Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

L'âme d'un escroc

par Fouad Hakiki (*)

Le financier américain, soupçonné de la plus grande escroquerie financière jamais perpétrée, a plaidé coupable de onze chefs d'inculpation. Et, jusqu'à 150 ans de prison requis contre Madoff.

Il avait l'air si raisonnable, si prudent. Et ses petites lunettes cerclées de fer lui donnaient l'air si modeste. Possédant un sens inné des coups faramineux, il était l'ami des maîtres de l'Empire dont il est devenu le confident, le cheval de course toujours gagnant. Il n'avait ni foi ni loi: les premiers qu'il avait trahis étaient les siens, ceux de sa communauté d'origine ou de son clan. Sa carrière a vite prospéré. Il était devenu une légende, avec son frère et ses deux fils - ses vrais complices.



Une fraude de 50 milliards de dollars



Jusqu'au bout, personne ne s'est douté de rien. Jusqu'au jour où sortant de son bureau entre deux policiers, menottes aux poignets.

La veille, ses fils l'ont dénoncé aux autorités car associés depuis vingt ans dans Madoff Investment Securities et ignorant tout de la fraude. L'avant-veille, un hedge fund d'un de ses plus vieux amis voulait récupérer ses liquidités, 7 milliards de dollars et... dupé par la « pyramide de Ponzi » montée par Madoff, cela était impossible. Payer les intérêts des anciens clients avec l'argent des nouveaux venus avait déjà était très difficile dès les années 20 (pour l'escroc d'origine italienne, Ponzi) ! Mais quand Madoff a-t-il commencé à déraper ? C'est là ce que le procureur en charge de l'affaire du financier déchu - âgé de 70 ans - devrait déterminer.

Arrêté le 11 décembre dernier, Bernard Madoff promettait des rendements très élevés à ses clients, jusqu'à 10-11% - et seulement 7 à 8% ces derniers temps... de crise ! La crise financière a mis fin à cette vaste escroquerie pyramidale estimée à 50 milliards de dollars. Depuis, Madoff est assigné à résidence dans son appartement de Manhattan et porte un bracelet électronique à la cheville.



Des stars victimes



De grands noms du cinéma, du sport et de la politique figurent parmi les victimes escroquées par le fraudeur, selon un document judiciaire déposé mercredi 4 février au Tribunal des faillites de New York. L'acteur John Malkovich, le présentateur vedette de CNN Larry King, le promoteur immobilier Larry Silverstein, la légende du base-ball Sandy Koufax. Ils sont tous, parmi des milliers d'autres, victimes de l'escroquerie: la liste complète des personnes escroquées a été transmise mercredi 4 février au tribunal de New York, chargé de la liquidation des entreprises de Madoff.

L'administrateur judiciaire a égrené les noms des milliers de victimes, parmi lesquels se trouvent le sénateur du New Jersey, le patron de l'équipe de base-ball des «Mets» mais aussi des centaines de retraités de Floride et de Great Neck (Long Island, nord-est de New York). Et... des banques comme BNP, Santander et HSBC. Au total, cinq listes ont été transmises au tribunal «Clients», «Vendeurs», «Employés», «Intermédiaires», «Autres».

En plaidant coupable devant le tribunal de New York, Madoff évite un procès devant un jury. Sa condamnation sera officiellement prononcée le 16 juin. Il s'est alors exprimé publiquement pour la toute première fois depuis le début de l'affaire le jeudi 11 décembre 2008. Il s'est dit «profondément désolé et honteux». «Je pensais que cela s'arrêterait vite et que j'arriverais à m'en dépêtrer», a-t-il avoué.




(*) Économiste