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Redha Malek : l'intellectuel du réel

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Extrait de la chronique Mediatic en date du jeudi 26 décembre 2014 (Le Quotidien d'Oran)



L'Empreinte des jours (2004-2012). Essais de Redha Malek. Casbah Editions, Alger 2013. 485 pages, 1.300 dinars



L'auteur a tout vu, tout vécu. On pensait qu'il avait tout dit.

Moudjahid (membre fondateur, entre autres, de l'Ugema, directeur d'El Moudjahid (Historique), porte-parole et membre de la délégation algérienne aux négociations d'Evian, un des rédacteurs du Programme de Tripoli), diplomate (ambassadeur dans plusieurs pays dont la France, l'URSS, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne), ministre de l'Information et de la Culture (j'y étais alors en tant que sous-directeur et il avait «ramené, dans ses bagages», pour «secouer le cocotier», non des fonctionnaires mais des «intellos» et des commis de l'Etat «engagés» comme Mohamed Khadda, Mohamed Saïdi, Slimane Benaïssa, Rachid Boudjedra, M. Louanchi, Mohamed Hardi, N. Abba…), membre du HCE, président du CCN, ministre des Affaires étrangères, Chef de gouvernement, etc.) et, enfin, politicien, avec la création d'un parti politique, l'ANR. Ouf !

Il a, déjà, beaucoup écrit. On pensait qu'il avait tout dit. Non ! Toujours sur le front comme il sied à tout vrai et bon intellectuel. Car, c'est aussi un penseur. On avait lu «Tradition et Révolution» (paru au début des années 90 aux Editions Bouchène). Un livre passé alors inaperçu et qui, s'il avait été bien lu à l'époque, aurait évité bien des désagréments au pays. Hélas, le niveau (de la réflexion) était trop haut, on baignait encore dans la culture populaire… et on se dirigeait tout droit vers la culture populiste !

Aujourd'hui, loin des jeux politiciens, mais tout près de la pensée politique et sociale, il revient avec des «pensées détachées», d'«aperçus brefs», des «notations diverses», consignées, dit-il, au jour le jour, à mesure qu'elles affluent sous les effets conjugués de l'événement et de la réflexion qu'il suscite. Du 14 juin 2004, très exactement, avec un long commentaire d'un livre de Rachid Benzine sur «Les nouveaux penseurs de l'islam», au 9 octobre 2012, avec son allocution prononcée lors du dernier «Au revoir» à Pierre Chaulet, son ami, son frère, décédé. Chaulet, le juste, l'autre moudjahid. A ce moment-ci, on ne pense plus. On se recueille.

Avis : Des essais… réussis. Des pages d'inégale consistance, mais toutes d'égale importance. A acquérir et à garder sous la main… pour, de temps en temps, lors d'un «vide» (et il y en a), le feuilleter et, avec, l'auteur, «penser le monde et l'Algérie ».

Citations : «Raison sous-jacente de la stagnation politique : chaque politicien est esclave d'une fibre de nature paranoïaque qui lui interdit de reconnaître chez l'autre un mérite ou des qualités supérieures aux siennes. Il se pose lui-même en chef à qui il est due l'allégeance des autres » (p19). «Nous ne demandons pas que la France s'excuse : nous avons combattu et gagné. Nous ne sommes pas frustrés» (p78). «Equilibre de la corruption. A l'instar de l'équilibre de la terreur, les corrompus s'entendent à la dissuasion mutuelle : je te tiens par la barbichette, tu me tiens par la barbichette» (p322).