

Ce 28e rendez-vous, sans paillettes ni bling-bling, fera sans nul doute date. 51 films en compétition, représentant le monde arabe et africain et pas seulement ! Hors compétition, une imposante sélection officielle en provenance d'Asie, d'Amérique latine et des quatre coins du globe. Les séances parallèles de projections étaient au nombre de six. La première consacrée aux Cinéma tunisiens (22 films récents sélectionnés) dont (El Jaïda), le très beau film de Salma Baccar, la pionnière du cinéma tunisien, (Même pas mal) le courageux film de Nadia Fani, réalisé en…2013 et projeté pour la première fois au public tunisois. Autres films d'importance projeté : «L'Enfant de Lazaret» de Kamel Ben Ouanes sur les traces de l'illustre «400 coups» de Truffaut, «La Rumeur de l'eau» de Tayeb Louhichi, mais aussi «Woh», d'Ismahan Lahmar, une comédie assez lourde et décevante. La seconde section, Cinéma du monde, inscrivait 16 films à son programme, essentiellement européens avec, en point de mire de grands succès comme, The Square, Palme d'Or (Cannes 2017) du Suédois Ruben Östlund, 120 battements par minute, du Français Robin Campillo, L'Autre côté de l'espoir, (Toivon Tuella Puollen) du Finlandais Aki Kaurismaki… Autre section d'intérêt : celle du Cinéma d'Amérique latine, avec les dernières productions du Mexique, d'Argentine, du Brésil, et de l'Uruguay. Enfin, en provenance du continent asiatique, furent projetées 10 premières œuvres récentes d'Afghanistan, du Bangladesh, de Chine, de Géorgie, de Turquie, du Japon et du Kirghizstan.

Outre les trois films en compétition dans les trois catégories officielles, un focus Algérie figure au programme 12 longs-métrages inscrits, les cinéastes algériens étant, cette année, les invités d'honneur du doyen des festivals africains et arabes. Quatre productions participent à la compétition : En attendant les hirondelles LM de Karim Moussaoui, Un homme et deux théâtres CM de Aïssa Djouamaâ et Rabah Slimani et La bataille d'Alger, un film dans l'histoire de Malek Bensmaïl. Kindil El bahr de Damien Ounouri a été projeté en hors-compétition. Parallèlement au Focus Algérie, furent projetés 12 longs-métrages dont : Crépuscule des ombres de Mohamed Lakhdar-Hamina, Ibn Badis de Basil Al-Khatib, L'Oranais de Lyes Salem, El Kalaâ de Mohamed Chouikh, La Preuve de Amor Hakkar, Les vacances de l'inspecteur Tahar de Moussa Haddad, Lotfi de Ahmed Rachedi, Rachida de Yamina Bachir-Chouikh, Rani Miyet de Yacine Mohamed Benelhadj, Timgad de Fabrice Benchaouche, Yema de Djamila Sahraoui et Zabana ! de Saïd Ould-Khelifa, en présence des réalisateurs et de la directrice du Cadc, Chahinez Mohamadi. Au Focus, sur le Cinéma d'Algérie, se sont ajoutés trois autres à cette section parallèle dont celui de Sud Corée (7 films), d'Afrique du Sud (10 films, et d'Argente (9 films) avec des thématiques diverses et des scripts d'époques différentes. Signalons toutefois, la section Carthage Ciné-Promesse, qui a présenté des films courts récents du monde arabe.

Des opportunités d'échange et de concertation

Côté professionnels, le rendez-vous de cette année a réuni des réalisateurs, des comédiens et des producteurs et distributeurs en quête d'opportunités d'échanges de coproductions et de distributions. Les cinéastes en herbe, arabe et/ou africains n'ont pas été oubliés. Au contraire, ils étaient invités à entrevoir des projets en commun et à bénéficier d'aides financières au sein de plusieurs ateliers. «SouthMed Wia», cofinancé (avec 340 mille euros) par l'Union européenne dans le cadre du programme régional MedFilm, a retenu 4 projets lors de cette édition sur les 69 proposés par les candidats de 7 pays du sud de la Méditerranée. En marge des 28e JCC, l'Atelier «Takmil», initié en 2014 (réunit cette année 51 projets de films inscrits) qui se propose de mettre les projets en synergie et de soutenir les plus intéressants, a distingué 8 films en phase de postproduction (y compris le projet de l'Algérien Amine Hattou). «Producer Network» reconduit cette année son initiative en accueillant des projets de films africains et arabes au stade de développement et offrira aux jeunes réalisateurs et producteurs un financement potentiel auprès des invités et partenaires des JCC issus de l'industrie cinématographique à l'échelle internationale. Parmi les participants au Producers Network, le réalisateur algérien Rabah Slimani avec son projet de long-métrage documentaire Cilima. Hakka Distribution offre aussi une bourse pour la diffusion et la promotion d'un film africain ou arabe en Tunisie. L'organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences (Alesco) alloue un prix.

Deux Master-class ont été inscrits au programme. Ils ont été animés au théâtre de poche par le Burkinabé bien connu, Gaston Kaboré, qui a signé 4 LM dont «Buud Yam», Grand Prix Etalon de Yennenga, et le Japonais Katsuya Tomita, qui est passé d'ouvrier de chantier et chauffeur de poids lourd au cinéma professionnel. Les débats se sont tenus à maison de la culture Ibn Rachiq qui pour l'occasion a organisé plusieurs expositions en hommage à Kalthoum Bornaz, Abdelaziz Frikha et Samir Farid, décédés récemment.

Parallèlement à toutes ces activités, des accords ont été conclus. La directrice du Centre algérien de développement du cinéma (Cadc), Mme Chahinez Mohamadi, et la directrice du Centre national du cinéma et de l'Image (Cnci, Tunisie), Mme Chiraz Latiri, ont procédé à la signature d'un protocole d'accords de coopération bilatérale algéro-tunisienne en matière de cinéma. Ce protocole d'accord intervient pour renforcer la coopération entre l'Algérie et la Tunisie et accorder une importance particulière au développement de la production cinématographique entre les deux pays, ainsi que pour des échanges en matière de formation dans le domaine. Le Cadc et le Cnci ont convenu de mettre en place un cadre en vue d'une coopération étroite dans le domaine cinématographique à travers une Convention de coopération cinématographique concordante aux lois nationales des deux pays, de la Convention de coopération culturelle entre les Etats de l'Union du Maghreb signée à Nouakchott en date du 11 novembre 1992.

Comme toujours, ce sont les longs-métrages qui sont pris d'assaut par des foules compactes mais disciplinées qui attendent parfois des heures pour accéder aux salles obscures en s'acquittant du prix du billet. Cela dit, les courts-métrages et les documentaires font aussi l'objet d'engouement. Des réalisations comme «Tikitet Soulima» (Ticket de cinéma) de Ayoub Layoussoufi (Maroc), «Aya» de Moufida Fdhila et «Travelling» de Oms Kamoun, (Tunisie), «Affbility» de l'Egyptien Ahmed Nader, ont drainé beaucoup de monde.

Cela dit, au lieu de nous focaliser sur les couacs inhérents à toute manifestation du genre, nous préférons revenir (dans une seconde partie) sur les films, les activités de la FACC (Fédération Africaine de la Critique Cinématographique) et sur le projet de réalisation d'un biopic sur Franz Fanon à partir de l'entretien que nous ont accordé Alice Cherki et Lalloui Mehdi, son réalisateur.