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Températures caniculaires au Sud : La Sonelgaz face à ses démons

par Moncef Wafi

BMS. Bulletin météo spécial. Son annonce fait toujours froid dans le dos, mais dans ce cas-ci, elle fera plutôt couler de la sueur.

En effet, et à partir d'aujourd'hui, des températures caniculaires atteignant ou dépassant parfois les 48°c affecteront six wilayas du sud du pays, annonce l'office national de la météorologie. Les régions concernées par ce thermomètre sont Adrar, l'ouest de Tamanrasset, le nord d'Illizi, Ouargla, Ghardaia et El Oued. Des wilayas habituées aux températures extrêmes.

Pour les autres régions du sud, le temps sera partiellement voilé en général et les vents seront variables à Nord-Est (20/40 km/h) avec quelques soulèvements de sable du Sahara oriental vers le Sahara central. Demain, le temps sera généralement chaud et ensoleillé avec une probable tendance orageuse en fin de journée et soirée, alors que le mercure variera entre 41° à 47°c. La tendance à la canicule sera le fil conducteur de cette semaine, ce qui fait craindre les pires éventualités surtout avec les derniers troubles qu'a connu la commune de Kenadsa, wilaya de Béchar, suite à une coupure d'électricité qui a duré plus de 25 heures.

L'été au sud a de tout temps été une équation difficile à résoudre pour les autorités locales du fait des températures ambiantes qui dépassent allègrement les 50°c dans certains endroits, ce qui réduit la vie active à quelques heures partagées entre le lever et le coucher du soleil et, à un quotidien à l'abri des climatiseurs. Une telle dépense d'énergie, d'autant plus que les factures d'électricité sont divisées par deux, conduit forcément à des ruptures difficilement supportées par les populations locales. Ainsi, le sud algérien a été le théâtre de plusieurs émeutes dues aux ruptures et aux délestages jugés d'« intempestifs » et d'« inopportuns » comme ce fut le cas, en juin dernier, lorsque des habitants de communes de Laghrous, El-hadjab et Chetma, dans la wilaya de Biskra, avaient protesté contre les fréquentes coupures d'électricité depuis le début de l'été, en coupant plusieurs routes. Auparavant, des habitants de la ville de Ouled Djellal, située à 100 km du chef-lieu de wilaya, avaient incendié le siège local de Sonelgaz. Les mêmes mouvements de protestation pour les mêmes motifs avaient également touché les communes de Hassi Khalifa, Tagzout, Bayadha et Robbah situées non loin d'El Oued, théâtre de violentes émeutes où les manifestants étaient sortis dans les rues pour saccager des structures publiques et en incendier d'autres. En juillet 2005, la ville de Béchar avait connu les pires moments de son histoire dus à des émeutes d'une ampleur sans précédent qui ont éclaté suite à des coupures répétées et prolongées de l'électricité à Béchar Djedid. « Depuis plusieurs jours nous vivons le calvaire des coupures répétées de l'électricité. Nous ne pouvons supporter davantage cette situation avec la forte canicule qui sévit (45° à l'ombre), alors que d'autres quartiers ne connaissent pas le délestage », avaient indiqué certains émeutiers à l'époque. Qu'en sera-t-il alors de cet été qui coïncidera de nouveau avec le ramadhan ? Alors qu'il avait promis, au plus fort des émeutes de l'année dernière, que le temps des délestages était révolu, le ministre algérien de l'Energie, Youcef Yousfi, a reconnu ce mercredi que Sonelgaz est obligée de recourir au délestage aux heures de pointe, démentant par-là les dirigeants de la compagnie qui soutenaient le contraire. Intervenant dans une émission de radio, M. Yousfi a indiqué que la consommation d'électricité en été augmente de 30 % entre 13 et 15 h, puis entre 18 et 21 h. Les calculs traditionnels se basent sur une augmentation de la consommation de 7 % durant ces heures de pointe, alors qu'on atteint 30 %, ce qui constitue un chiffre impossible à couvrir et « oblige Sonelgaz à procéder à des coupures », a expliqué le ministre, qui a appelé les Algériens à modérer leur consommation durant les heures de pointe. Sonelgaz, mise en difficulté, a assuré à de nombreuses reprises que sa production était suffisante pour couvrir les besoins, et que le recours au délestage est exclu. M. Yousfi a cependant indiqué que les investissements nécessaires sont engagés pour remédier à cette situation, mais qu'il faut du temps pour construire une centrale électrique. Du reste, a-t-il dit, l'augmentation de la consommation atteint 14 % par an en Algérie, ce qui signifie qu'il faudra doubler les capacités de production en cinq ans. Ceci impose à l'Algérie des investissements « colossaux » de dix milliards de dollars sur cette période, avec en moyenne un milliard de dollars pour construire une centrale d'un gigawatt. En juin dernier, il avait déjà évoqué d'éventuelles coupures d'électricité durant cet été, en raison de la forte demande qui caractérise cette saison. Si le Nord est relativement épargné comme l'a souligné le président-directeur général de la Sonelgaz, Nourredine Bouterfa, il n'en sera pas de même au Sud. « Les régions du Nord du pays n'ont pas de problème en matière d'électricité, notamment cet été, ce ne sera malheureusement pas le cas pour le Sud », avait-il précisé.