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Chacun de nous n'a-t-il
pas le droit d'évoquer à un moment de sa vie ce qui l'a le plus marqué, ce qui
l'a le plus ému, ce qui l'a le plus chagriné ?
Dis moi ! N'a-t'il pas le droit de dresser des bilans de ses joies, de ses douleurs ? N'at'il pas le droit de se souvenir des belles personnes qu'il a rencontrées et des mauvaises qu'il a eu la malchance de croiser ? N'a-t'il pas le droit de tenter de ne retenir que ce qui lui a donné des raisons de vivre et d'espérer sa part de la vie ? Ne doit-il pas déposer autour de lui le butin de sa quête dans sa recherche de ce supposé bonheur tant recherché désespérément depuis l'aube de l'humanité ? Aurais je dû mieux assimiler les conditions de l'accession a la notabilité aujourd'hui dans ma solitude ? De citer les personnes diversifiées dans leurs ambitions assouvies et ceux avec la déception de leurs rêves inaboutis ? De se rappeller avec tendresse ceux qu'il a aimé et ceux qu'il a respecté ? D'avouer ses déceptions et ses chagrins devant la médisance et l'ingratitude des autres comme des proches ? D'être attristés devant des jeunesses brisées par l'impuissance et des enthousiasmes fracassés par l'incompétence ? De continuer d'espérer et de croire aux lendemains sans jamais se résigner et de demander au temps, s'il pouvait revenir en arrière pour nous permettre de réviser nos plans, corriger nos prévisions et surtout, braver nos craintes. Ah si Temps, tu pouvais rebobiner nos jours ... Chomme qui parle ainsi est assis sur un banc quelque part dans la ville où il est en train de vieillir. Au milieu d'une multitude de mouvements citadins. Mais il est seul. Assis sur un banc public. Aujourd'hui il regarde vivre autour de lui et semble terrassé de ressentiments, beaucoup de ressentiments. Car il declare avoir tout vu ce vieil homme, tout vécu. II a vu des gloires s'éteindre. Des pouvoirs s'interrompre. Des obnubilés par des illusions terrestres tomber... Des maladies freinant brutalement des apogées. Ou la mort les sortant brutalement de leurs programmes de misere ou de leurs illusoires certitudes. Mais, il dit aussi avoir a vu aussi des réussites modestes. Des sagesses modestes. Des hommes de pouvoir humbles. D'autres imbuts et ingrats. Qui ne semblaient naitres que le jour de leur gloire. II dit avoir côtoyé des opportunistes ,des hypocrites et des faux dévots . Mais aussi des rakba dit-il qui est l'ancienne dénomination de zommes aujourd'hui. Mais ce bonhomme dont les cheveux ont blanchis, dont le dos s'est courbé, dont la mémoire qui lui reste, semble vasciller entre, et le long temps passé, et ce peu qui lui reste à venir, dit avoir gardé au fond de lui un sentiment étrange qui ne l'a jamais quitté depuis le jour où enfant il a commencé à lire. Ce sentiment s'exprime comme une accession a une dimension où il se réfugie a chaque fois qu'il quitte ce banc. Car il est sur depuis toujours que tout a un sens et que ce sens est peut-être celui de la difference entre le superficiel temporel et I'eternel. Car assure t'il nous sommes tous inscrits dans un temps comptable. Entre le mal par le bien et le bien par le mal. II sait dit il que dans un autre monde on nous évaluera comme on aura vécu et comme on aura fait dans celui ci bas... Happé par son discours mi-vrai mi mystique, je me suis assis a côté de lui. Ce monologue il me l'a tenu en réponse à ma stupide question «barka ma tkhamem si hadj» que je me suis empressé de corriger en begayant des excuses après qu'il m'ait foudroyé avec un regard de dépit. Oui mon fils, j'ai le droit de dire que certaines douleurs vous sculptent et surpassent les joies que vous pouvez ressentir. Comme les souffrances de vos enfants devant l'incertitude de leurs lendemains. Le dédain insolent «d'amis» croyant êtres parvenus. Les dislocations de familles par la haine, et la transmission de leurs rancoeurs à leurs enfants. La solitude de la retraite et le téléphone qui ne sonne plus .... Tant d'espoirs inassouvis par les barrières de l'opportunisme et de la cupidité. Et puis enfin la vie qui vous relègue brutalement aux derniers rangs de l'indifférence. Et surtout mon fils de te sentir après, démuni et impuissant devant un monde de plus en plus cruel . Mais je dois te dire aussi weldi que c'est en ce moment, quand tu es plongé dans un désarroi prie Dieu pour que s'illumine devant toi et paradoxalement une espérance que tu rencontreras chez des hommes ou des femmes surgis de nulle part dans le chemin de ta providence pour guider ta peine avec cette bonté et cette humanité dont tu avais désespéré l'existence. Ils t'accompagnerons comme des anges faits hommes vers ton salut et s'en iront comme ils sont venus sans rien te demander. Et ce sont eux ou elles qui dans leurs élans d'empathie et d'humanité qui ont permis a chaque fois a ce monde de survivre. Et alors mon fils et devant la fuite de ce temps qui glisse emportant nos jours et nos comme une crue d'automne, soit vers la félicité soit vers la pénitence ce seront eux les affranchis ... Car ces gens ont su dès le départ que la vie elle même n'est qu'un banc public quelque soit son bois et sa couleur... |
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