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La grève des traminots se poursuit : Les responsables de la SETRAM dans le collimateur

par Abdelkrim Zerzouri / Houari Barti

Après une valse hésitation, la grève des traminots est mise sur rails à travers les trois lignes exploitées sur le territoire national.

Que cela soit à Alger, Constantine ou Oran, «seuls les rames assurant le service minimum sont en circulation», précisent les travailleurs grévistes qui affirment que leurs collègues d'Oran sont en grève et que tout ce qu'il y a eu, c'est qu'«une infime minorité de travailleurs, complices avec l'administration, ont vainement tenté d'assurer une certaine régularité au service pour faire croire qu'il n'y a pas eu de perturbation dans l'activité du tramway». Désormais, les travailleurs usent du même langage, «les revendications sont d'ordre national, portant, essentiellement, sur le volet des salaires, l'organisation du travail, la convention collective… et nous sommes, tous, solidaires et engagés pour arracher nos droits», clament des grévistes rencontrés, hier, à la station de Zouaghi. Dans ce contexte, un délégué représentant des travailleurs, au sein d'un comité national de six membres (deux issus de la direction de Constantine, deux d'Oran et deux autres d'Alger), installé par la centrale syndicale UGTA pour suivre et gérer le conflit collectif, d'ordre socioprofessionnel, nous a indiqué que le comité en question constitué, donc, de deux délégués de chaque wilaya s'attelle à mettre sur pied une plate-forme de revendications nationales qui sera transmise à la direction générale de la SETRAM, au ministre des Transports, à la Centrale syndicale UGTA et à la fédération des Transports. «Nous avons un destin commun, en conséquence on doit aller vers des négociations qui prennent en considération cet aspect collectif de la question», relève encore le délégué des travailleurs. Ce dernier, interrogé sur la grève et ses nombreuses retombées néfastes, aussi bien, sur les usagers, sur la société que sur les travailleurs eux-mêmes, a clamé qu «ils ont été forcés d'aller vers cet ultime recours». Précisant, à ce propos, que «l'administration n'accorde pas trop d'importance aux droits des travailleurs, par contre, et on peut le vérifier, ses responsables qui travaillent peu, gagnent beaucoup d'argent et tentent de se positionner en tant que maîtres des lieux».

On parle de certains avantages «hors normes» accordés aux cadres, à l'exemple de cette prime annuelle de 120 % qui leur est, exclusivement, réservée, des anomalies dans les salaires, des fonds de roulement qui atteignent les 40 millions par semaine, des voyages contre-productifs par voie aérienne, d'utilisation abusive des véhicules de service et de déplacements qui n'ont pas lieu d'être. «En somme, il y a trop d'injustice, et qu'on ne vienne, surtout pas, nous parler de l'intérêt de la société lorsque les travailleurs haussent le ton et se mettent à revendiquer leurs droits, les plus élémentaires», s'insurge le délégué des travailleurs qui croit, lui, que l'«intérêt est plutôt obscur». Les traminots sont, cette fois-ci, déterminés. «Nous sommes décidés d'aller jusqu'au bout pour amener la direction générale à satisfaire nos revendications. Il se peut même que le service minimum soit annulé, dans les prochains jours», laisse-t-on entendre. La grève est, donc, inscrite dans la durée si l'administration ne se décide pas à ouvrir le dialogue et arranger ce qui peut l'être, avant que les évènements ou le cumul des problèmes mènent vers des dérapages et des factures assez lourdes à supporter. Une administration qui n'est pas, encore, sortie de son mutisme quatre jours après le déclenchement des hostilités. La direction générale de la SETRAM, qui a, selon toute vraisemblance, donné des consignes à ses directions à Constantine et Oran, de ne pas parler à la presse, ne porte, apparemment pas trop de crédit à la communication, ou s'estimant ne pas être dans l'obligation de réagir, face à cette effervescence sur le front social. A la SETRAM on privilégie un autre discours, soutient l'un des délégués des travailleurs, on achète le silence et le calme quand on peut. Hélas, le bouchon est poussé trop loin avec l'actuel débrayage et «nul ne peut faire revenir les choses à leur état initial», assurent des grévistes. De sources syndicales proches de la Centrale UGTA, nous ont confié que l'évolution de la situation à la SETRAM ira vers un durcissement des positions, dans les prochains jours, et il n'est pas du tout exclu que les grévistes ajoutent une autre revendication à leur liste, en l'occurrence «l'exigence» du départ du premier responsable de la SETRAM (P-DG) ainsi que le sirecteur de l'Unité d'Oran.

Selon des délégués syndicaux de l'Unité SETRAM d'Oran, «l'annonce par l'administration de sanctions à l'encontre d'une vingtaine de grévistes avait provoqué un vent de panique parmi les travailleurs dont un bon nombre s'étant senti menacé avait décidé de reprendre le travail. La tenue, hier, à minuit d'une assemblée générale s'est donc imposée pour réunifier nos rangs et rester sur le même mot d'ordre que nos collègues d'Alger et Constantine», affirment les représentants des traminots.

Pour le service minimum, il est, comme aux premières heures de la grève, assuré par 6 rames en activité, le matin contre 8 le soir, selon les grévistes. Outre cette revendication relative à l'IAP, les grévistes d'Oran, rappelle-t-on, réclament en outre la réintégration de 2 de leurs camarades syndicalistes, suspendus «abusivement» par l'administration, à en croire l'inspection du Travail de la wilaya d'Oran qui a mis en demeure, le 22 juin dernier, la direction de la SETRAM de réintégrer, dans les meilleurs délais, les deux syndicalistes licenciés.