Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Le bilan des victimes s'alourdit - Ghaza : le macabre décompte

par Yazid Alilat

A Ghaza martyrisée, c'est toujours un macabre décompte des victimes de l'une des plus meurtrières agressions israéliennes contre la population palestinienne. Au second jour de l'incursion terrestre de l'armée israélienne à Ghaza avec des blindés et de l'artillerie lourde, le bilan est lourd: au moins 37 Palestiniens tués, dont des enfants, des femmes, des membres de familles entières.

Dans la matinée d'hier, les cadavres de cinq martyrs d'une même famille palestinienne ont été retrouvés dans les décombres d'une maison bombardée dans la nuit de vendredi à samedi, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Ghaza, selon le porte-parole des services des urgences Achraf al-Qoudra. Aux premières heures de la journée, une frappe a par ailleurs tué sept personnes, dont une femme, à la sortie d'une mosquée de Khan Younès. Al-Qoudra a précisé que trois des victimes appartenaient à la même famille. Quatre autres personnes ont été ensuite tuées peu après dans des frappes séparées à Beit Hanoun et Deir al-Balah et Khan Younès portant le nombre de victimes de cette attaque à 334 personnes. Selon le Centre palestinien pour les droits de l'Homme, basé à Ghaza, les civils représentent plus de 80% des victimes de l'agression israélienne, dont des enfants, des femmes.

Par ailleurs, la résistance palestinienne s'organise. Des accrochages entre l'armée d'occupation israélienne et des commandos palestiniens ont eu lieu hier à l'intérieur des territoires occupés. Dans un communiqué publié à Ghaza, la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, a revendiqué une opération «derrière les lignes ennemies». «Les Brigades al-Qassam ont effectué une opération derrière les lignes ennemies en face du camp de réfugiés de Maghazi, dans le centre de la bande de Ghaza. Des combats importants sont en cours avec les forces de l'occupant israélien», a affirmé le communiqué. De son côté, le Djihad islamique a revendiqué un tir de missile antichar contre un blindé israélien dans la localité de Beit Hanoun au nord de la bande de Ghaza. Plusieurs soldats israéliens ont été tués et blessés, selon les brigades Al-Qods, branche armée du Djihad.

Aussitôt après l'explosion, les résistants se sont violemment accrochés avec les soldats israéliens non loin de la faculté d'agriculture à Beit Hanoun, indique le même communiqué du Djihad islamique. Le quotidien israélien Maariv et des sources israéliennes ont confirmé, selon la branche armée du Hamas, le bilan de six soldats grièvement atteints lors de ces opérations, mais ces milieux israéliens évitent toutefois de révéler le nombre des pertes dans les rangs des soldats israéliens. Les brigades Al-Qods ont également annoncé avoir pris pour cible avec des missiles un rassemblement des forces israéliennes à l'est du camp Al-Boureij. De leur côté, les brigades Nasser Salaheddine affirment qu'un commando sioniste est tombé hier matin dans un guet-apens palestinien au nord de la bande de Ghaza. Un soldat sioniste a été tué et le bilan des blessés reste à déterminer.

Des sources israéliennes, ajoutent le communiqué, ont annoncé que trois officiers de l'armée israélienne se trouvaient dans un état critique après avoir été touchés au cours d'affrontements avec les combattants palestiniens. Vendredi, les premiers témoignages de soldats sionistes pris au piège par les commandos palestiniens étaient rapportés par les médias: ces soldats parlent des «fantômes qui surgissent de toute part et qui tirent des missiles et des roquettes en notre direction sans que nous soyons capables de les localiser». Il est clair que la résistance palestinienne, même avec des moyens modestes, oblige l'armée israélienne à opérer de loin, en bombardant systématiquement les zones supposées abriter les combattants palestiniens. Par ailleurs, le représentant du Hamas au Liban Ousama Hamdan a récusé les affirmations d'Israël selon lesquelles les combattants de Hamas se réfugient dans des maisons habitées et se servent de la population comme bouclier humain. Une affirmation exploitée par l'armée israélienne pour bombarder Ghaza, sans distinction entre quartiers résidentiels et locaux administratifs.

DIPLOMATIE CHERCHE CESSEZ-LE-FEU

Pour autant, le front diplomatique reste actif, avec une nouvelle approche pour obtenir un cessez-le-feu immédiat et l'arrêt de l'agression israélienne contre Ghaza. Hormis la véhémente protestation de l'Algérie qui a dénoncé ce massacre que rien ne saurait justifier, presque tous les pays arabes sont restés silencieux. Comme toujours, l'initiative est occidentale. Le SG de l'ONU Ban Ki-moon est attendu dans la région pour une nouvelle initiative de cessez-le-feu. Une autre initiative est, après celle de l'Egypte, attendue de la Turquie et du Qatar, sollicités pour leurs relations étroites avec Hamas. Selon le représentant du mouvement Hamas au Liban, des efforts sont actuellement menés, notamment par le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, arrivé vendredi en Turquie, pour que le Qatar et la Turquie persuadent Hamas et sa branche militaire à accepter un cessez-le-feu. Ousama Hamdan, dans des déclarations au quotidien Ach Chark Al Awsat, a évoqué ‘'des discussions entre Ankara et Doha pour mettre fin à l'agression israélienne contre Ghaza''. La Turquie et le Qatar, proches de Hamas, sont considérés par les spécialistes comme pouvant faire infléchir la position du mouvement Hamas et qu'il accepte un cessez-le-feu. C'est un peu la démarche actuelle dans plusieurs capitales de la région, notamment au Caire où le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, qui a estimé ‘'urgent et impérieux'' un cessez-le-feu. L'Egypte, de son côté, a renouvelé sa proposition de médiation pour ce cessez-le-feu, sans changement des termes de cet arrangement. Le chef de la diplomatie égyptienne Salah Choukri a indiqué que ‘'l'Egypte n'envisage pas de changer les termes de l'accord de cessez-le-feu qu'elle a proposé à Israël et Hamas'', qui l'a rejeté. ‘'L'initiative répond aux intérêts des deux parties'', a-t-il dit lors d'une conférence de presse avec son homologue français Laurent Fabius. ‘'Nous allons continuer sur cette voie, et on espère qu'elle sera approuvée très prochainement'', a encore ajouté le ministre égyptien.

En fait, selon la presse arabe citant des sources palestiniennes, cette proposition égyptienne de cessez-le-feu a été en fait une initiative du président palestinien Mahmoud Abbas. C'est lui qui l'avait proposée au président égyptien Al Sissi, alors qu'Israël l'avait élaborée, le tout sans consultation de Hamas. L'objectif de cette proposition est de désarmer la branche militaire de Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, selon des sources égyptiennes. Ce que la résistance palestinienne avait refusé. C'est un peu l'iceberg des tractations politiques actuellement en cours pour démilitariser le Hamas, et c'est en premier lieu l'objectif d'Israël, sinon comment interpréter le fait que dès l'annonce mercredi de cette proposition d'arrêt des hostilités, le Premier ministre israélien annonce son accord à cette proposition. Une démarche qui a fait sortir dans la rue les populations palestiniennes des territoires occupés et qui ont manifesté et dénoncé l'attitude passive de Mahmoud Abbas face au massacre de la population de Ghaza.