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Ali Lacheb, un cinéaste algérien à Helsinki

par El Kébir A.

Ali Lacheb, à Oran ce nom ne dit peut-être pas grand-chose. Et pourtant, c'est le nom d'un cinéaste oranais qui a déjà à son actif une bonne vingtaine de films documentaires. Comment ce fait-il, en dépit de sa profession, que cet homme ne soit pas connu sur la scène oranaise, ni algérienne, d'ailleurs ? La réponse est on ne peut plus clair : la carrière de Ali Lacheb suit son petit bonhomme de chemin, non pas en Algérie, mais en Finlande, à Helsinki !

 Ali Lacheb, «Lachoub» pour les intimes, est un réalisateur-producteur. Il se définit comme étant le producteur exécutif de ses propres films. «Avec les moyens que j'ai, j'essaye de faire des films que j'aime». La majeure partie de ses œuvres traitent de l'art, à promouvoir de nouveaux talents ou à rendre hommage aux plus anciens. Pour cela et comme chose préalable, il s'est établi la règle de travailler seul… c'est-à-dire de planifier, d'écrire ainsi que de tourner ses films en solitaire. «Quand il y a beaucoup de monde, l'artiste est gêné, par ce fait, il ne se confie pas pleinement… la méthode que j'emploie est bien simple : je m'efface ! cela afin de laisser l'artiste le plus à son aise». Par son dernier film en date, sorti en Finlande l'année dernière à l'occasion de l'exposition au musée d'Helsinki de «l'épopée Kalevala», il a voulu rendre hommage à tous ceux qui sont dans les coulisses lors des festivités culturelles ; il a mis sous le feu des projecteurs toutes celles et ceux qui font des recherches, construisent les décors, réalisent des affiches… bref, tous ceux sans qui «le spectacle» ne verrait jamais le jour. Ceci dit, pour quelles raisons la majeure partie de ces films traite exclusivement du domaine de l'art, pourquoi ce penchant ? Pour lui, cela n'est ni plus ni moins qu'un point de vue d'esthétique et d'identité. «Je me retrouve dans cette beauté, nous confie-t-il, un artiste nous expose son monde que je trouve, pour ma part, un peu plus joli que celui des partis politiques».

 Il faut dire aussi que c'est depuis l'âge de 16-17ans qu'il se met à «taquiner» l'objectif, et ses premiers balbutiements avec la caméra sont nés à la suite de maints «ciné-bus» qui ont sillonné, dans le temps, les routes d'Oran et qui lui ont fait aimer «l'art» du septième art. A ce jour, il est l'auteur en Finlande d'une bonne vingtaine de films documentaires, dont six ou sept sont déjà enregistrés dans les archives d'Etats. Ces films sont tournés en collaboration avec les musées, la télévision ou alors ils sont tournés de son propre chef. A titre d'exemple, dans l'un de ses tout derniers documentaires, il a retracé la vie, interview à l'appuis, du tout premier photographe-journaliste finlandais, Kaj Brewer, âgé maintenant de 86ans, et dont la carrière a débuté avant la Seconde Guerre mondiale. « À voir ses photos de la Finlande d'antan, j'ai cru voir l'Algérie d'aujourd'hui… et à partir de ces photos, j'ai compris qu'il n'était pas trop tard pour notre pays, à la condition toutefois d'aller avec le principe que c'est l'être qui crée la richesse, et non la richesse qui crée l'être !»

 Il faut dire aussi que dans sa filmographie, deux de ses films sont consacrés à l'Algérie. Le premier: «Femmes oranaises», dans lequel il a voulu rendre hommage aux femmes algériennes. Soit dit en passant, ce film est passé deux fois à la télévision finlandaise. Le second, «Tin Hinane» (la reine touareg), rend hommage aux artistes algériens qui vivent à Kenadssa (à côté de Béchar). Ce film est passé au festival tamazigh de Sétif, au festival de Tamanrasset ainsi qu'au festival du film d'art à Montréal. Quand il se met à parler de l'Algérie, sa terre natale, il n'y va pas avec des pincettes. L'amour qu'il porte à ce pays le rend outré parfois, devant certaines situations. «Rien ne bouge, le cafouillage est total, tout est provisoire, et le plus dramatique, c'est que, quand on est dedans, on ne le remarque même plus !»

 Plus précisément, Ali Lacheb n'est pas tout à fait d'Oran : il est né à Nedroma et a fait ses études dans la capitale de l'Ouest. En fait, ce n'est qu'à partir du CEM qu'Oran «l'a adopté». Plus tard, au lycée, il embrasse pleinement les mouvements révolutionnaires et devient alors très vite l'un des meneurs de grève, agitateurs et «empêcheurs de tourner en rond». Ceci dit, bonne aubaine pour ses professeurs, un jour viendra où il va poursuivre ses études en Union Soviétique. En 1984, après la fin de ses études, il décide de s'installer en Finlande, et passant par là quelques années plus tard, le voilà déjà sollicité pour devenir l'intendant d'un institut finlandais à Paris. Il reste alors dans la capitale française jusqu'en 1996, ensuite, il retourne à Helsinki pour fonder sa société de production, qu'il a choisi d'appeler : «Oran-production». Et c'est à partir de là seulement qu'il a commencé à faire ses films. Dernièrement, on lui a proposé de travailler dans les archives de l'Etat de Finlande. Malgré la distance, l'Algérie est toujours restée dans son cœur, et il suit, par voie du Net, son actualité. Par ailleurs, il rend fréquemment des visites à Oran.