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Tébessa: Les habitants veulent mieux

par Ali Chabana

  Cinq heures, Tébessa se réveille de sa torpeur, dans la moiteur matinale, d'un mois d'août caniculaire.

Quelque temps plus tard, certains commerces lèvent leurs rideaux et de jeunes revendeurs installent leurs étals de fortune. Les premiers arrivés des localités avoisinantes descendent des bus; ils viennent de Bekkaria, Hammamet, Boulhaf Dyr ou encore d'El Kouif et Morsott. Ils sont là, qui pour faire des achats, qui pour rendre visite à des proches, d'autres ont une affaire à régler auprès d'une administration publique. Chef-lieu d'une wilaya aux dimensions géographiques assez vastes, s'étalant du Nord au Sud, sur une façade de frontières terrestres de plus de 290 km, Tébessa ville compte à elle seule le tiers du nombre total des habitants de la wilaya, soit à peu près 230.000 âmes. Depuis au moins une décennie, la cité s'est développée, sur plusieurs kilomètres, avec de nouveaux tissus urbains, parfois d'une manière anarchique d'où les problèmes qui surgissent aujourd'hui relatifs à la disponibilité du foncier, notamment dans la commune mère de Tébessa. Une ville aux contours d'un perpétuel chantier où les projets se côtoient les uns les autres, aussi bien dans le secteur du bâtiment, les travaux publics, réfection des chaussées et ouverture de nouvelles voies urbaines sur les grandes artères, ainsi que des travaux d'aménagement urbain qui n'en finissent pas, au grand dam des citoyens, trop impatients de retrouver vite le lustre de Tébessa, un sentiment vivace chez des nostalgiques d'une belle époque, d'une ville moyenne, mais propre.

La rénovation des conduites de l'AEP, les raccordements au gaz naturel sont autant d'autres chantiers ouverts ces temps-ci, souvent dans la confusion, des travaux entrepris simultanément par de nombreuses entreprises. Concernant la question lancinante d'une insalubrité publique évidente aux yeux de tous, caractérisant plus d'un endroit de la cité et ce, en dépit des efforts consentis par l'entreprise en charge du dossier, en matière de collecte des ordures ménagères et d'entretien de la voirie. Comment expliquer la prolifération de dépotoirs sauvages improvisés à chaque coin de rue, voire aux côtés d'établissements éducatifs et hospitaliers.

N'est-il pas grand temps de passer à la vitesse supérieure et mettre fin aux agissements irresponsables de certains commerces, entre autres, qui, en toute impunité, continuent de narguer tout le monde, y compris les autorités de la ville que leur mission d'élus leur donne le pouvoir d'agir sévèrement contre les auteurs de ces actes d'incivisme ? Quant à la circulation piétonne et automobile, c'est le désordre entier, faute d'un nouveau plan urbain de circulation prenant en compte le développement rapide de l'agglomération de Tébessa, du point de vue population et nombre de véhicules.

Avec le temps et vu sa situation géographique de carrefour, Tébessa est devenue un passage obligé pour beaucoup de gens se dirigeant vers la Tunisie ou à destination du Sud. C'est le cas, par exemple, de poids lourds acheminant des matériaux de construction vers d'autres régions du pays dont la wilaya de Tébessa en recèle d'importantes quantités, ciment, sable, brique… Tébessa, c'est aussi l'histoire et le passé civilisationnel, en témoigne cet ensemble de joyaux architecturaux, de l'époque antique et bien avant, de monuments et sites archéologiques de renommée mondiale qui, pour quelques-uns, sont de nos jours exposés aux vicissitudes du temps et surtout aux actions de dégradation, en particulier ceux situés en zone urbaine. C'est le cas de la forteresse byzantine dite de Salomon datant du IVe siècle, sa porte nord n'est autre que l'Arc de Caracalla, autre monument archéologique unique en son genre, sujet à toutes sortes d'agressions au quotidien, sans la moindre protection. Tébessa Khalia, à 3 km du centre-ville, au pied du mont Dokane, le reste d'une grande cité antique, malheureusement, une fois encore, ce site est lui aussi l'objet d'un véritable grignotage des constructions illicites érigées aux alentours.

Le Temple de Minerve, déesse de la sagesse et des arts chez les Romains (IIIe siècle) et la Basilique Ste Crispine, se trouvant à l'extérieur de l'enceinte de la vieille ville, consacrée à une sainte locale et l'un des grands lieux religieux d'Afrique de son temps. De la période musulmane, citons la mosquée Sidi Bensaïd où se trouve également le tombeau de ce saint, ce lieu de culte remonte à 1842. Plus loin dans la préhistoire, c'était la civilisation atérienne dont les œuvres existent encore dans la région de Bir El Ater et Elma Labiod. Tout ce patrimoine d'une valeur historique et culturelle demeure inexploité, un bien culturel universel qui doit être protégé et revalorisé et ce, dans le cadre de projets promotionnels dits de tourisme culturel, alors ce jour-là, Tébessa se débarrassera de cette image noire d'une contrée envenimée et gangrenée par les effets néfastes de la contrebande. Toutes les potentialités humaines et naturelles existent, il suffit de les mettre en valeur, car Tébessa n'est pas heureusement que le trafic du carburant ou de denrées alimentaires. De nos jours, toute une région aspire à mieux.