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La littérature et notre regard sur l'immigration subsaharienne

par Lamine Kouloughli *



«Nous sommes un désert qui marche, peuple de sable,/[…]Tant de vies détruites ont aplani le voyage,/des pas ôtés à d'autres poussent les nôtres en avant»E. De Luca, Aller Simple.

Yôichi Komori, critique littéraire japonais, propose que la littérature a pour rôle de fournir à ses lecteurs les mots pour comprendre le mondeI . En cette période de vacances propice à la lecture, quels mots la littérature peut-elle fournir pour aider à comprendre le phénomène, par delà sa confrontation journalière et sa traduction dans la presseII, d'une présence sinon accrue, du moins plus visible de migrants sub-sahariens dans nos villes ? Quelle vision la littérature, en donnant à lire des parcours romancés de vie de migrants, épousant ainsi son époque – parfois même la devançant –, en propose-t-elle ? Notre regard peut-il en être changé ? Lisons.

Le désert, et après suivi de le gardien de Habib Ayyoub, [133p.], publié aux Editions Barzakh, Alger, en 2007 est, pour son premier récit ‘Le désert, et après', sans doute une fiction née des ‘histoires dramatiques' que l'auteur rapporte avoir entendu à Djanet dans le sud algérien ; histoires ayant eu pour lieu le Ténéré, étendue désertique sans repères «juste le sable, le ciel et Dieu»III, entre l'Algérie et le Niger, où, «entassés de 40 ou 50 individus dans des camionnettes, les harragas paient cher [une] incertaine traversée, [et où] quand les passeurs arrivent près de Djanet, ils débarquent leurs cargaisons humaines alors qu'il reste aux harragas près de cent km à faire à pied en plein désert et que beaucoup y trouvent la mort.»IV

‘Le désert, et après' concentre son récit sur l'exode des sub-sahariens et dit, en trente sept pages, l'histoire d'Ahmadou Touré, «instituteur dans un village […] au bord d'un fleuve quasi asséché du Sahel» (12)V quelque part dans le désert tchadien et qui, parce qu'il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille, décide, après la mort de son dernier né terrassé par le paludisme, de tenter l'aventure. Ahmadou Touré laisse enfants et femme dans la tribu de cette dernière, vend le peu qu'il possède pour payer son passage, et part, accompagné seulement de son chien et muni de maigres provisions et d'une outre d'eau, pour traverser le désert avec pour but l'Australie via Tamanrasset, Alger et Marseille. Cette traversée qu'il commencera en compagnie d'autres personnes de tous âges munies comme lui de maigres bagages et entassées à bord d'un vieux camion venu avec passeur chercher sa cargaison humaine jusque dans les villages, se terminera, vraisemblablement comme pour nombre de ses compagnons d'infortune, tragiquement. Ahmadou Touré trouvera la mort seul si ce n'était la compagnie fidèle de son chien, dans le désert, après que le passeur et le chauffeur du camion l'aient, ainsi que les autres candidats à la traversée qu'ils dépouilleront de tous leurs avoirs, abandonné à son destin funeste.

«Le désert, et après», à l'instar de nombreux autres textes traitant de l'émigration clandestine, dresse d'emblée un réquisitoire contre les raisons y menant, l'auteur y faisant d'abord référence, en en épelant l'une des causes majeures – l'incurie des gouvernants –, à la misère à laquelle est réduit le héro du récit – «sa paye, quand elle arrivait avec plusieurs mois de retard, était amputée d'une nuée d'impôts nouveaux dont nul n'avait entendu parler auparavant, hormis le gouvernement militaire de la province.» (13) – ; avant que de faire suivre un long paragraphe qui résume les malheurs de tout un continent «violé, pillé, massacré, […] pour enfin [être] abandonné … totalement exsangue[…], en cendres» (33) par les envahisseurs venus du Nord, et qui n'a plus rien à offrir à sa jeunesse, une «jeunesse écœurée par les turpitudes de ses soi-disant gouvernants – les tyrans qui l'écrasent – [et qui] aspire dans sa totalité à foutre le camp, à rejoindre le pays des cruels anciens maîtres …» (33/34)

Foutre le camp, commence souvent, pour les candidats à l'émigration clandestine, d'abord par se mettre à la merci des passeurs, décriés dans le récit pour leur cupidité, leur malhonnêteté, et leur inhumanité ; les convoyeurs des miséreux candidats à la traversée clandestine de ‘Le désert, et après' abandonnant en plein désert, après l'avoir délesté de ses maigres avoirs, son chargement humain sans ressources ni réelle chance de survie.

Faisant pendant à ces dénonciations, une compassion généreuse pour Ahmadou Touré – et vraisemblablement à travers lui pour l'ensemble des migrants – est exprimée, encore et encore dans le récit de Habib Ayyoub avec par exemple ce rappel, peut-être pour contrecarrer la déchéance présente de son héro et lui rendre quelque humanité sinon l'honneur que perd l'homme qui fuit, de la noble lignée d'où il est issu, «filleul d'une vieille princesse targuie, et lui-même descendant du grand Almamy Samory Touré» (43), et qui avait prénommé son premier enfant, une fille, Sarraouina, du nom de la reine des peuples du Tchad. Autre exemple de cette volonté de l'auteur de rendre quelque humanité à un homme qui, à l'image de tous les migrants clandestins, n'est plus qu'une ombre réduite à l'errance, cette mention que son héro est un homme cultivé qui connait «Les Fleurs du Mal et Les Chants de Maldoror [et qui a] lu Mallarmé et Rimbaud» (12) ; et ce retour sur sa vie d'homme d'avant et notamment sa première expérience amoureuse avec la mystérieuse Isabelle. De même, et reprenant un thème récurant dans la littérature sur l'émigration clandestine, cette affirmation de l'inébranlable détermination de ses candidats de ne jamais rebrousser chemin – «Retourner au pays ?... Jamais !» (39) – dit-t-elle peut-être à sa manière le courage d'un Ahmadou Touré dans la tourmente … à moins qu'elle ne fut là que pour regretter son obstination. Autre participation encore à l'humanisation bienveillante du personnage central de ‘Le désert, et après', sa description toute simple, alors qu'il est lui-même dans le besoin, donnant, en plein désert, «à manger à son chien avant de lui offrir à boire.» (15) Enfin, ultime expression de cet élan généreux, l'auteur redonne à son héro malheureux son humanité et son honneur spoliés lorsqu'il lui permet, dans une des dernières scènes du récit où il le décrit à un guichet de poste d'un village perdu du Queensland, parlant en anglais au préposé et s'apprêtant à envoyer de l'argent à sa famille en Afrique, non seulement de fouler, même si seulement dans le délire de la mort, le sol du rêve avorté, mais aussi et surtout d'y redevenir utile à sa famille et d'effacer ainsi quelque peu sa fuite première.

Mais, écrit Ayyoub, ramenant le lecteur à la triste réalité, le carreau de cette petite poste sur lequel, de fatigue, Ahmadou s'assoit d'abord puis se couche est, rappel terrible de la dune saharienne, brûlant et inégal. Alors, dernière image du récit scellant le destin d'Ahmadou Touré descendant du grand Almamy Touré, et disant peut-être à travers ce destin floué celui de milliers de migrants sub-sahariens, deux sépultures ; l'une du jeune noir et l'autre de son chien fidèle, creusées pas trop loin l'une de l'autre par des hommes du désert pris de pitié, dans l'espoir que «peut-être pourraient-ils, de cette manière, plus facilement se retrouver dans un monde meilleur, très loin, au-delà du nord […] (46)

Ainsi, l'histoire d'Ahmadou Touré et la manière dont ce laissé-pour-compte aura néanmoins essayé de prendre son destin en main peut-elle, malgré sa défaite, peut-être même par celle-ci, aider à acquérir un regard plus nuancé, peut-être même plus lucide, sur ces autres à peine plus chanceux que lui pour être arrivé jusque sur nos rivages.

Il aura Pitié de Nous, de Roshd Djigouadi, [256p.], publié à Chihab Éditions, Alger, en 2004, porte quant à lui la voix d'outre tombe d'Adel, émigré clandestin algérien âgé de vingt cinq ans échoué sur une plage espagnole juste avant de rendre l'âme la godasse d'un ‘guardia civil' collée à sa poitrine, au terme d'une traversée qui tourne mal entamée avec deux autres compagnons, dont un sub-saharien, qui se perdront en mer.

De dessous la pierre tombale anonyme fleurie tous les dimanches par le gardien espagnol du cimetière, «descendant des Maures rescapés de l'inquisition» (11), Adel, «hittiste, arpenteur des mètres carrés de l'espérance affective» (66) devenu harrag, raconte. Il dit son quotidien avec sa famille dans «un deux-pièces exigu dans une cité pourrie au cœur d'une capitale qui ne l'est pas moins» (65) ; et avec Ali et Kamel, ses amis de quartier dont les journées se résument à «un dos plaqué à un mur ou, quelques mètres plus loin, [un] derrière endolori par une rambarde qui le supporte toute la journée» (28), à «tuer le temps, cet ennemi qui emplissait [s]a vie d'une béance insupportable» (125). Dans ce qu'il décrit comme un perpétuel «état de ‘Sans Affection Fixe'» (17), Adel vit partagé entre sa décision «de laisser Alger [le] dévorer en paix ; pourvu qu'il le fasse vite [, a]dossé à ses murs et aux chaises rachitiques de ses cafés, un ‘presse' serré à porté des lèvres [à] regard[er] en face la mort lente qui n'en finissait pas de se rapprocher [et à] oubli[er] qu'elle était déjà en [lui]» (15), et une envie indécise de partir et qui le fait se sentir «coupable de ne pas avoir tenté de prendre d'assaut le premier cargo venu, pour s'endormir dans ses entrailles, renaître dans une autre partie de la terre, tout recommencer à zéro, et faire comme si ce qu'il avait vécu n'avait eu lieu que dans une autre vie […]» (110)

Survient Omarou, jeune migrant clandestin malien parti de Mermass, petit village à l'ouest de Bamako, et finalement débarqué dans un Alger depuis «transformé en salle d'attente pour toutes les destinations possibles» (27), après une périlleuse remontée vers le nord du Mali, une longue attente à El-Khalil, dernière bourgade avant une traversée de nuit de la frontière algérienne, et une autre attente dans les environs de Tamanrasset avant la poussée plein nord vers In Salah puis Ghardaïa. Omarou, décidé à rejoindre les côtes européennes coûte que coûte – «Je veux vivre avant de mourir. Je prendrai pied sur le continent européen quitte à traverser à la nage le détroit de Gibraltar» (84) – tente, après qu'ils deviennent amis, d'adjoindre Adel à son projet, en vain, jusqu'à l'apparition dans la cité où ce dernier habite de la belle Hassiba débarquée avec sa famille qui fuit le terrorisme.

Cette apparition, occasion de longue tirades sur les années de terrorisme qu'a traversé l'Algérie et leurs effets, tissera un lien entre terrorisme et émigration clandestine en donnant son tournant à Il aura Pitié de Nous et à la vie d'Adel qui, parce qu'il s'amourachera de la belle inconnue qui lui dévoilera, avant de se suicider, son terrible secret, assassinera en représailles le frère de celle-ci, frôlera la démence et, abandonnant «la folie contagieuse de l'asile en plein air algérois» (79), sera interné un temps dans une institution psychiatrique où il rencontrera Adam, oracle fou, avant de finalement se décider, en sa compagnie, de rejoindre le projet d'émigration clandestine de Omarou. Ils le tenteront à bord d'un zodiac volé au nabab ‘importateur' algérois qu'avec l'aide d'Adel, Omarou tuera avant leur fuite parce qu'il aura essayé de les déposséder de ce qu'il leur devait pour avoir travaillé au noir à la construction de sa villa.

Adam, dans un délire hystérique durant lequel, de son cran d'arrêt, il lacère le zodiac alors qu'ils sont enfin en vue des côtes espagnoles après une longue errance en mer, scellera finalement leur sort en les envoyant par-dessus bord, les livrant à une «Méditerranée anthropophage qui se délecte des cadavres des rêveurs désespérés de sa rive sud» (254) ; Omarou et lui étant emportés par le courant, et Adel n'atteignant le rivage que pour s'entendre dire en guise de ‘Chahada', de profession de foi finale, par le ‘guardia civil' dont la botte le tient cloué au sol : «‘Moro de mierda'.» (254)

Le roman de Djigouadi égrène ligne après ligne la mal vie d'une jeunesse, tellement que le lecteur, à la manière d'Adel face à la harangue d'Adam lorsqu'il fustige le système qui les a mené à être internés, n'a parfois plus envie d'en lire plus : Dans une Algérie du début du millénaire décrite comme une suite de négations : «pas de boulot, pas de logement, pas de femme, pas d'espoir, pas de paix, pas de visa […]» (14) ; une Algérie où «deux Algérie se côtoient : [l'une] de toutes les misères, [l'autre] arrogante et sûre d'elle-même» (121), l'ailleurs s'est installé en une jeunesse qui ne vit plus que partagée entre un «malaise à base de dédain» (60) qu'accompagne «l'angoisse d'être dans une prison sans barreaux» (31), et l'espoir de cet ailleurs qui touche jusqu'aux «ruelles qui courent se jeter de dépit vers la mer.» (120)

Tout le temps, le thème de l'émigration clandestine est là, d'abord un peu comme dans la tête des principaux protagonistes du roman, en perpétuelle toile de fond ; puis émergeant au premier plan, quand certaines de ses facettes y sont directement abordées. Il est l'occasion de références subtiles parce que furtives au quotidien des migrants clandestins sub-sahariens – ici «Des blacks […] accoudés à la rambarde du front de mer» (16) et là «[d]es ‘clandos' lézardant au soleil en attente d'une embauche» (157) – dans un Alger qui les ignore et les méprise quand il ne les exploite pas.

Emigrer, clandestinement puisque les autres voies sont fermées, est un rêve que des millions, des deux rives du Sahara, partagent. Il a statut de véritable fixation même s'il tue – «De Tanger, quand il fait beau, on peut voir l'Espagne […] Des millions ont ce même fantasme ! […] Mieux vaut que ton rêve te tue, plutôt que de tuer ton rêve.» (18) –.

Cette détermination des candidats à l'émigration clandestine, née de ce qu'ils ressentent comme un profond sens d'injustice – «Les occidentaux, eux, peuvent se déplacer : Alger, Bamako, Niamey, Yaoundé. […] La terre entière est faite pour ces culs-blancs. Nous, il ne nous reste plus qu'à crever sur place […]» (20) –, d'abord notée par l'auteur narrateur – «partir ! À la nage, en clandestin sur un bateau ou en achetant un visa avec des devises sonnantes et trébuchantes ; mais partir !» (71-72) –, prend tout son sens dans le roman quand elle est exprimée par les futures candidats eux-mêmes dans la formule «voir l'Europe et mourir !» (12) Elle s'y transforme en hargne dans la bouche d'Omarou quand il affirme : «Je suis un homme libre et ce n'est ni une mer de sable ni un océan de haine et encore moins ce lac qui va m'empêcher de témoigner de la souffrance et de la rage qu'on a à vouloir aller de l'autre côté […]» (22) Cet entêtement à aller jusqu'au bout de leur entreprise malgré la conscience qu'ils ont de ce qui, en toute probabilité, attend ceux qui se perdront en mer, ne les dissuadent pas et y est expliqué, encore par la voix d'Omarou quand, dans une conversation avec Adel, il confie que «les candidats à l'exil doivent des comptes à ceux qui sont restés au pays» (32), et que pour cela, «De toute façon, s[‘il] retourne au village sans avoir été au bout de ce qu[‘il] voulai[t] faire, [il] ne pourrai[t] plus regarder les [s]iens en face.» (24)

Ainsi, en croisant les destins d'Adel et d'OumarouVI, l'auteur de Il aura Pitié de Nous nous incite-t-il peut-être à penser que ces enfants de la lointaine Afrique jetés sur nos routes dans leur rêve d'un ailleurs ne sont pas tellement différents des enfants de notre sol.

Un dernier ouvrage propose, pour finir, à ceux peu enclins à la lecture de longs textes, un voyage, surtout par la photographie, dans le monde des migrants. La Nuit sur la Figure. Portraits de Migrants, photographies de Kays Djilali, préface de Yasmina Khadra, [93p.], publié aux éditions Barzakh, Alger, en 2008 tente, selon son avant-propos signé par les bureaux locaux du CISP et de l'UNHCR, de restituer la parole aux migrants loin de toute interprétation ou analyse.

16 poignants témoignages de migrants des deux côtés du désert sont introduits par le court texte d'une chanson raï sur les harraga, ‘ Harba Bel Boti', et se terminent par un court poème, ‘Thiaroye', sur le pays de l'homme blanc. Fatalisme – «Là où le destin t'envoie, c'est là-bas que tu restes» (20) –, révolte – «Les gens dans la rue nous appellent kahloucha, ou bien meskina, ou bien zawaliya. On ne mérite même pas d'être appelés par notre propre nom !» (22) –, mais aussi fraternité dans l'épreuve – «J'ai porté mes amis sur mon dos, je leur ai donné à boire, je leur ai donné mon souffle» (28) –, espoir – «J'attends simplement du travail sous le soleil» (30) –et détermination à aller jusqu'au bout – «Je suis prêt à recommencer» (31) – s'y côtoient et révèlent l'autre face de l'atroce. Suivent 27 pages de photos de migrants, autant de fractures, tous du sud du Sahara, prises à Alger, Madrid et dans le sud algérien.

La préface enfin, de Yasmina Khadra, dont les premiers mots donnent son titre au livre, décline, d'abord d'une manière générale que rythme un terrible leitmotiv – «Qui ne tente rien n'a rien. Et eux n'ont jamais rien eu. Qu'ont-ils à perdre ?» – le tragique destin des migrants, puis, d'une manière plus personnelle, comme pour le rendre plus présent, celui de 6 d'entre eux, avant de finir sur une prière et une invitation à ouvrir ce livre qui, si cela était fait, ne renverrait jamais au lecteur que sa propre image car les photos de ces autres, sub-sahariens, qu'il montre n'ont de différent de lui «que l'épaisseur du miroir devant lequel [il] les regarde[ra] et derrière lequel ils [le] regardent.» (16)

Alors, peut-être qu'après ces lectures, grâce à cette nuit sur les figures d'Ahmadou Touré du roman d'Ayyoub, d'Oumarou du roman de Djigouadi, de Mamadou, d'Adama, et autres Youssoufou du livre de Djilali et leurs témoignages, ‘La Nuit sur la Figure' de ces migrants sub-sahariens anonymes dans les rues de nos villes nous paraitra-t-elle un peu plus familière. Peut-être en viendra-t-on alors même à penser, en les croisant, à la manière de cette petite fille écossaise dont l'histoire, il y a fort longtemps, nous dit qu'interrogée par un passant alors qu'elle portait dans ses bras un bébé presque aussi lourd qu'elle si son fardeau ne la fatiguait pas aurait répondu «He's na heavy, he's mi brither.»VII (Il n'est pas lourd [encombrant], c'est mon frère).

* Professeur au Département des Lettres et Langue Anglaise, Faculté des Lettres et des Langues, Université de Constantine 1.

I- Dans Le Magazine Littéraire, n° 517, mars 2012, p.73.

II- Qu'elle ait pour théâtre l'est (Cf. par exemple, Rédaction nationale, " Immigration clandestine à l'est du pays.

La communauté sub-saharienne prend de l'ampleur ", Liberté, 24 juin 2014.), ou le centre (Cf. par exemple, S. Hammadi, " Campement des migrants nigériens à Boufarik. L'escale de la détresse ", Liberté, 25 mai 2014.) du pays, ou qu'elle soit l'objet d'analyses de spécialistes de la question (Cf. par exemple A. Charef (Interview Via Internet) " Ali Bensaad :

Les migrants du Sahel sont contraints de prendre plus de risques ", www.lequotidien-oran.com/?news=5198241.)

III- Interview de l'auteur dans le magazine L'ivrEscQ, N°8 - Sept/Oct. 2010.

IV- Ibid.

V- Les passages entre guillemets sont des citations directement prises des romans. Les pages suivent entre parenthèses.

VI- Un autre roman de la littérature algérienne, Les Sans-destins, de Kamal A. Bouayed, publié aux éditions Dahlab-ENAG, Alger, en 2004, lie aussi les destins d'un jeune algérien et d'un jeune sub-saharien dans leur quête de cet ailleurs. Cf. Notre compte-rendu 'Harraga dans la Littérature' dans Écrits Épars-Liés (1989-2009), El Dar El Othmania, Alger, 2010.

VII- L'expression, empruntée à cette petite fille dans sa plus pure prononciation écossaise est devenue, en anglais, 'He's not heavy, he's my brother', titre d'une chanson populaire écrite par Bobby Scott et Bob Russell, que nous empruntons à notre tour en guise de titre pour la présente contribution. Cf. en.wikipedia.org/wiki/He_Ain't_Heavy,_He's_My_Brother.