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À LA RECHERCHE DU TEMPS PASSÉ

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Livres

A la source: Récit de Farid Bouyahia. El Qobia Editions, Alger 2025, 165 pages, ???? dinars



Ce n'est pas un roman, ce n'est pas une autobiographie... mais tout simplement un recueil de récits de vie (s). Des fragments d'un vécu réel et parfois de fiction parsemés d'envolées poétiques. Un homme qui raconte, avec beaucoup d'émotion et d'amour la maison ancestrale et l'ambiance familiale, son enfance heureuse, sa région d'origine et son village natal, superbe coin de Kabylie, enserré entre la vallée de la Soummam et l'imposant Djurdjura, son papa, sa maman, sa grand-mère (trois chants d'amour émouvants) , la beauté des saisons, la nature belle et généreuse en cueillettes d'asperges sauvages, l'école et le maître d'école, les cheminots et la « Micheline », le maréchal ferrant, le distributeur de courrier... aveugle mais toujours présent , l'infirmier bénévole du village, les femmes au lavoir, « un moyen d'évasion », les bouleversements technologiques (télévision, téléphone portable), la mémoire populaire, les rêves... et, pour finir une très belle nouvelle racontant Nna Djidji , l'Allemande vivant depuis sa jeunesse (et son mariage) en Kabylie.

Pour ma part et, certainement, pour avoir eu, à l'image de beaucoup d'entre nous, le même parcours (ou presque) on ne peut ne pas signaler texte consacré à la « belle reine de cœur »..., la maman : « Je me rappellerai toujours de sa beauté, de ses magnifiques cheveux, de ses mains tendres, de son sourire et de son visage gracieux... C'est une femme de conviction, au caractère déterminé, travailleuse et volontaire. Têtue, elle ne change pas d'avis facilement. Ma mère n'est pas de la race qui se lamente. Elle promène une force tranquille, une santé à toute épreuve et une joie de vivre même étonnante dans ce monde des campagnes qui ne croit qu'à Dieu. Elle n'acceptait aucune fatalité... Ses enfants sont tout son univers. Elle nous aimait de toutes les forces de son amour, de son égoïsme et de sa jalousie de femme... »

L'Auteur : Né à M'Chedallah (Bouira) le 12 août 1970. Journaliste et poète. Première œuvre, « Cordon de perles » en 2021

Table des matières : 21 parties (20 récits et une nouvelle)

Extraits : « Mais une chose est certaine, il n'y a pas de finale ni de ligne d'arrivée pour départager les gens. L'important c'est de vivre et de se sentir bien dans sa peu » (p 12), « Comme partout ailleurs dans le monde, la ville a gagné, et en fin de compte l'humanité a tellement perdu » (p 62), « Cette campagne, les jeunes ne l'ont pas connue, et tout se perd. Personnellement, j'ai vécu une période de cette vie très simple avec presque aucun confort, mais beaucoup d'humanisme et simplicité. On était plus heureux. Maintenant, avec le confort, notre société devient agressive, et plus aucun respect ni tolérance, c'est l'argent et l'orgueil qui a changé notre monde » (p 100).

Avis - Un contenu fidèle au titre. De la belle prose et beaucoup de nostalgie du temps passé et de tristesse du temps qui passe. Un poète qui s'ignore et un amoureux du vivre-vrai.

Citations : « L'amour, c'est la poussière des morts aussi, le plus grand malheur est de ne pas en posséder ne serait-ce qu'une pincée. Celui qui l'a possédé, en vérité, a un trésor. C'est le seul bien pur de la vie. A mon avis, c'est la vraie richesse qui reste » (p18), Si le mensonge a cette capacité à donner des fleurs, de belles fleurs même, il n'en demeure pas moins vrai qu'il ne donne jamais, au grand jamais de fruit » (p 37), « Vivre raisonnablement, ça ne veut pas dire vivre dans une caverne, mais juste être un peu responsable et conscient des enjeux de notre époque et de la véritable nécessité de nos besoins essentiels » ( p 45), « En définitive, je dirais que les femmes ont créé une nouvelle conscience de soi et une relation nouvelle avec la société » (p 107), « Que voulez-vous, c'est en travaillant que chez nous l'on devenait grand » (p122), « L'art de prendre soin est vraiment un art des petites choses » (p 143).



Le mont des orfèvres: Récit de Belkacem Achite. Casbah Editions, Alger 2017, 750 dinars, 270 pages (Fiche de lecture déjà publiée en février 2019. Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/société/bibliotheque d'almanach)



Une Histoire des Aït Yenni... grâce aux souvenirs d'enfance et aux capacités de recherche et d'analyse d'un homme du «pays». Ajoutez-y une forme littéraire qui donne au récit (presque) l'allure d'un véritable roman. Avec son histoire profonde, ses paysages et ses lieux (huit hameaux), ses us, ses coutumes et ses traditions, ses misères, ses souffrances et ses solidarités, ses personnages, ses familles et ses clans, son saint vénéré depuis seize générations (...)

L'auteur retrace donc la marche d'une tribu, les Aït Yenni, bien (ou mal) connue aujourd'hui, par tous les Algériens... pour leur maîtrise des arts de la bijouterie, de l'ébénisterie et des armes. Du temps de la « gouvernance » (sic !) ottomane, la région était (exagérément, nous dit l'auteur et on le croit) accusée d'être le sanctuaire des faux-monnayeurs. En tout cas des « orfèvres » qu'Ibn Khaldoun cite d'ailleurs dans son «Histoire des Berbères».

Une région et une population parcourue de légendes et de résistances. Face à la «conquête» française durant lesquelles les femmes aussi se distinguèrent, face aux tentatives assimilationnistes, face à l'occupation coloniale... jusqu'à la libération totale du pays (...)

L'Auteur : Né en 1946 à Béni Yenni. Lycée Amirouche de Tizi Ouzou. Etudes en sciences économiques et en sciences politiques (Alger). Des fonctions supérieures au ministère du Travail puis magistrat financier auprès de la Cour des comptes.(...)

Extraits : « Les gens s'étaient sacrifiés pour l'honneur. Après la défaite (début de la colonisation du pays), la devise ancestrale « Anerrez ouala aneknou » (plutôt être brisé que plier) pouvait avoir plus de sens que jamais » (p 64), « Il faut rappeler que la France avait tout fait pour opposer les Kabyles entre eux. Et, cela en stigmatisant tout différend, toute divergence et quelque particularisme, voire antagonisme latent, qui puisse exister ou, sinon, être suscité dans la moindre localité... » (pp 71-72), (...), « Fafa - la France désormais affublée d'un prénom de femme volontairement escamoté pour, depuis longtemps, désigner en Kabylie, une femmelette » (p 109)

Avis - Désormais, grâce à ce livre, on connaît bien plus et bien mieux les... Yennaouis (ou Iyaniouen). Un peu trop chargé de détails et de noms... Pour ne pas peiner, sans doute ? Ou, alors, par trop d'amour du « pays » ?

Citations : « La plume dont on nous avait toujours appris qu'elle était serve, là où la parole serait quant à elle trop libre, n'a pas le monopole de la vérité » (p 13), « La guerre avait donc le secret de faire côtoyer autant les dangers de la mort que les périls de l'amour ou de la passion » (p 133).