Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Quel gouvernement à venir ?

par El Yazid Dib

« Le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d'hommes inutiles » Voltaire

Les gouvernements ailleurs se succèdent, chez nous ils se ressemblent. Ils s'héritent et irritent l'opinion pas plus. Il y a quelque chose dans l'air qui chuchote qu'un changement de gouvernement verra le jour incessamment. Cela reste dû à l'inertie qui frappe l'actuelle équipe exécutive la caractérisant par l'inaction et l'audace d'aller au devant des problèmes qui se font voir chaque jour. Du Covid, des cantines scolaires, des routes, de la météo, de la fausseté dans la communication, de la jachère culturelle, du sachet de lait, de la sardine, de l'illusion des start-up et du e-paiement, des banques d'espèces et de dépôt, des prix et des minables pensions , de l'attraction touristique, des sports et d'une jeunesse appelée à déguerpir , tout est confis dans l'échec total. Gouvernement d'étape ou de circonstance, d'urgence ou de transition, d'affaires courantes ou mission électorale, rien ne change à l'impérativité du changement. A voir ce qui se voit, se dit, se constate, ce qui attriste, un sursaut est nécessaire. Réduit au strict besoin végétatif des départements importants et classiques, un gouvernement telle une équipe de onze joueurs, le match de neuf mois au plus aura à assurer la faveur du sifflet final. Mais si l'on reste dans 30 ministres et plus avec des appellations euphémistes et insignifiantes car pouvant être dévolues à des offices ou agences à vocation nationale, la nonchalance meurtrière persévérera.

Depuis 2012 et selon le fameux discours présidentiel de « tab j'nana » - une feinte malefique- une génération devait partir pour se faire suppléer par une autre à qui l'on n'arrive pas à profiler les contours. Ce panel de politiciens qui a eu à gérer le pays depuis de longues années ne semble pas à son tour prêt à se redéployer ailleurs que dans l'acte du pouvoir. C'est cette moralité hélas absente du sentiment individuel des intéressés qui cause le plus d'effets de marasme aux citoyens de ne plus croire ni à des reformes alternativement annoncées, ni à des discours intentionnellement occasionnels, ni à cette nouvelle Algérie tant claironnée. Sinon comment peut-on expliquer que ce sont toujours les mêmes qui commettent les mêmes erreurs qu'eux-mêmes dénoncent ? Quand des ex-chefs de gouvernement, des ministres stigmatisent une situation donnée et s'omettent de dire qu'ils en furent les principaux artisans, c'est que quelque chose ne va pas. Un Ouyahia en permanence confiant savait se hisser dans une conjoncture méfiante et table sur le holà de l'argent sale. Derrière ses aveux, l'homme devient porteur d'un autre plan de redressement, de règlement de compte à rebours. Ses déclarations fracassantes l'imposent comme pièce en or, incontournable dans ce qui se passait tout récemment. C'est là, où la justice doit aller jusqu'au bout ! Etre chef de gouvernement c'est être un manager de destin et non un simple palier de hiérarchie formelle ou être plus tard un vendeur clandestin de lingots. Bref. Djerrad semble avoir de la peine à œuvrer tel qu'il le pense. Manquer de cran à l'action et crier sa douleur est une confession d'impuissance. Seule l'issue du départ volontaire et sans indemnités reste salutaire pour un tel poste de direction politique. Ainsi la rumeur fait que ce poste est en voie de changer de titulaire. Qui nommer ? Le chef du gouvernement que tout le monde guette risque de ne pas apparaitre du tout. Ceci aussi est une arnaque expresse à toute réflexion. Il reste indéchiffrable et indécelable. Son profil n'est astreint en apparence à aucune exigence intrinsèque. Il doit faire l'objet d'une faveur de circonstance, d'un rappel historique ou d'une compétence conjoncturelle supposée efficiente pour le moment. Ce principe régional tant soutenu qui au lieu de séparer les pouvoirs entre les éléments constitutifs de l'Etat, a pour convenance mal placée tendance à séparer le pouvoir entre les régions. Les points cardinaux ne sont plus des référentiels aptes à dispatcher les prérogatives publiques. Et puis dans le présent, en l'absence d'un parlement légitime issu en conséquence à la nouvelle constitution et selon le projet de la loi électorale en cours de débat ; le futur titulaire ne sera qu'un gestionnaire d'une phase de transition. Difficile d'engager quoi que se soit. Juste mettre la nourriture aux bouches, assurer une quiétude civile et administrer le vaccin. Oui, principalement mettre en œuvre le processus électoral. Il viendra et dira le constat amer. Pas d'argent, beaucoup d'attente et donnera une clé de solution. Nous allons assister à son état des lieux. Car à chaque départ de gouvernement, la faillite en est brandie. A chaque arrivée d'un autre le dénouement est annoncé comme imminent. Le circuit valseur et rotatif se perpétue. Tout le monde, à l'instar des ministrables, finira un jour par pouvoir rêver devenir un premier ministre même ne faisant pas partie d'une élite politique ou partisane. L'effort du militantisme et de l'engagement n'est pas ainsi encouragé. Bien au contraire il reste tributaire d'une franche prestation d'allégeance.

Le temps n'a jamais confirmé le bon choix.

Exception rare, et c'est toujours subjectif, quelques premier-chefs se sont quand bien même arrivés à faire anxieusement un sceau dans l'histoire de « l'Algérie premier-ministrante. ». Chacun d'eux semblait être désigné pour un rôle à jouer. Missionnaires avertis, ils n'osaient point se débarrasser de l'obstacle de vouloir transgresser les limites inscrites dans l'ordre de mission. L'audace en politique n'est plus une vertu que ne l'est l'obséquiosité. Il est utile de tracer ce parallèle entre un chef de gouvernement et un Belmadi entraineur de l'EN a qui l'on voudrait forcement imposer un tel latéral, un autre avant-centre ou un ailier de gauche. De surcroit si l'un ou/et plusieurs se trouvent dans un pack d'importation pour qu'en suite l'on lâche en face de lui des millions de supporters enragés pour gagner. La partie n'est pas du tout jouable... en football. Mais en politique ainsi va le manège des vestiaires. Que fait donc Belmadi à l'égard d'une FAF apparaissant éloignée des terrains, des filets de but, des gradins et surtout de ceux qui n'arrivent pas à décrocher un ticket d'entrée de spectacle ? Ainsi le salut ne viendra que par le passage de l'éponge sur tout ce staff stérile dans l'hardiesse actionnelle et pantois devant l'impasse. Nous aurions connu des ministres à la limite du haut fonctionnariat. Pourtant la terre algérienne est généreuse en production utérine. Nos jeunes devenus vieux se vont partir en retraite alors que leurs employeurs initiaux persévèrent à allonger leur plan de carrière. Ces jeunes vieillis par l'âge légal de la retraite voient ceux qui ont paraphé leur acte de recrutement, échapper à cette loi, malgré l'âge légal et l'impotence des neurones. Yarham babek, que fait-on d'une ministre de la culture qui ne sait que faire changer les postes aux uns et aux autres et s'exhiber dans ses pages virtuelles ? D'un ministre de la communication qui essaye le manque de vérité comme mode d'expression ? D'un ministre de la pêche qui zappe la sardine au profit d'autres nutritions justifiant l‘injustifiable ? D'un médiateur de la république qui resurgit des pages jaunies de l'histoire ? D'un conseiller à la présidence qui nécessite conseil pour booster son image ? Elle est loin alors, cette condition de ceux qui nous gouvernent d'être luisante. Certes le contexte est tenace et complexe, toutefois un peu d'humilité ne s'abstiendra pas de donner plus de tonus à ceux qui savent l'avoir.

Dans ces circonstances défavorables à tout point de vue, la sagesse recommande, outre le haut sens de responsabilité mais exige en priorité l'offre d'une paix politique intérieure. C'est mauvais pour un Etat qui se dit fort et qui se sent dérangé ou offusqué par un simple post ou une pancarte brandie publiquement. La liberté est un tribut de guerre qui va de pair avec l'indépendance du pays.

L'homme a ses droits basiques à l'expression et à pouvoir gueuler son holà quand son intégrité morale ou philosophique demeure violée. Un gouvernement futur devra s'atteler à tempérer les ardeurs de l'auto-saisine judicaire lorsqu'il ne s'agit pas de détournement de monts et montagnes, d'accaparement d'une partie de la Méditerranée et du littoral ou de recel et de vente illicite de trésor public. Les escrocs, les faussaires, les bandits sont ailleurs que dans la banale publication facebookienne.

Le pays aurait besoin de ministres qui ne prennent plus leur nomination comme une réussite ou une fin de carrière qu'ils pensent finir en apothéose. Que de ministres venus par cette optique sont totalement dans l'oubli quand ils ne sont pas toujours mis en index et rasent les murs de l'avenue Didouche. Dans ce gouvernement qui doit, par salubrité nationale partir on a vu ceux qui se terrent et s'amarrent sur la bande d'arrêt d'urgence attendant le passage des tourmentes, ceux qui apparaissent brandir un spectre de reforme qui n'a jamais décollé, qui croient qu'en faisant des déclarations à l'APS ou sur écrans acquis, ont ramené un lion par ses oreilles ou en ont fait un effort gigantesque. Si, dit-on la fonction crée l'organe; la fonction chez l'homme ne lui crée pas forcément une personnalité. Des ministres effacés, connus que par leur qualité de tels manqueront sans doute de ce punch qualificatif obligatoire en telles postures. A part le ministre de la santé, homme de l'année Covid, de l'enseignement qui s'est déroulé sans grèves et d'autres enterrés, les autres sont restés pétris qui dans un couscous, qui dans un cahier de charge, qui dans un plateau télé, qui dans une biométrie obsolète.

Le pays, en ces temps ci aurait besoin, osons le dire, de ministres martyrs pour la cause, convaincus uniquement de l'intérêt suprême de la nation et loin du leur, loin de leur sensation envahissante d'avoir gravi l'échelle sociopolitique. Le pays, son peuple sont en attente de gestionnaires prompts à la décision, justes à la sentence. Ainsi le plus important dans la morphologie d'un ministre n'est pas sa façon de tchatcher ou de nouer ses cravates, mais dans la sincérité des propos qui dégagent son âme et sa conscience, dans la vérité qui tisse son secteur et non pas dans son maquillage afin de plaire un tel ou un tel ou être en respect avec des clauses sournoises de son recrutement.

Ce genre d'hommes n'est plus à piocher dans la sphère habituelle et qui est à force d'usage devenue une pépinière de ministres. Les walis. Si un jour cette catégorie de hauts fonctionnaires faisait l'affaire de par le capital-expérience acquis au long d'une pratique gouvernementale locale, il en est autrement en cette période.

Les walis d'antan ont disparu et avec a disparu une certaine dignité républicaine. Ils étaient forts, fermes et décideurs. Ceux de ce jour, stagiaires, invétérés à toujours agir sous ordre, ils ont mal appris de leur ainés. A quelques exceptions ; ils utilisent la fonction de wali pour paraitre wali c'est tout malgré l'handicap d'un passé qui les poursuit.

Certains manquent énormément de tact, de civilité et de règles liées à la distinction intellectuelle. Trouvez-moi dans le répertoire téléphonique de l'un d'eux, en dehors des numéros d'entrepreneurs, d'importateurs, d'investisseurs, de gradés, des coordonnées d'un artiste-peintre, d'un poète, d'un dramaturge, d'un comédien local ! Ils ne sont pas versés dans l'art sans contrepartie, ils sont dans le béton fortement armé. Alors, ils ne peuvent encore pour certains se faire placer en position de ministrables.

Si l'on dit qu'il nous faut une équipe de jeunes, il faut aussi s'éloigner de juger ces jeunes par ceux qui sont déjà nommés ministres et font toujours du sur-place, sans teint, sans succès. Les cageots diffèrent par la qualité de leurs produits. Que l'on ne vienne pas nous assener aussi, voilà vos jeunes, qu'ont-ils fait ? Quand l'on veut disqualifier une tranche, l'on met en avant les plus mauvais. Idem, pour la corporation universitaire. On a bien eu le professeur Chitour, le docteur Belhimer et bien d'autres à la présidence. L'essentiel demeurera un critère sélectif à mettre en ligne de mire pour tout ciblage. Elément neuf, n'ayant pas mis la main dans la marmite à gabegie à n'importe quel titre, connu pour son mérite et non pas ses accointances, jeune ayant ses gloires dans l'avenir et non pas glanées d'un passé moribond, beau et élégant sachant différencier un livre, d'une note de service. L'on a besoin de ministres qui ne sont pas obligés de démontrer eux-mêmes la preuve de leur résultat et de laisser cette initiative aux citoyens ,aux concernés par l'activité de leur ministère. Le fruit d'un labeur se distingue à l'accomplissement de l'œuvre. L'on n'a pas besoin de se jeter des fleurs ou de convaincre quand le service est bien rendu.

Malheureusement, la formule des sorties sur terrains, dites d'inspection et de travail juste pour marquer une présence, des réunions, séminaires et autres tape-à-l'œil juste pour attester l'action ont encore la vie en douce.

Travailler sans fanfare, sans télévision et tendre l'oreille vers la rue, les réseaux sociaux, on saura le bon feedback. C'est l'écoute de l'autre qui vous fera lire le résultat du scanner que fera le citoyen de vos diverses activités. Si je marche sur une rue sans nids de poules, si je vais au théâtre ce soir, si mon robinet coule, si mon couffin est à moitié rempli, si je m'exprime sans encombre, si je rencontre des gens heureux, là l'objectif républicain et démocratique sera atteint. Il suffit pour cela de connaitre les attentes de ses administrés et non pas leur imaginer un avenir concocté, selon ses propres schémas acquis dans des salles aux étages supérieurs. Tous les ministères et wilayas sont pourvus de pages notamment facebook et twitter, les commentaires pleuvent par centaines, aucune réaction, nulle réponse est à enregistrer par l'auteur de la publicité. Il est pourtant aisé de se suffire au moins à les lire seulement, en tirer le suc, l'essentiel. Les citoyens y trouvent au lieu d'un podium d'expression et un pont d'échange , un cimetière de doléances et un mur de lamentations.