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Médicaments: Les pharmaciens veulent une hausse des marges bénéficiaires

par Yazid Alilat

  Le Dr Messaoud Belambri, président du syndicat national des pharmaciens d'officine (SNAPO) est optimiste sur la normalisation prochaine du marché du médicament, avec un retour progressif à la disponibilité.

C'est ce qu'il a affirmé hier mardi à la radio nationale, en estimant qu'''il y une stabilisation du marché malgré certaines contraintes passagères.'' ‘'Par rapport au réseau de 11.000 officines, les choses sont en train de se stabiliser. Par rapport à la production nationale, on est satisfait de l'augmentation régulière des médicaments. Selon les affirmations officielles, il y a 61% d'autosuffisance avec le marché de l'importation, qui a subi des mesures de rationalisation par rapport à la crise économique'', a t-il souligné. Le Dr Belambri estime d'autre part que l'Algérie a les moyens de s'implanter sur le marché africain du médicament. Si les ‘'les acteurs économiques au sein de l'industrie pharmaceutique parlent de ralentissement de la production nationale par rapport aux mesures d'austérité, qui ont refroidi les investisseurs ou qui ont retardé leurs projets, le marché africain devrait inciter les investisseurs à faire plus d'efforts pour exporter vers l'Afrique'', estime-t-il. Selon lui, ‘'il y a un réel besoin de nombreux pays africains en matière de médicaments, car il y a un diktat de certaines multinationales qui refusent d'approvisionner l'Afrique, et donc pour nous, il y a un espoir de gagner ce marché, qui est demandeur.'' Sur la domiciliation de la future agence africaine du médicament, un des points à l'ordre du jour du Forum africain du médicament qui s'est tenu à Alger (14-16 mai), il a indiqué qu'''il y a de la concurrence, mais nous avons des atouts à faire valoir, dont la qualité des produits fabriqués localement. Le terrain est très propice, mais il y a des mesures à prendre pour harmoniser la réglementation à travers l'Afrique avec cette agence''. Pour cet objectif, il a estimé que ‘'l'Etat a un grand rôle à jouer. Il y a des investisseurs locaux qui veulent exporter vers l'Afrique, mais sans le soutien de l'Etat, ils ne peuvent faire grand chose, notamment dans la délivrance de certains documents exigés par des pays africains, ainsi que l'harmonisation de la réglementation.'' Il ajoute que ‘'s'il y a des exigences particulières, l'Etat doit faciliter la délivrance de documents exigés par les pays africains dans les délais pour éviter la concurrence étrangère.'' Regroupant plus de 3.000 participants, la 18ème session du Forum pharmaceutique international a été clôturée hier mardi à Alger. Par ailleurs, le Dr Belambri est revenu sur certains problèmes rencontrés par les pharmaciens d'officines. Il a ainsi rappelé qu'il faut ‘'faire une révision des marges bénéficiaires, qui sont en diminution depuis 20 ans de manière continue.'' ‘'Notre revendication est qu'elle soit revue en hausse, il y a 36 millions d'Algériens qui sont pris en charge par les officines avec une augmentation incroyable des coûts. On a recruté et cela nécessite des frais, et cela pèse lourdement sur les pharmaciens d'officines. En outre, il y a 13 millions de cartes Chiffa à gérer.'' Avec la mise en place de la carte Chiffa, ‘'cela a nécessité un recrutement très fort et une hausse des charges. Avec la gestion de la carte chiffa, a-t-il dit, il y a 3.600 à 3.700 officines qui ont des difficultés par rapport au prix du médicament.''

D'autre part, le président du SNAPO estime qu'il faut revoir la loi 04-18 relative aux psychotropes. ‘'Tous les intervenants réclament la révision de la loi de 2004, car il y a un vide, et pour les pharmaciens, il y a d'énormes difficultés par rapport à cette loi'', ajoute-t-il, avant de relever que ‘'les pharmaciens sont très inquiets.'' Selon le Dr Belambri, ‘'75% des pharmaciens qui ont été poursuivis pour avoir vendu des psychotropes ont été innocentés, mais il y a eu des mises sous contrôle judiciaire car il y a une opacité dans cette loi, la liste des psychotropes interdits n'est pas publiée, il y a un vide dans cette loi.'' Il a indiqué qu'actuellement il y a des discussions pour la révision de cette loi. ‘'L'organisation a été associée pour les nouvelles dispositions, il y a des commissions installées pour mettre en place de nouvelles dispositions pour la commercialisation des psychotropes, les pouvoirs publics pensent lancer un fichier central pour identifier les consommateurs, et on parle d'un arrêté détaillé sur les psychotropes, les prescriptions des médecins, tout cela pour nous aider à travailler dans de meilleures conditions de sécurité''. Sur les médicaments contrefaits, le Dr Belambri a affirmé que ‘'l'Algérie est à l'abri de ce phénomène, qui n'épargne aucun pays, y compris les pays développés à travers la vente de médicaments par Internet.'' Pour lui, ‘'l'Algérie a sécurisé ce risque, mais il faut rester dans un état de veille permanent, notamment contre les produits-cabas.'' Et sur ce chapitre des ‘'produits-cabas'', il a lancé un appel aux pharmaciens, leur disant que ‘'vous n'êtes pas responsables de la disponibilité en médicaments. Nous ne sommes pas responsables de la disponibilité des médicaments.'' Sur le tiers payant, le président du SNAPO est également catégorique: il faut le réviser, car ‘'c'est une menace sur la pérennité de ce système.'' Il a indiqué que sur ce point, ‘'nous sommes en négociations avec le ministère du Travail'', avant de reconnaître qu'il s'agit ‘'d'un acquis des travailleurs algériens. ‘'Cependant, s'il y a des difficultés au niveau de la caisse de sécurité sociale, il faut qu'on nous donne les moyens d'accompagner cette mesure.'' Selon lui, la hausse des charges des pharmacies induites par la gestion de la carte Chiffa ‘'vont tuer l'officine. Si on ne réagit pas, cela aura des conséquences directes sur les pharmacies et la production de médicaments.'' ‘'Nous continuerons à accompagner l'Etat dans ce système, mais il faut qu'on tienne compte de nos difficultés'', a-t-il lancé. Enfin, sur les alertes à l'indisponibilité du médicament sur le marché national, il a rappelé que le syndicat le fait par souci d'informer les pouvoirs publics, pas pour ‘'créer des problèmes''.