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Longtemps considérée comme une simple
conséquence d'une maladie ou d'une intervention chirurgicale, la douleur est
aujourd'hui reconnue par les spécialistes comme une maladie à part entière
nécessitant une prise en charge spécifique.
En Algérie, si des progrès ont été réalisés ces dernières années, notamment dans le traitement de la douleur postopératoire, les spécialistes estiment que des efforts supplémentaires restent nécessaires pour améliorer l'accompagnement des patients et la systématisation des protocoles thérapeutiques dans les structures hospitalières. Les autorités sanitaires ont ainsi engagé plusieurs mesures visant à renforcer la prise en charge de notamment la gestion de la douleur postopératoire et d'uniformiser les conduites thérapeutiques. Dans ce cadre, sept centres antidouleur ont été installés dans les hôpitaux du pays, dont trois à Alger, un à Batna et un à Constantine et à Oran. Des projets sont également en cours pour étendre ces structures à d'autres établissements hospitaliers à travers le territoire national. Ces centres fonctionnent grâce à l'implication des anesthésistes-réanimateurs et de plusieurs professionnels de santé engagés dans la prise en charge de cette pathologie. C'est ce qu'a assuré avant-hier soir le Pr Riad Mokretar-Karroubi, chef de service d'anesthésie-réanimation au CHU Beni-Messous, lors d'une session de formation organisée par les laboratoires Frater Razes au profit des journalistes. Selon lui, la prise en charge de la douleur a connu une évolution notable au fil des années. « Dans le passé, la prise en charge des malades se limitait essentiellement à assurer la sécurité des patients, sans se soucier réellement de la qualité du traitement de la douleur », a-t-il expliqué, soulignant qu'aujourd'hui la situation s'est nettement améliorée, même si elle n'a pas encore atteint le niveau souhaité. Le professeur Karroubi a rappelé que les premières avancées ont commencé avec la création de la Société algérienne d'évaluation et de traitement de la douleur, suivie par l'élaboration de recommandations nationales en 2016. Par ailleurs, une filière dédiée à la prise en charge de la douleur a été introduite dans le cursus universitaire en médecine, en attendant la création d'une spécialisation à part entière dans ce domaine. Cependant, certaines insuffisances persistent. Le spécialiste a notamment évoqué la nécessité de systématiser l'application des protocoles thérapeutiques antidouleur dans l'ensemble des établissements hospitaliers, en particulier pour la prise en charge de la douleur postopératoire. Concernant la douleur chronique, notamment celle liée aux maladies rhumatologiques et d'autres, il a plaidé pour une meilleure collaboration entre les différentes disciplines médicales, soulignant que ce type de prise en charge est aujourd'hui davantage assuré dans le secteur privé. Comparant la situation nationale à celle des pays développés, le professeur Karroubi a expliqué que la prise en charge de la douleur y constitue un véritable projet d'établissement dans les pays développés, disposant de moyens spécifiques et d'un personnel soignant dédié. En Algérie, cette mission repose essentiellement sur les anesthésistes-réanimateurs, qui devraient, selon lui, être davantage valorisés en attendant la création d'équipes spécialisées. Le spécialiste a également insisté sur l'importance de la prévention, avertissant qu'une douleur aiguë mal prise en charge peut évoluer vers une douleur chronique, laquelle peut persister même lorsque la cause initiale est traitée. D'où la nécessité, a-t-il souligné, d'une prise en charge rapide et adaptée. En conclusion, le professeur Karroubi a rappelé que le soulagement de la douleur est reconnu comme un droit depuis 2014, conformément aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé. Il a également précisé que, selon une enquête menée dans les trois pays du Maghreb, la prise en charge de la douleur se situe globalement au même niveau dans la région. |
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