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L'Algérie au top des 15 pays africains les plus attractifs avec un passeport mal apprécié

par Reghis Rabah*

Le baromètre annuel d'Ernest et Young, cabinet d'audit financier et de conseil en gestion, relatif à l'attractivité de l'Afrique en matière d'investissement extérieur, a révélé que l'Egypte et le Maroc continuent de rester les destinations les plus prisées. L'Algérie quant à elle et malgré le retard considérable de la capacité concurrentielle et d'attraction de son industrie à cause de sa trituration par une compilation de restructurations, depuis début des années 80, elle figure quand même au top des 15 des pays africains privilégiés par les Investissements Directs Etrangers (IDE).

L'Algérie qui occupait en 2003 la quatrième place avec 329 projets pour un montant d'investissement qui avoisinait 6,3 milliards de dollars bien derrière l'Afrique du Sud (827 / 16,0) l'Egypte (563/10,9), le Maroc (537/10,4) , est en 2019 à la neuvième place avec un montant très réduit d'investissement surtout dans le pôle industriel.

Il faut reconnaitre relève ce rapport que l'accord prévoyant la mise en place d'une zone de libre-échange continentale (ZLEC) signé en mars 2018 lors de la cérémonie de clôture du sommet extraordinaire de Kigali a été un moteur de cette attractivité. Cet accord considéré par les leaders africains eux même comme historique, après les tentatives d'Addis-Abeba en 1963, d'Abuja en 1991, et Durban en 2002. Kigali a concrétisé la marche vers plus d'intégration.

Le rapport d'Ernest et Young avait auparavant dans ses précédents rapports déterminé 5 principes fournissant un cadre d'expansion productive et mutuellement bénéfique pour les entreprises et les gouvernements en matière investissements privés en Afrique.

La perspective

L'œil du spectateur : les entreprises commerciales africaines comportent peut-être des risques, mais pas plus que celles de beaucoup de marchés émergents dans d'autres régions.

La planification

Patience et persévérance = Résultats : alors que l'on dit souvent que les récompenses vont à ceux qui osent, il est également vrai de dire que dans l'investissement africain la patience est une vertu et elle est rentable. Les places. Cherchez les plateformes et les hubs : la marque de fabrique de l'Afrique est la diversité, les obstacles à la création de marchés communs plus grands et plus profonds et de zones commerciales sont considérables, mais sont sans doute en recul.

Les Partenariats. Les relations sont importantes : peut-être plus que dans tout autre continent. Favoriser de bonnes relations appropriées, à tous les niveaux de gouvernement continuera d'être essentiel à la réalisation des objectifs stratégiques.

Les personnes. Aucune stratégie n'est auto-applicable : un succès durable en Afrique tournera de plus en plus vers l'identification, le développement et la rétention d'un personnel local talentueux et engagé. La France est le deuxième investisseur le plus important en volume sur la période 2014-2018 avec 329 projets (34,1 milliards de dollars de capital investi) derrière les Etats-Unis (463 projets et 30,9 milliards de dollars). La Chine est quant à elle l'investisseur le plus important en valeur sur la période 2014-2018 avec 72,2 milliards de dollars de capital investi, pour 259 projets. Parmi les grands enseignements de cette nouvelle édition est le fait que les investissements directs étrangers restent stables par rapport à 2017, avec 710 projets menés sur l'année 2018 (contre 655 en 2017). Ils ont permis la création de 117 000 postes et ont attiré un montant en capital de 75,5 milliards de dollars en 2018.

Les pays africains qui attirent le plus les investissements en 2018 sont l'Egypte (12 milliards de dollars), l'Afrique du Sud et le Maroc (chacun 5 milliards de dollars). Sur la période 2014-2018, 66 % des investissements directs étrangers sont destinés aux services, tandis que respectivement 23 % et 11 % sont destinés à l'industrie et aux industries extractives. Le premier secteur d'investissement en 2018 concerne les télécommunications et les médias (133 projets en 2018), suivi par la grande distribution (125 projets) et les transports (93 projets). Sur le contenu, en Afrique, l'investissement à dimension technologique continue de croître tandis que la transformation numérique s'accélère. Si les entreprises et les gouvernements travaillent et investissent ensemble dans les infrastructures numériques comme les réseaux 5G, les plateformes Wifi et les data centres pour le Cloud, l'Afrique se placera au premier rang des destinations des IDE.

Les règles de la libre circulation est loin de suivre ce rythme

Il se trouve justement que ces pays européens, américains et asiatiques qui aiment bien venir exploiter les richesses de ces pays fortement fournis en matières premières continuent de fermer leurs frontières aux ressortissants des pays les plus attractifs. Ainsi selon le classement 2020 de Henley Passeport Index, publié le mercredi 8 janvier 2020, les passeports de l'Egypte et l'Algérie pourtant prisées en investissements, ils sont placés respectivement au 92éme et 93éme rang avec 50 et 40 destinations sans visa. Notre sœur tunisienne figurant au top des 15 à la11éme place reste au premier rang et son passeport donne accès à 69 destinations sans visa préalables. Par ailleurs, à l'échelle mondiale, le passeport tunisien occupe la 74ème place. Ce classement évalue les passeports dans 107 pays. Et ce, sur la base des données de l'Association internationale du transport aérien (AITA). Il analyse, depuis 2006, la réglementation des visas de tous les pays et territoires du monde. Quant au classement africain, il est dominé, lui, par les Seychelles (29e rang, 151 destinations). Suivent la République de Maurice (32e rang, 146 destinations) et l'Afrique du Sud (56e rang, 100 destinations). En outre, au Moyen-Orient, les Emirats arabes unis arrivent en tête, à la 18e place (171 destinations). Le Koweït se place au 57e rang avec 95 destinations. Le Qatar se classe au 58e avec 93 destinations. D'après Henley Passeport Index, les trois passeports les plus puissants du monde sont détenus par le Japon (191 destinations). Puis, on retrouve Singapour (190 destinations) et l'Allemagne (189 destinations). Enfin, tout en bas de ce classement, se trouve la Syrie (105e place), l'Irak (106e place) et l'Afghanistan (107e place).

Par contre, la fuite des capitaux africains reste alarmante

Dans son dernier rapport annuel, la Banque Africaine de Développement (BAD) dont l'exécutif s'est réuni au Maroc la semaine dernière, tire la sonnette d'alarme sur les fuites de capitaux de nombreux pays Africain vers ceux occidentaux. Ces fuites cumulées ont fait de l'Afrique et il n'est pas exagéré de le dire un « créancier net » pour le reste du monde. En effet, la synthèse de ce rapport et celui du Global Financial Inegrity (GFI), un groupe de défense basé à Washington font état de près de 1500 milliards de dollars qui ont quittés l'Afrique au cours des 30 dernières années. Cette situation, selon toute vraisemblance surprenante, est un contraste frappant avec la réputation qu'on laisse planer sciemment d'une Afrique pauvre et qui ne cesse de demander de l'aide étrangère. L'Algérie est tombée de plein pied dans le panneau en contribuant à enrichir les dirigeants Africains au détriment des populations qui de toutes les façons n'en bénéficieront jamais. Il faut cependant signaler qu'en 2005, le Groupe des G8, pays les plus riches de la planète ont arrêté d'un commun accord une enveloppe de 50 milliards de dollars faisant ainsi de l'Afrique le continent le plus dépendant de l'aide au monde. En dépit de cela, les conclusions de la synthèse conjointe indiquent que rien qu'en activité criminelle, de l'effet réciproque de la corruption et de l'évasion fiscale, les pays Africains ont perdu près de 1,4 milliards de dollars chaque année entre 1980 et 2009. Les experts de GRI s'expliquent : « Dans les milieux de développement, nous parlons beaucoup de la quantité d'aide qui va vers l'Afrique, et il y a ce sentiment parmi certains en Occident selon lequel bien que nous donnions cet argent depuis des décennies, c'est la faute de l'Afrique si les pays du continent ne sont pas encore développés. En effet, notre recherche montre qu'alors que l'Occident donne de l'argent à l'Afrique, bien plus en sort illicitement. En outre, vous pouvez supposer que les fuites illicites à partir d'autres régions entraîneraient probablement de transferts nets élevés de ressources provenant d'autres régions en développement, également ». Malgré les alertes continuelles des associations comme la SURVIE, SHERPA etc. qui sont des ONG de lutte contre la corruption en Afrique, cette tendance n'a fait que s'accentuer pour atteindre ces dernières années des montants intolérables. En effet, elle semble se renforcer cette dernière décennie pour atteindre un montant annuel de prés de 35 milliards de dollars qui sort illégalement des pays Africains dont les trois quarts des seuls pays de l'Afrique du Nord et notamment l'Algérie, le Nigeria, la Libye et plus loin l'Afrique du sud. Ces sommes considérables viennent de l'argent sale des contrats pétroliers, gaziers et miniers en général. Ces révélations ont été confirmées voire même renforcées par les indices de Revenue Watch Instutute (RWI), celui-ci, considéré comme un groupe de veille prospective. Cette analyse a clairement mis en évidence la corrélation entre la très forte dépendance économique et les indicateurs du développement humains (IDH).Cette étude porte sur un échantillon de 58 pays africains dont le métier en grande partie serait concentré dans l'extraction du pétrole, du cuivre et du diamant dans le monde. La marge bénéficiaire de leurs secteurs extractifs est estimée à plus de 2,6 milliards de dollars en 2012, dépassant de loin l'aide qui provient de l'occident. Pourtant, plus de 80 pour cent de ces pays n'avaient pas également réussi à mettre en place des normes satisfaisantes pour l'ouverture de ces secteurs et la moitié n'avait même pas pris de mesures de base à cet égard. On lit dans ces rapport que « Dans les pays riches en ressources, le secteur des ressources naturelles est généralement la principale source de flux financiers illicites » signalant une conclusion du Fonds monétaire international (FMI) selon laquelle le secteur pétrolier en Angola n'a pas déclaré en 2002 près de quatre milliards de dollars. Ces pays manquent généralement de structures de bonne gouvernance qui permettraient aux citoyens de surveiller la quantité et l'utilisation des recettes provenant du secteur des ressources naturelles. Souvent, les loyers et les redevances provenant de la gestion des ressources ne sont pas utilisés pour soutenir le développement social et économique des pays riches en ressources, mais sont plutôt détournés ou dépensés de façon non productive à travers la corruption et le clientélisme ». Les conséquences de cette fuite ‘'entretenue'' et parfois ‘'encouragée'' par les firmes multinationale et qui touchent à la fois les fonds publics et l'aide étrangère retarde selon les experts de ces associations le décollage économique et partant le développement de la majorité des pays africains puisque le montant des fuites de ces trois dernière décennies serait l'équivalent de leur Produit Intérieur Brut (PIB). Ce qui leur fait dire que le continent n'a pas de problème de disponibilité de ressources mais celui de la gestion de ressources, gaspillée par des dirigeants corrompus mais fortement soutenus par les pays occidentaux à travers leur compagnies multinationales. On lui vole des deux mains ce qu'on lui donne du bout des doigts puis on crie au scandale. Ces experts restent convaincus que grâce à une bonne gestion des ressources, l'Afrique pourrait être en mesure de financer une grande partie son propre développement. C'est une panne d'idée qui fait que l'Algérie par exemple avec une manne de prés de 200 milliards de dollars peine à redynamiser son industrie. Il faut toutefois souligner que ces rapports suscitent et alarment l'opinion publique africaine et occidentale sur la nécessité de renforcer des mécanismes de régulation d'abord par les institutions africaines pour s'assurer que le développement en Afrique profite bien aux objectifs des secteurs d'intérêt général.

*Consultant, économiste pétrolier