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Un levier efficace pour l'insertion professionnelle: Allocation chômage, ce qu'il faut savoir

par M. Aziza

  L'allocation chômage s'inscrit aujourd'hui comme un mécanisme central des politiques publiques visant à soutenir les jeunes demandeurs d'emploi tout en facilitant leur insertion progressive dans le monde du travail.

Loin de constituer une simple aide financière, ce dispositif est conçu comme un levier d'accompagnement, conditionné par l'engagement des bénéficiaires dans des parcours d'emploi ou de formation. Si certains n'ont pas hésité à critiquer son attribution, estimant qu'elle pourrait encourager la passivité, la réalité du terrain démontre tout le contraire. En effet, les bénéficiaires de cette allocation ne peuvent en disposer de manière indéfinie sans contrepartie et sans les conditions requises. Ils la perdent d'ailleurs en cas de refus d'une offre d'emploi ou d'une formation professionnelle, ce qui renforce son rôle incitatif.

Les données présentées par Nour El Houda Khelili, sous-directrice de la coordination et du partenariat au ministère du Travail et de la Sécurité sociale, lors de son intervention hier dans l'émission « L'invité du jour » sur la chaîne 3 de la Radio algérienne, confirment cette dynamique positive. Elle a souligné que les résultats enregistrés en 2025 ainsi qu'au début de l'année 2026 traduisent une évolution significative.

Ainsi, à la fin de l'année 2025, plus de 1,44 million de bénéficiaires ont été orientés dans le cadre de ce dispositif, dont 115.000 ont effectivement accédé à un emploi. Pour les deux premiers mois de 2026, plus de 120.000 placements ont déjà été recensés, un chiffre que Mme Khelili qualifie d'« indicateur très positif » de l'efficacité du dispositif. Ces résultats illustrent clairement que l'allocation chômage ne se limite pas à une aide sociale, mais constitue un véritable outil d'insertion professionnelle, contribuant à rapprocher les demandeurs du monde du travail.

L'invité de la chaîne 3 a affirmé que « plus de 72% des bénéficiaires sont des femmes », tout en reconnaissant les difficultés spécifiques liées à cette catégorie. Elle a affirmé qu'« une grande partie de ces femmes sont sans qualification ou préfèrent rester dans l'informel, ce qui complique leur insertion dans le marché du travail », a-t-elle expliqué, ajoutant que « certaines refusent même les formations ou les convocations ».

Un contrôle strict et ciblé

L'allocation chômage n'est pas attribuée de manière automatique ni sans conditions. Elle obéit à des critères stricts et fait l'objet d'un processus de contrôle rigoureux visant à garantir qu'elle bénéficie réellement aux demandeurs d'emploi éligibles.

Ainsi, comme l'a précisé Mme Khelili, les 140.000 inscrits sur la plateforme « Minha » ne sont pas encore des bénéficiaires, mais leurs dossiers sont en cours d'étude. Ces demandes sont soumises à un contrôle progressif et approfondi afin d'assurer la transparence et l'équité dans l'octroi de cette aide.

Développée par les cadres de l'Agence nationale de l'emploi (ANEM), la plateforme « Minha » repose sur un système interconnecté avec plusieurs bases de données nationales, notamment celles de la CNAS, de la CASNOS, de la CNR, de l'état civil et de l'enseignement supérieur. Ce dispositif permet un croisement instantané des informations et renforce la fiabilité des vérifications.

Par ailleurs, les rendez-vous pour l'examen des dossiers ont été programmés à travers les 278 agences locales réparties sur l'ensemble des 58 wilayas, avec une échéance fixée au 31 juillet prochain pour le traitement complet des demandes.

Revenant sur le cadre réglementaire, Mme Khelili a rappelé que l'allocation chômage, instaurée en 2022 par le décret exécutif 22-70 du 10 février 2022 et récemment actualisée en janvier 2026, vise à garantir un revenu minimum tout en favorisant une insertion professionnelle durable.

Les conditions d'éligibilité sont clairement définies : être de nationalité algérienne, âgé de 19 à 40 ans, primo-demandeur d'emploi, sans revenu ni pour lui ni pour son conjoint, et ne pas avoir bénéficié auparavant de dispositifs publics d'aide à l'emploi tels que l'ANSEJ, la NESDA ou l'ANGEM.

Dans une logique d'inclusion, les jeunes ayant purgé une peine de détention peuvent également prétendre à ce dispositif.

En revanche, toute affiliation à la sécurité sociale (CNAS, CASNOS, CNR) ou la perception d'un revenu par le conjoint exclut automatiquement le droit à cette allocation. De même, le refus d'une offre d'emploi, d'une formation ou d'une convocation de l'ANEM peut entraîner la suspension, voire la suppression définitive de l'aide.

Les nouveautés du décret de 2026

Le décret de 2026 a introduit des ajustements importants dans le dispositif de l'allocation chômage, notamment en matière de durée et de renouvellement. Désormais, cette aide est accordée pour une période d'une année, renouvelable une seule fois sous conditions bien définies, comme l'a précisé Mme Khelili.

Dans le détail, les bénéficiaires ayant déjà perçu l'allocation pendant 24 mois peuvent prétendre à une année supplémentaire. En revanche, ceux dont la durée de perception est inférieure doivent d'abord atteindre ce seuil avant d'envisager une prolongation. Quant aux nouveaux inscrits, ils bénéficient directement d'une année renouvelable une seule fois.

Au-delà de ces ajustements, le dispositif s'oriente davantage vers une logique d'activation en renforçant le lien entre allocation et insertion professionnelle. L'accent est désormais mis sur la formation et l'amélioration de l'employabilité des bénéficiaires. Dans ce cadre, l'offre de formation a été élargie, passant de formations qualifiantes à des formations diplômantes, mieux adaptées aux besoins du marché du travail.

Ces formations, proposées en coordination avec le secteur de la formation professionnelle, peuvent durer jusqu'à six mois pour les parcours qualifiants et aller jusqu'à deux ans pour certaines spécialités.

Enfin, le caractère incitatif du dispositif est renforcé. Autrement dit, le refus de suivre une formation entraîne la perte de l'éligibilité à l'allocation, confirmant ainsi l'objectif principal d'accompagnement vers une insertion durable.

Les bénéficiaires : profils variés

Les bénéficiaires de l'allocation chômage, précise Mme Khelili, se répartissent en trois grandes catégories (les personnes sans qualification, majoritaires, suivies des universitaires, puis des diplômés de la formation professionnelle). Ces derniers étant particulièrement recherchés dans les métiers techniques. Certaines spécialités universitaires, comme l'informatique, l'électronique et l'électrotechnique, restent également très demandées, avec des besoins qui varient selon les wilayas.

Parallèlement, l'ANEM assure un accompagnement individualisé des demandeurs d'emploi, allant de l'aide à la rédaction de CV à l'organisation de formations gratuites, en passant par un suivi du parcours et même une assistance lors des entretiens d'embauche. Le suivi des dossiers, souligne Mme Khelili, est entièrement digitalisé via la plateforme « Minha », permettant à chaque demandeur de consulter l'évolution de sa demande en temps réel et d'être informé rapidement en cas de documents manquants ou de problème.