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Le
président américain Donald Trump a fondé sa campagne
électorale sur les performances économiques des Etats-Unis mais la pandémie
devait fausser son approche parce qu'il a sous-estimé sa propagation. En dépit
de son isolement du monde. Il vient de recenser près de 1.500 morts
supplémentaires du nouveau coronavirus entre jeudi et vendredi dernier, selon
le comptage de l'université Johns Hopkins qui fait référence, soit le pire
bilan sur 24 heures enregistré dans un pays, avec 1.480 décès dénombrés entre 20h30
locales jeudi et la même heure vendredi, selon les chiffres de l'université
actualisés en continu.
Pour le businessman qui commence à ressentir le choc, il vient de se rendre compte de la gravité des conséquences économiques dont l'issue n'a pas de visibilité claire. Le ravage que le COVID-19 fait dans le monde quotidiennement a montré que la recherche reste impuissante pour en venir à bout. Au départ, on parle de symptômes de fièvre, toux, déficience respiratoire mais maintenant on l'élargit à la perte des sens du goût et de l'odorat. On annonce des pics de semaine en semaine tout en prolongeant le confinement, lequel confinement affecte l'activité économique. La chine, la géante usine mondiale, semble maitriser la situation de cette pandémie. Mais après un coup d'arrêt inédit en février à la production et au fonctionnement des entreprises dans le pays en raison des mesures de confinement. Techniquement, l'indice des directeurs des achats qui sert de référence pour évaluer l'activité économique était tombé à un niveau historiquement bas à 35,7 points. En mars, le pire semble être passé. Cet indice, un peu à la surprise des analystes, s'est établi à 52 points. Sans entrer dans le détail, il faut savoir qu'un résultat au-dessus de 50 points signifie que l'activité est en expansion. Le ralentissement de la contagion dans le pays et la levée progressive des mesures de confinement ont permis de redémarrer même au ralenti des usines, comme pour le groupe automobile français PSA. Pour autant, cette reprise de l'activité ne veut surtout pas dire que le pays a retrouvé son rythme d'avant la crise du Covid-19. Il faudra plusieurs mois, selon les analystes, pour retrouver ce niveau. D'autant que la demande intérieure qui a chuté de 20,5 % au cours des deux premiers mois de 2020 va aussi demander du temps avant de reprendre. Pendant la période de confinement, le revenu de nombreuses personnes s'est littéralement effondré. Combien même, note de nombreux analystes, la Chine dépasserait un indice des directeurs des achats dépassant les 50 points mais pour qui vendra-t-elle lorsque plus de du 1/3 de la population est en confinement. Pour les compagnies pétrolières américaines, tant que la demande d'énergie reste faible, leur sort reste ficelé notamment avec leurs crédits bancaires qui seront impossibles à rembourser et mettra comme cela a été le cas en 2008 avec ceux immobiliers en difficultés toute la chaine financière d'abord américaine puis mondial. 1-Un prix de pétrole moins cher incite au stockage En l'absence d'un accord concerté à l'international, les cours risquent de rester durablement déprimés. Car dans le même temps, la demande s'écroule en raison des conséquences de l'épidémie de coronavirus sur l'économie mondiale. La consommation de pétrole de la planète devrait chuter de pus 5,7 millions de barils par jour au premier trimestre, selon Wood Mackenzie dont 3,3 millions en Chine, le recul le plus sévère depuis la crise financière fin 2008. Les stocks de pétrole s'accumulent en Chine: ils ont atteint le niveau sans précédent de 782 millions de barils et donc vont continuer à faire progresser l'offre qui prendrait plusieurs mois pour l'éponger même si une solution est immédiatement trouvée pour enrayer les conséquences du Coronavirus. La situation pourrait encore s'aggraver. Certains experts, dont ceux de Goldman Sachs, prévoient désormais un recul de la consommation mondiale sur l'ensemble de l'année 2020. « Personne ne connaît l'intensité de l'impact du virus sur la demande, ni combien de temps durera l'épidémie, même si l'activité chinoise montre enfin des signes de reprise progressive », soulignent les analystes d'Energy Aspects. Face à cet effondrement, l'offre mondiale, elle, continue à progresser dans les pays qui ne sont pas liés aux quotas de l'OPEP : Etats-Unis, Norvège, Brésil et bien d'autres. L'impact de la chute des cours devrait toutefois avoir des conséquences pour eux aussi. Aux Etats-Unis, en particulier, les producteurs de pétrole de schiste, déjà sous pression, limiteront encore leurs investissements pour préserver leurs marges. Il faut peut être, préciser par ailleurs que la crise du coronavirus à laquelle sont confrontés les producteurs de pétrole est liée à l'effondrement de la demande. C'est très différent des précédentes liquidations dues à des excès de pétrole sur le marché, souvent imputés au boom de la fracturation aux États-Unis et à son offre de brut bon marché et inépuisable. En théorie, lorsque vous pompez moins de pétrole, le brut stocké ou en circulation s'épuise plus rapidement, ce qui entraîne un resserrement de l'offre. Mais si la demande s'effondre plus vite que ce que vous avez réduit, alors vous restez toujours confronté au même problème. 2-Trump était contraint d'intervenir dans cette guerre des prix Moscou/Riyad Les conseillers proches du président Donald Trump, l'oriente vers une prise de contrôle du jeune prince Mohamed Ben Salmane qui commence à leur échapper. Ainsi, le 25 mars les Etats-Unis ont nommé la pro-Rumsfeldiste Victoria Coates comme leur envoyée spéciale pour l'énergie, l'envoyant à Riyad prendre le contrôle d'Aramco que Ben Salmane, dans son excès de cécité stratégique a privatisé à hauteur de 1.5 pourcent en décembre dernier. L'intéressée a pour mission d'achever le processus de privation du peuple saoudien et partance, du trône, de leur unique source de revenu qu'est le pétrole et de s'emparer totalement d'Aramco. Pour cette approche, la guerre pétrolière que Riyad a lancée contre la Russie et qu'il est en train de perdre fera le reste. Les USA viennent en effet de décliner l'offre d'alliance que Riyad a faite à leur adresse, arguant que le sujet ne se pose même pas en ces temps de tension avec la Russie. Il y a deux jours Trump s'est entretenu avec Poutine du pétrole et de la Covid-19 et on parie que la teneur des discussions ne plairait guère à Ben Salmane. En effet, selon la Maison Blanche, la formation d'une alliance pétrolière avec l'Arabie saoudite est peut-être envisageable mais la nécessité ne se pose pas pour l'heure puisqu'il faut d'abord gérer le marché mondial du pétrole. La proposition a été donc présentée aux conseillers à la sécurité nationale de la Maison Blanche mais a été classée sans suite. L'idée d'une alternative américano-saoudienne à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, (OPEP) dont l'Arabie saoudite est le chef de facto, a été lancée sans donc être prise au sérieux, et ce, bien que Trump ait nourri les relations avec l'Arabie saoudite avec en toile de fond des centaines de milliards de dollars d'armes américaines vendues à Riyad qui a perfidement compensé les cargaisons de brut perdues de l'Iran, 2ème producteur de l'OPEP, et ce, dans la foulée des sanctions US de 2018. 3- d'abord le chaud et le froid suite au Tweet de Trump Trump serait il aller trop vite dans son Tweet «Je viens de parler à mon ami le prince héritier Mohammed ben Salmane, d'Arabie saoudite, qui a parlé avec le président Poutine.. J'espère et je m'attends à ce qu'ils réduisent d'environ dix millions de barils, et peut-être nettement plus, a-t-il ajouté, sans précisions sur la nature de cette réduction. Cela pourrait même aller jusqu'à 15 millions de barils. Bonne (excellente) nouvelle pour tout le monde!».Immédiatement après cette annonce, les cours du pétrole ont rebondi de manière spectaculaire, regagnant une partie du terrain perdu depuis le début de l'année. A Londres, le baril de Brent a repris jusqu'à 40% en séance, alors que le baril WTI a grimpé de plus 30% à New York. Avant d'abandonner près de la moitié de ces gains en l'absence de confirmation officielle en provenance de Moscou et de Riyad. Mais moins de 24 heures après, un porte-parole du Kremlin a assuré que Vladimir Poutine n'avait pas parlé au prince Mohammed ben Salmane. Et qu'aucun entretien n'était prévu entre les deux hommes. De son côté, l'Arabie saoudite a confirmé un échange entre son dirigeant et le locataire de la Maison blanche. Mais appelle simplement à une réunion «urgente» de l'OPEP+, qui regroupe l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et d'autres pays producteurs, dont la Russie. Autre élément qui incite à la prudence face aux déclarations de Donald Trump: l'ampleur de la baisse. Dix millions de barils par jour, l'unité généralement utilisée sur le marché pétrolier, représentent environ la moitié de la production cumulée de l'Arabie saoudite et de la Russie. Une contraction bien supérieure à celle qui avait été discutée lors de la dernière réunion de l'OPEP+. Et donc très improbable. A moins que les Etats- unis ne s'atteignent également à des quotas de production, pour la première fois depuis 1970. Ou que le président américain ne parlait pas en barils par jour. 4- Le temps des grandes manœuvres a commencé Après leur réunion le vendredi dernier avec les producteurs de pétrole notamment du schiste américain qui lui recommandé de procéder à une manœuvre agressive contre l'Arabie Saoudite et la Russie pour les obliger de réduire leur production afin de soutenir les prix du brut qui les ont mis en difficultés. Ils ont même refait appel à Rick Perry, le fameux secrétaire à l'énergie qui a récemment quitter l'équipe de Trump. De part sa position offensive, les producteurs américains lui préconisent de commencer par un blocage des expéditions de brut saoudien vers les grandes raffineries du Nord. «L'idée qui gagne le plus de succès est de cibler Motiva», la plus grande raffinerie d'Amérique du Nord, a déclaré un cadre d'un producteur de schiste. En fonction des résultats obtenus par ce premier moyen de pression sur le royaume, les compagnies proposent carrément de suspendre l'aide militaire américaine à l'Arabie saoudite et d'imposer de nouvelles sanctions à l'énergie russe - ou de lever celles existantes si le Kremlin coopère. Les États-Unis ont récemment imposé des sanctions à une unité commerciale de Rosneft, la société russe d'énergie contrôlée par l'État. Le 3 avril, tard dans la soirée, on apprend par une dépêche de «RT France» que Donald Trump «était prêt à tout pour sauver l'industrie pétrolière américaine». «Si Rosneft Trading n'a rien à voir avec le Venezuela, alors les sanctions qui sont basées sur sa conduite au Venezuela ou à l'égard du Venezuela devraient être levées», a déclaré le 2 avril, en conférence de presse, le représentant spécial des Etats-Unis pour le Venezuela, Elliott Abrams. Un «deuxième responsable américain» cité par l'agence Reuters et parlant sous couvert d'anonymat a ajouté que la levée des sanctions pourrait être étendue à TNK Trading, autre filiale de Rosneft basée à Genève. Washington a en effet sanctionné entre février et mars ces deux entreprises du groupe Rosneft contrôlées par le gouvernement russe, mais dont une filiale de British Petroleum et un fond d'investissement qatari détiennent respectivement 19,75% et 18,93% du capital. 5- Les membres de l'OPEP+ butent sur la distribution des quotas La réunion lancée en grande pompe par vidéo conférence des 23 membres de l'OPEP+ auquel devrait probablement prendre part selon l'agence TASS le régulateur américain , a été reportée sans aucune date précise sinon des sources anonymes la situent pour ce jeudi 9 avril selon Reuters. L'objectif de cette réunion entre l'OPEP et ses alliées serait prêts de conclure un accord sur une baisse de production équivalant à 10% de la demande globale soit prés de 10 millions de barils par jour pendant que Moscou et Ryad continuent de se rejeter la responsabilité de la chute des cours du brut. En effet, Vladimir Poutine a accusé vendredi l'Arabie saoudite d'avoir déclenché la guerre des prix, ce qui a entraîné une vive réponse de Ryad samedi. «Le ministre russe de l'Energie a été le premier à déclarer dans la presse que tous les membres de l'OPEP+ n'auraient plus à respecter leurs engagements de baisse de la production à partir du 1er avril, ce qui a incité ces pays à augmenter leur production», a déclaré le ministre saoudien de l'Energie, le prince Abdoulaziz bin Salman, dans un communiqué diffusé par l'agence SPA. Les deux pays semblent cependant vouloir de nouveau coopérer. Le président russe a ainsi déclaré vendredi dernier qu'il était «nécessaire d'unir les efforts pour équilibrer le marché et réduire la production». Un accord «permettrait de rééquilibrer le déficit de la demande, de ramener les prix à des niveaux plus rentables et d'éviter les arrêts de production», a souligné Per Magnus Nysveen, analyste de Rystad, qui décrit une véritable «partie de poker». Il se trouve justement que le point d'achoppement est surtout «la quantité que chaque producteur sera prêt à prendre pour lui», a-t-il ajouté. Il faut reconnaitre que l'incertitude entourant l'attitude des Etats-Unis complique aussi la recherche d'un accord, les membres de l'OPEP+ souhaitant que Washington contribue à la baisse de la production avec son pétrole de schiste. En définitif, combien même cette réunion aurait lieu à la date fixée soit le 9 avril et qu'un accord serait trouvé sur une ponction de 10 millions de barils jour, les prix continueront leur yoyo 30-40 dollars le baril au moins jusqu'au mois de septembre prochain, le temps d'éponger le stock constitué et la reprise de la demande qui se situerait aujourd'hui autour de 70 millions de barils/jour avec un surplus d'offre superieur à 4 millions de barils/jour. *Consultant, économiste pétrolier |
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