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Plutôt que de vouloir épisodiquement constitutionnaliser les Algériens

par Prof. Hassan Tsaki *

n'est-il pas nécessaire et responsable aujourd'hui de contribuer efficacement à reconstruire leur état sanitaire altéré par les contaminants insidieux des nouveaux modes et produits alimentaires ? Mais en persistant dans cette voie, profitez-en pour institutionnaliser l'obligation de l'état à assurer la souveraineté alimentaire et sanitaire de la population.

Avec la détérioration des cours du pétrole et les restrictions socio-économiques annoncées car quasi-inévitables, montrant que notre pays n'a plus une économie réelle, ni effective mais seulement un apparat de structures d'affirmations pseudo-économiques qui ne constituent, en fait, qu'un immense bazar et marché d'Import-Import qui va de la petite quincaillerie des vis et boulons jusqu'aux denrées alimentaires frelatées par les OGM et leurs accompagnements en pesticides et autres intrants agro-alimentaires à l'origine de ces fréquentes et plus que préoccupantes graves pathologies qui affectent presque le tiers de nos concitoyens (Cancers, Diabète, Hypertensions, AVC, Alzheimer, Parkinson, Obésité et bien d'autres), parmi lesquels, fait nouveau et particulièrement dramatique, des atteintes sur nos enfants !

Après plus d'un demi-siècle de recouvrement de notre indépendance, bien que nous ayons eu le temps, les opportunités et mannes financières qui ne reviendront pas de sitôt, nous perdons nos potentiels et chances de sursaut, en tergiversations stériles ponctuées, çà et là, par de pseudo-révolutions et avancées constitutionnelles qui verront débats politiques, citoyens accompagnés de véritables gesticulations pseudo-intellectuelles ou faussement partisanes qui s'essouffleront les uns après les autres, sans avoir apporté le moindre remède ou solution à la détérioration progressive du corps social, économique et sanitaire de notre être national.

Dans l'état actuel de notre problématique sanitaire nationale et en l'absence de vision stratégique et véritablement préventive dans sa gestion, cette préoccupation à vouloir constitutionaliser et reconstitutionaliser le peuple algérien alors qu'il aspire ou nécessite, peut-être dans l'urgence d'aujourd'hui, la prise en charge publique d'autres priorités et responsabilités plus vitales encore, rappelle à notre mémoire populaire ce vieux conte tiré de notre histoire coloniale malheureuse qui relate l'histoire douloureuse de cette mère qui n'ayant rien à offrir en dîner le soir à ses enfants, met des pierres à bouillir dans la marmite, et s'adonne à leur conter histoire après histoire pour les faire patienter en espérant toutefois qu'ils s'endormiront vite… Sans avoir mangé, bien sûr ! Aussi, comparativement à ce qu'avait affirmé, à juste titre, un chef d'Etat, dans une tribune internationale et devant un auditoire de plus de cent chefs d'Etat et de gouvernements de la planète à l'occasion, en 2002, du Sommet de la Terre de Johannesburg (Afrique du Sud) : ‘'notre maison brûle et nous regardons ailleurs''. Fait à méditer âprement peut-être où la santé et le capital immunobiologique de notre population s'abime et flambe irrémédiablement ; et où, nous, nous regardons ailleurs !

Il faut admettre, en effet, que non seulement notre décollage économique n'a pas eu lieu et n'est pas prêt de l'être dans la présente morosité socio-économique annoncée et où les pouvoirs publics s'accommodent durablement à calmer des centaines de milliers de diplômés chômeurs par des soutiens ou assistanats sous perfusion inégalée de deniers publics (ANSEJ, ANGEM, mécanismes du préemploi et autres). Si nous n'avons pas avancé socio économiquement, mise à part pour les logements, autoroutes et aéroports que les Chinois, Turcs et Espagnols construisent pour nous en échange de nos précieuses valeurs financières, par contre nous avons relativement reculé en matière de potentiel intrinsèque national, puisque le patrimoine biologique et état sanitaire de la population nationale est relativement atteint et diminué si l'on regarde aux données épidémiologiques des grandes fréquences de pathologies chroniques en évolution constante.

Dans la prise en compte de ces graves maladies qui atteignent une bonne part de notre population et qui la menacent davantage dans les prochaines décennies ou années ; ne dites pas avec fatalisme que c'est l'œuvre de Dieu, et que nous n'y pouvons rien ! C'est, non seulement défaitiste mais faux car Dieu est bon et ne donne pas la maladie, mais plutôt la vie, le bien-être et la santé qu'Il nous a confiés. Celui qui donne ces maladies est bien l'Homme et sa convoitise illimitée, irraisonnée et irresponsable, obnubilé par le gain de l'argent facile. Une grande part de ces maladies nous sont, en effet, provoquées par ce que nous consommons en multiples produits qui viennent de la planète et qui envahissent nos marchés et centre commerciaux.

Et de grâce, ne mentez plus et ne culpabilisez plus ces centaines de milliers de nombreuses et malheureuses cancéreuses du sein et des voies génitales en prétendant que leurs atteintes seraient essentiellement en relation avec leurs antécédents familiaux et génétiques… C'est exagéré, souvent imprécis et le plus souvent même faux ! Car dans les disfonctionnements et effondrements immunologiques, c'est souvent les organes génitaux ou de reproduction qui représentent les premiers organes biologiques à être atteints par ces processus de mutations et de néoformations cancéreuses. En un mot, nous avons et nous incombe la responsabilité d'analyser et de mieux comprendre l'ensemble de ces nouveaux phénomènes qui nous arrivent et nous atteignent dans ce que nous avons de plus cher, notre santé, afin de trouver les moyens et dispositions pour mieux protéger notre population.

Le pétrole, nos richesses énergétiques et leurs mannes financières ont été pour nous dans ce domaine, il faudrait le reconnaître, un mauvais substitut à la production agricole nationale et de ses produits de qualité, où nous avons été et sommes encore de simples ventres nourris et très mal nourris par l'importation assistée. Il en est de même pour l'ensemble des semences, le plus souvent transgéniques que le pays importe en valeurs fortes et qui sont à la source aujourd'hui de production de l'ensemble des légumes et productions maraîchères que nous consommons ( tomates, pommes de terre, poivrons, aubergines, laitues, et la liste est longue !) avec les résidus de leurs accompagnements en intrants chimiques et phytosanitaires ( pesticides, engrais de synthèse chimique, fongicides, etc…) , largement reconnus de nos jours comme responsables de beaucoup de ces graves atteintes sanitaires.

Il faudrait peut-être aussi rappeler, à ce propos, que le plan national anti-cancer, tel qu'il est décliné aujourd'hui, reste tout à fait contestable et peut-être même inefficace quant à la reddition notable de ces maladies et de leur forte fréquence, car il semble orienté essentiellement à travers un ensemble de dépenses d'équipements de radiothérapies, de centres anti-cancer et de centres externalisés de chimiothérapie. A ce titre, il ne semble intervenir que dans le traitement aval des maladies cancéreuses et non pas, ce qui serait plutôt essentiel et souhaitable, au déploiement d'une stratégie de protection préventive, entre autres par une plus forte implication des pouvoirs publics en engagements effectifs de services spécialisés dans les expertises, le contrôle de la traçabilité, le suivi pour de plus justes définitions des occurrences toxicologiques liées aux différents produits et boissons alimentaires, où comme on le constatera un peu plus loin, 53 % des cancers (1) aujourd'hui seraient dus à une alimentation véritablement toxique et principale source et terreau de beaucoup de ces maladies dont la prise en charge publique des dépenses occasionne à la collectivité nationale un sacrifice budgétaire faramineux qui sera difficilement soutenable dans la perspective économique induite par la chute du prix des hydrocarbures.

Le cancer et les nombreuses autres pathologies chroniques dites de la modernité, ne sont aujourd'hui, vu leur extrême fréquence et relation à l'alimentation, ni des maladies honteuses et culpabilisantes pour les malades, ni l'œuvre en fatalité de Dieu. Pour être aujourd'hui plus réaliste et authentique, il nous faudrait changer de paradigme pour les considérer désormais, et à juste titre, comme des atteintes publiques de la responsabilité des Etats. Et si ces fléaux persistent encore, cela ne pourrait être la préjudiciable cause qu'à l'irresponsabilité et l'aveuglement de nos pouvoirs publics. Et enfin, n'en soyons pas dupes, cela n'est dû qu'à notre indifférence malheureuse et criminelle ; et, à celle, n'employons pas de gants, ni de dos de cuillère pour le dire, de notre pseudo-élite spécialisée pourtant en la matière, car souvent plus motivée à défendre son statut social et pécuniaire, qu'à protéger sa population !

MONDIALISATION, AGRO-INDUSTRIES, GLOBALISATION DES MODES ALIMENTAIRES ET NOUVEAUX ENJEUX SANITAIRES

C'est Hippocrate (460 av. JC – 370 av. JC) et Ibn Rochd (Averroès pour les Latins, 1126 - 1198) qui prodiguaient à leurs malades : ‘' Que ton aliment soit ta médecine'', agissant ainsi directement sur les causes des pathologies et des disfonctionnements physio-métaboliques qui en sont le plus souvent responsables que sur les symptômes même. Ils privilégiaient ainsi le diagnostic du nutritionniste à l'alchimie du pharmacien et aux drogues du chimiste. Mais, il est vrai, avant d'être médecins, ces inoubliables braves personnages étaient philosophes, mathématiciens, juristes, poètes, et surtout savants. Pas de ces diplômés indigents qui sont pléthore aujourd'hui et qui manquent affreusement et irrémédiablement de véritable vocation à soigner parce que ‘'formatés'' essentiellement par la Carotte du relatif statut social…

S'il est souvent admis que par gourmandise, ‘'l'homme creuse sa tombe avec ses dents'', on sait par des études épidémiologiques, (1) aussi sérieuses que complètes réalisées par un collège de cancérologues (Pr. Belpomme, Dr. Béliveau et Pr. Servan Schreiber) et publiées récemment par l'Institut français de veille sanitaire que le cancer, cette pathologie en si forte fréquence et évolution de nos jours, ne tombe pas du ciel, mais vient pour une grande part de nos assiettes, c'est-à-dire de ce que nous mangeons et buvons. En un mot, de notre nouveau mode d'alimentation ainsi que de la qualité suspecte ou corrompue des produits alimentaires et boissons qui nous sont proposés par un marché, aujourd'hui, malheureusement et durablement globalisé (2).

COMMENT EN EST-ON ARRIVE LA ? ET, QUI SONT RESPONSABLES DE CES DISFONCTIONNEMENTS OU DERIVES CRIMINELLES ?

La première question nous renvoie à la genèse et succession de ces deux Révolutions vertes qui à chaque fois ont vanté et promis l'essor de la paysannerie, la modernisation et le progrès des sociétés rurales et l'augmentation conséquente des productions agricoles avec une certaine prétention lénifiante de vaincre le spectre de la faim, dans le pays et… Voire, même, dans le monde !

La première vague de la Révolution verte, entamée après la Seconde guerre mondiale dans les pays industrialisés puis étendue au monde, a consistée en d'importants programmes de modernisation et de promotion des productions agricoles sous les impulsions de l'utilisation accrue des engrais et phytosanitaires et à grand renfort de mécanisation. Certes, les rendements évalués malheureusement et toujours en termes, seulement, de quantités (et non pas en termes de qualité !) ont bien été améliorés. Mais il fallait désormais prendre en compte les coûts de ces intrants, les remboursements des traites de ces produits agro-chimiques, de plus en plus coûteux et les dépenses de ce suremploi souvent de matériels agricoles qui a permis de mécaniser à outrance les activités agricoles et d'élevage et de se libérer de la main-d'œuvre agricole… Beaucoup de producteurs se sont retrouvés endettés et dans la difficulté de faire face aux remboursements des prêts… Et ce, pour ne pas dire jetés à la faillite puis chassés de leur campagne et exploitation. Après la mise en exode vers les villes des ouvriers et de la main d'œuvre agricole traditionnelle, est venu le tour des petits exploitants agricoles (5 ; 6).

La 1ère Révolution verte n'a profité :

Ni aux populations rurales, ni à l'amélioration de leur niveau social ; ni à leur maintien sur leurs terres, puisque des millions d'entre eux n'ont connu que le triste chemin du déracinement puis de l'exode vers les villes et leurs banlieues pauvres ;

Ni à vaincre la faim, ni dans le pays concerné, ni dans le monde ;

Ni à la conservation de la biodiversité, ni à celle de l'environnement et de ses ressources naturelles renouvelables ;

Ni à la conservation de la qualité des sols, des eaux des nappes phréatiques et des eaux de surface ;

Ni à la conservation des savoirs ancestraux et terroirs agricoles.

Cette 1ère Révolution verte n'a profité :

Qu'aux industries agro-chimiques des engrais et des phytosanitaires ;

Qu'aux industries mécaniques qui ont eu un inespéré grand marché pour leurs invendus ;

Qu'aux banquiers et financiers qui ont recouvré mises et larges intérêts ;

Tout ceci, pour une avancée technique et des résultats bien mitigés qui ont le plus clairement et surtout participé au démantèlement programmé des sociétés et terroirs ruraux. Ces derniers, cependant et jusque-là, nourrissaient les populations en produits de qualités. Enfin, tout ce micmac de faux progrès pour rien ; sinon, avec au bilan général, une énorme facture, sociale, environnementale et sanitaire à payer indirectement par les populations et les contribuables des Etats !

La 2ème Révolution verte, ou deuxième vague de la Révolution verte, s'est développée par le truchement des innovations biotechnologiques tels les OGM, l'Agro-industrie et la financiarisation accrue des exploitations et productions agricoles et d'élevages. Initiée et développée depuis les années 80, elle devient, aujourd'hui, de plus en plus forte, prépondérante et agressive même. Aujourd'hui, 4 ou 5 pays et leurs multinationales de l'agro-industrie dominent tout le marché mondial du soja, du maïs, des oléagineux et concentrés alimentaires des élevages (avicoles, bovins, porcins, ovins, etc.) (6) !

* Directeur de Recherches Universitaires