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Un bureau d'étude marocain pour le diagnostic: Oran dépassée par ses déchets ménagers

par Houari Barti

Une douzaine d'experts agissant pour le compte d'un bureau d'étude marocain dénommé «SEGU» assistent depuis le début de semaine en cours l'Agence nationale des déchets (AND) pour l'élaboration d'une étude diagnostic visant «la mise à niveau de l'organisation de l'hygiène et de la gestion des déchets du groupement d'Oran». Chargé de cette mission par la Fondation allemande GTZ, le bureau d'étude marocain aura un délai de quatre mois, soit jusqu'au mois d'avril prochain, pour rendre aux autorités locales ses conclusions et proposer des directives à même de sortir le secteur des difficultés qu'il rencontre. Selon des sources locales, le bureau d'étude marocain jouit d'une bonne expérience dans le domaine, notamment au Maroc où il a élaboré le schéma directeur de l'hygiène. Quatre communes composant le groupement urbain sont concernées par cette étude de mise à niveau de l'organisation de l'hygiène, à savoir Oran, Es-Senia, Bir El Djir et Sidi Chahmi. Encadré par l'AND, ce projet pilote, le premier du genre en Algérie, devra bénéficier à d'autres villes algériennes qui rencontrent des problèmes dans ce domaine. Pour mener à terme sa mission, le bureau d'étude SEGU a recruté une quarantaine d'enquêteurs locaux, principalement des étudiants qu'il a lui-même formés pour réaliser une enquête sur le terrain. Les enquêteurs devront donc sillonner les quatre communes du groupement en compagnie des éboueurs chargés de la collecte. Ils seront chargés de relever des données détaillées, notamment sur les points de collecte, les circuits de collecte, l'état de la circulation automobile, le conditionnement des déchets, l'état du parc roulant et du matériel, le rapport entre la charge du travail et les moyens mobilisés. Il s'agit d'un travail de fond basé sur des éléments objectifs qui une fois analysés permettront aux experts de dégager un plan d'action efficace, en fonction des spécificités de chacune des quatre communes concernées.

 Selon Kamel Brekci, vice-président de l'APC d'Oran, et délégué à la division de l'Hygiène et de l'Assainissement de la commune, cette étude aura pour mission d'apporter des réponses appropriées visant à développer des mécanismes modernes et surtout efficaces pour assurer une meilleure prise en charge des déchets et de l'environnement urbain.

 Cette mission passera tout d'abord, a précisé le même responsable par l'élaboration d'un diagnostic interne des différents services communaux et de wilaya concernés par la tâche de l'hygiène et de l'assainissement. Ce diagnostic, a-t-il ajouté, concernera à la fois les ressources humaines et matériels utilisées par ces services. L'étude aura également la tâche de faire un état des lieux de toute la filière en retraçant étape par étape tout le circuit des déchets, à savoir du ménage à la décharge, a-t-il affirmé.

 Aussi, l'étude fournira à terme un ensemble de directives destinées à recréer des branches de recyclage par type de déchets comme ceux des hôpitaux. Relever le défi de la gestion et du traitement des déchets à l'intérieur du groupement urbain d'Oran revêt aujourd'hui une importance primordiale. En effet, avec une population estimée à 1,2 millions d'habitants, et une production journalière estimée, en basse saison à 1.200 tonnes, le groupement d'Oran a de plus en plus de difficultés à gérer convenablement ses missions relatives à l'hygiène et à la collecte des déchets ménagers.

 Le cas de la ville d'Oran

 La ville d'Oran, plus grande ville d'Algérie est peut-être celle qui nécessite le plus d'attention de la part des pouvoirs publics en matière d'hygiène. A elle seule, la ville d'Oran produit quotidiennement près de 1.000 tonnes de déchets ménagers en période basse. En été, ce volume double carrément pour atteindre facilement les 2.000 tonnes. Selon les responsables du secteur, pour espérer assurer une collecte convenable de ces déchets, il faut disposer de 60 à 70 bennes tasseuses opérationnelles d'au moins 12 m3 chacune et bien évidemment le personnel qui va avec. Or, la DHA dispose aujourd'hui de 48 bennes tasseuses, dont à peine 25 sont en ce moment opérationnelles, le reste étant immobilisé pour réparation. Les travailleurs de la division de l'hygiène et de l'assainissement (DHA) de la commune d'Oran trouvent de plus en plus de difficultés à assurer la mission de collecte des ordures ménagères. Entre vingt et vingt-cinq bennes tasseuses, en moyenne se relayent pour garantir à la ville le minimum requis en matière de salubrité. Dans les moments les plus durs, la DHA est dans l'obligation de programmer entre cinq et six rotations pour chaque camion afin de venir à bout des déchets ». Une sur-utilisation des véhicules de collecte qui explique, souligne-t-on, la fréquence des pannes techniques à répétition, et qui diminue encore plus les performances de la flotte déjà vieillissante de la division. S'impose dès lors la question relative à la maintenance et à la disponibilité de la pièce de rechange. En dépit de l'importance du budget consacré par l'APC d'Oran à la pièce destinée et à la maintenance, la DHA est souvent en rupture de pièces. Première raison, cet argent est souvent débloqué avec plusieurs mois de retard, en raison des procédures longues et compliquées pour l'attribution des marchés dont le coût dépasse les 8 millions de dinars. En effet, avant d'être approuvé par l'Assemblée, un marché de cet ordre là doit passer par un avis d'appel d'offres, par la commission d'ouverture des plis, la commission d'évaluation des offres, et par les services de wilaya pour approbation. Une procédure qui peut durer jusqu'à neuf mois. Autre raison qui explique la rupture de stocks rapide de la DHA, pas moins de 420 véhicules au total toutes catégories confondues consomment cette enveloppe destinée à la pièce de rechange. Un nombre qui englobe les véhicules légers et lourds de la DHA, mais aussi ceux des 12 secteurs urbains de la ville.

Pour sa part, la wilaya, intervient aussi par le biais de l'EPIC Oran Propreté en mobilisant une vingtaine d'autres bennes tasseuses. C'est une entreprise publique à caractère commerciale créée en 2004 et qui assure la collecte des déchets ménagers au niveau de quelques quartiers d'Oran, à l'instar de la cité USTO relevant de la commune de Bir El Djir, Hai Essabah, Es-Sddikia, entre autres. Sachant qu'une benne tasseuse collecte en moyenne 3 à 5 tonnes par jour de déchets, il est donc évident qu'Oran est en situation de déficit en matière de moyens de collecte. L'EPIC Oran-Propreté est également confronté à ce problème des pannes à répétition de ses camions. Le 25 octobre dernier, l'entreprise publique de nettoiement « Oran-Propreté » avait reçu une sévère mise en garde de la part du wali d'Oran, en marge de briefing hebdomadaire des directeurs de l'exécutif. M.Sekrane avait carrément menacé cette entreprise de fermeture. « Si ça continue comme ça, je ferme cette entreprise», avait dit le premier responsable de l'exécutif, qui ne semblait pas satisfait des services qu'offre cette entreprise. « Je ne conçois pas comment une ville comme Oran, avec plus d'un million d'habitants (population du grand groupement d'Oran) fonctionne avec une vingtaine de camions de collecte d'ordures. La commune d'Oran dispose de 90 camions dont 70 sont en panne pour défaut de maintenance. Le manque de moyens et le problème de maintenance sont des raisons inadmissibles. Deux tiers du parc roulant est en panne. Il faut redoubler d'efforts pour la gestion et la maintenance du parc roulant avant que les véhicules ne tombent en panne», avait-il insisté. M.Sekrane avait aussi exhorté les APC à faire appel aux microentreprises privées de nettoiement dirigées par des jeunes dans le cadre de la concession.