Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Pour une meilleure intégration du secteur médical privé

par Bouchikhi Nourredine*

S'il ya un mérite à cette épidémie c'est qu'elle a montré et démontré que la gestion de la santé est l'une de premières priorités que chaque gouvernement doit avoir dans sa feuille de route et que faire une distinction entre secteur libéral et public est un leurre qu'il faudrait définitivement oublier .

Si les établissements publics sont dans ce contexte très sollicités il n'en demeure pas moins que le secteur privé à l'avant des lignes de ce combat il a un rôle primordial à jouer dans la lutte contre l'épidémie du coronavirus qui sévit dans notre pays et pour preuve trois médecins libéraux ont déjà payé de leurs vies leur engagement alors que beaucoup d'autres sont contaminés avec toutes les conséquences sur leur santé celle de leur proches et éventuellement leur patients.

Les médecins libéraux ne veulent pas polémiquer au sujet de calomnies et diffamations à leurs encontre de tous bords , la situation ne prête pas à disserter pour répondre à ces allégations infondées ;ils ne veulent pas non plus d'hommages posthume ou d'oraison funèbre vantant leur mérite ni de médailles décernées au champ d'honneur leur préoccupation est de poursuivre leur mission dans les conditions de sécurité et efficacité qu'exige une situation épidémique à laquelle personne n'est à l'abri ; la gravité de cette épidémie et ses conséquences ne sont pas encore complètement évaluées et la visibilité est loin d'être tout à fait claire; le temps presse et il faudrait être à la hauteur de ce challenge ; la responsabilité incombe d'abord aux pouvoirs publics qui sont tenus de prendre des dispositions pour permettre aux médecins de ville de jouer pleinement et efficacement leur rôle dans la prise en charge des malades et de la lutte contre cette épidémie.

La situation est une occasion pour penser la refonte de l'organisation du secteur médical libéral qui est resté confiné dans une réglementation qui n'a pas su s'adapter aux exigences de la modernité et des aspirations de la corporation et de la société.

Des dispositions matérielles, juridiques et réglementaires sont absolument nécessaires afin d'arriver a cet objectif ; certaines doivent être mises en œuvre dans l'immédiat afin de parer au plus urgent c'est-à-dire répondre aux doléances du malade tout en évitant au professionnel d'être contaminé et source de contamination.

1- A court terme :

Il faut assurer la disponibilité en matériel et consommable indispensables à la prévention de la contamination virale.

- Masques FFP2, Calots, Sur blouses, Gants, Gel hydro alcoolique.

- Définir des circuits d'approvisionnement réguliers et diversifiés en impliquant les structures syndicales, les associations professionnelles, les pharmacies, les distributeurs de matériel médical ou paramédical.

- Réquisition de tous les stocks encore disponibles et la mise à disposition de façon prioritaire au profit du personnel médical et paramédical.

- Assurer les moyens de déplacement aux médecins et à leurs personnels paramédicaux, assistants, agents d'hygiène.

Priorité dans la distribution du carburant pour ceux qui disposent de véhicules particuliers.

Pour ceux qui n'en disposent pas ; autoriser les taxis, les bus, les véhicules de transport avec chauffeurs organisés dans des sociétés et même s'il le faut « les clandestins » à assurer leur transport dans des conditions de sécurité et d'hygiène.

(Pour les véhicules de tourisme course avec une ou deux personnes de la même famille avec port du masque, réduction du nombre de personnes dans les bus afin de respecter les exigences de distanciation)

- Toute décision impliquant le secteur doit faire associer les professionnels concernés représentés par leur syndicat, conseil déontologique, associations professionnelles car ils sont mieux placés pour juger des intérêts du malade tout en préservant l'exercice dans la sécurité.

- Mesures simplifiées des déclarations fiscales et charges sociales, tâches gourmandes en temps et en énergie.

- Assurer un support médiatique éducatif des citoyens par le biais de tous les moyens de communication internet, réseaux sociaux, audiovisuel en préconisant :

la prise préalable du rendez-vous par téléphone.

D'éviter d'aller voir son médecin si le patient présente des signes suspects d'atteinte virale et de contacter plutôt les numéros mis à disposition à cet effet.

D'éviter de ramener plusieurs membres accompagnateurs d'autant qu'il s'agit d'enfants.

De conseiller d'voir sur soi le gel hydro alcoolique à usage personnel et en cas de toux d'une bavette même faite maison.

se conformer aux règles d'hygiène préconisées dans les cabinets en évitant par exemple de s'installer dans une salle d'attente occupée ne serait ce que par une seule personne.

Inciter les personnes véhiculées à attendre dans leur voiture ce qui est plus sûr que d'attendre dans une salle d'attente malgré les mesures d'hygiène et de propreté qu'assurent les cabinets sachant que les dernières données sur le virus indiquent qu'il peut être transmis par l'air ambiant sans que le porteur tousse ou éternue.

2- A moyen terme

- Mettre en œuvre une réglementation de prise en charge des risques inhérents à la contagion qui définit les mesures compensatoires en cas d'arrêt de travail ou de décès. ; Un volet tout à fait occulté par la réglementation actuelle.

- établir un cadre réglementaire pour la consultation à distance (téléconsultation) et les moyens de son application (réseau internet performant, plateforme dédiée, mécanismes d'encaissement).

- Faciliter la création de caisses et mutuelles complémentaires spécifiques au corps médical privé qui y contribuera pour prendre en charge les aléas des arrêts de travail prolongés pour cause de maladie, d'incapacité temporaire ou définitive sachant qu'aujourd'hui même si le médecin est à jour de ses cotisations il est livré à lui même sans aucun revenu en cas d'interruption de travail pour cause de maladie ou de maternité! seules les maladies à long court ouvrent droit à une indemnité dérisoire allouée par la caisse de sécurité sociale des non salariés (CASNOS).

- Reconsidérer l'utilisation du véhicule personnel qui n'est pas reconnu par l'administration fiscale comme outil de travail ouvrant droit aux déductions de charge et amortissement alors qu'il s'avère indispensable dans le contexte que nous vivons pour se rendre à son travail.

- Impliquer effectivement le secteur dans toute politique de santé publique notamment dans les stratégies de dépistage, de prévention et de mutualisation des moyens matériels.

- Reconsidérer la réglementation fiscale et douanière très rigides et contraignantes pour permettre aux médecins s'agissant d'un secteur stratégique de profiter des opportunités pour s'équiper sur les marchés internationaux comme c'est le cas dans de nombreux pays y compris développés même avec du matériel rénové , souvent en bon état, performant et parfois jamais utilisé et que le professionnel mieux averti et connaisseur pourra acquérir au meilleur prix et en faire profiter ses patients ou bien permettre aux importateurs d'investir ce créneau beaucoup plus prioritaire que celui des véhicules d'occasion autorisés à l'importation par ces temps de disette en devises.

Il était grand temps d'intégrer un secteur jusque là marginalisé et qu'on veut caricaturer à outrance et infantiliser à coup de circulaires et de notes répressives contreproductives et inefficaces.

*Docteur