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Université Al-Zahra de Téhéran: Des bourses pour des étudiants algériens

par Ghania Oukazi

L'université Al-Zahra de Téhéran a décidé d'offrir, pour l'année universitaire 2017-2018, des bourses aux meilleurs étudiants algériens de diverses filières.

C'est la présidente de cette université iranienne de renom qui en a fait l'annonce dimanche dernier à Alger. Dr Ensiyeh Khazali estime que «l'octroi pour l'année prochaine de 5 bourses de l'université Al-Zahra à des étudiants de disciplines diverses, majeurs de leur promotion, est un gage d'amitié envers l'Algérie, un pays que nous respectons, notamment pour sa glorieuse Révolution contre le colonialisme et ses un million et demi de martyrs». Tout autant que Hashimi Hakiki Morjane, membre du Centre iranien pour la femme et la famille, la présidente de l'université Al-Zahra a rendu un vibrant hommage à la femme algérienne qui, pour les deux responsables iraniennes, «a été une combattante hors pair durant la Guerre de libération nationale». Un hommage très particulier a été rendu à la grande moudjahida, Djamila Boubacha, qui était dimanche aux côtés des deux Iraniennes et d'autres hôtes venues débattre à l'hôtel d'El-Biar (Alger) du «Rôle de la femme dans les combats libérateurs». Ce rendez-vous international n'a rien de fortuit. C'est Feriel Filali, directrice de l'Académie algérienne de traduction, qui en a eu l'idée en tenant à le faire coïncider avec le 19 mars (1962), date de la célébration du 55e anniversaire de la victoire de l'Algérie sur la France coloniale et ce qu'il réunisse aussi 22 femmes issues d'horizons divers. L'essentiel est qu'elles aient participé ou participent à «des combats libérateurs» de tout joug privant de liberté, de droits, de la libre expression et d'émancipation. C'est donc toute une symbolique que Feriel Filali a voulu faire renaître. Dans sa première édition, cette table ronde a ainsi regroupé, entre autres «femmes combattantes», la grande moudjahida Djamila Boubacha, Dr Samira Saka, une militante palestinienne membre de l'OLP, une adepte de la zaouïa Tidjania, l'épouse de l'ambassadeur de Palestine en Algérie, Dr Samra, une universitaire turque.

Les femmes ont suivi avec attention un documentaire sur la vie de la moudjahida Boubacha. «J'ai été arrêtée le 9 février 1960, le jour de mon anniversaire, ça n'avait rien d'un beau cadeau de la part des militaires français», a fait savoir Djamila aux participantes.

«Ma mère a payé par mandat les honoraires de Gisèle Halimi»

La moudjahida sera traduite devant le tribunal militaire et sera défendue par l'avocate française Gisèle Halimi. Au fur et mesure que Boubacha racontait les péripéties de son combat et les affres de la prison, elle nous fera savoir que Gisèle Halimi avait encaissé près de 7.500 francs «sinon bien plus pour assurer ma défense». Un «détail» qui ne passera pas inaperçu et qui fera réagir plusieurs participantes à la table ronde. «Nous ne savions pas que les avocats français que l'histoire a qualifiés de soutiens indéfectibles de la cause algérienne se faisaient payer pour défendre des moudjahidate et moudjahidine algériens», ont-elles relevé. Il est évident, disent certaines d'entre elles, que «les avocats français devaient percevoir des honoraires pour prendre en charge ces procès mais pas avec des tarifs aussi gros !». 7.000 FF à l'époque, ce n'est pas rien. «C'était une somme que maître Halimi a réclamé à ma famille, ma mère s'était chargée de la lui transmettre par tranche et par mandat vers la France», a expliqué Boubacha. Des anecdotes, la moudjahida en a tellement. Une bien particulière, celle où elle raconte que son avocate (française) était venue deux fois en Algérie durant le procès. «Elle avait dit à ma mère qu'elle n'avait pas reçu le mandat, elle a réclamé ses honoraires jusqu'au dernier franc (…)». Gisèle Halimi a écrit un livre avec Simone de Beauvoir sur le combat et le procès de la moudjahida et en a même tiré un film tourné au Maroc. «Elle n'a demandé mon avis ni pour l'un ni pour l'autre», nous dit Boubacha, qui nous rappelle qu'elle a été condamnée à mort et graciée après la signature des accords d'Evian.

«J'ai payé mes cotisations au FLN libérateur»

Dr Samira Saka, militante palestinienne, membre de l'OLP, affirme avoir soutenu le combat des Algériens et posséder sa carte du FLN libérateur auquel elle payait régulièrement ses cotisations. «Je suis la première Palestinienne qui est venue en Algérie à l'aube de son indépendance, j'ai été présente le jour de la proclamation de la République algérienne indépendante», fait-elle savoir. A partir de 1962, Dr Saka assistera à toutes les évolutions de l'histoire de l'Algérie. «J'ai travaillé à la présidence de la République, le président Houari Boumediene m'a donné le numéro de sa ligne directe et m'a dit «appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit». Docteur en sociologie, Saka a été pendant de longues années maître de conférences à l'université d'Alger et a enseigné la sociologie dans plusieurs facultés. «J'ai eu la nationalité algérienne depuis très longtemps, je suis redevable à l'Algérie pour tout ce qu'elle m'a donnée, je me sens toute à la fois Palestinienne et Algérienne, la cause palestinienne a connu des moments forts en Algérie (…), je sais ce que l'Algérie a donné à la Palestine que personne ne sait, elle a tellement fait pour nous», souligne Dr Saka. L'universitaire turque a, pour sa part, exprimé son avis sur l'utilité de la langue arabe. Dr Samra a regretté que la république turque de Kemal Ataturk ait effacé toute trace de la langue arabe en changeant les caractères du turc en ceux latins. «La Turquie possède d'importantes archives en arabe mais les universitaires ont des difficultés à les faire traduire, il est dommage que les Turcs ne profitent pas de ce grand héritage», dit-elle, déçue. Dr Ensiyeh Khazali soutiendra l'idée et plaidera pour la promotion et l'épanouissement de la langue arabe en Algérie. La secrétaire générale de l'Académie algérienne de traduction a retenu parmi les recommandations des femmes «l'utilité de fixer à la rencontre une périodicité régulière et de confirmer son caractère international, la nécessité de faire connaître à travers le monde la Guerre de libération nationale, ses moudjahidate et moudjahidine, inscrire leur combat dans les livres scolaires et le rappeler à la mémoire collective». Autre recommandation «être à l'écoute de la moudjahida Djamila Boubacha, baptiser une institution nationale de son nom». Cette requête des femmes des combats libérateurs sera transmise à la présidence de la République. La directrice de l'Académie choisira de clore le débat en faisant écouter à ses invitées un poème de Moufdi Zakaria par lequel il raconte l'Algérie combattante et rebelle. Et belle aussi pour être aux yeux du poète «Le sourire de Dieu dans son Univers».