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Chaque année, entre 1,5 et
2 milliards de dollars quittent les caisses de l'Algérie pour importer du
minerai de fer et de l'acier. Dans le même temps, à Tindouf, 1,7 milliard de
tonnes de minerai de fer à près de 59 % de teneur, certifiées par l'USGS,
dorment sous le sable depuis plus de soixante-dix ans. Ce paradoxe n'est ni
géologique ni technique : il est politique et stratégique.
Avec l'achèvement de la ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet (950 km, capacité cible 50 millions de tonnes par an), le temps des justifications est révolu. L'Algérie doit désormais choisir : produire son acier et bâtir une souveraineté industrielle, ou continuer à financer l'industrie des autres. Un minerai d'exception, un avantage comparatif décisif La teneur en fer de Gara Djebilet - 58 à 59 %, bien au-dessus de la moyenne mondiale des grands gisements (souvent 40 à 50 %) - place ce minerai parmi les plus attractifs pour la sidérurgie. Cette qualité réduit fortement les coûts d'enrichissement et augmente mécaniquement les marges. À un prix international de 130 USD la tonne, une production initiale de 3 millions de tonnes par an permettrait déjà de dégager près de 100 millions de dollars de profit net annuel, malgré des coûts estimés autour de 50 %. Cette richesse naturelle positionne l'Algérie non seulement comme pays auto-suffisant, mais comme fournisseur premium potentiel pour l'Afrique et l'Europe, tout en générant jusqu'à 2 milliards de dollars d'économies d'importations par an. Certes, des contraintes existent : un phosphore élevé ( 0,8 % à réduire à 00,3) et la présence d'arsenic imposent un traitement sur site, évalué entre 15 et 20 USD par tonne. Mais ces contraintes sont maîtrisées par la pelletisation locale, la nouvelle infrastructure ferroviaire et des partenariats industriels structurés dans le cadre de la règle 51/49. À long terme, avec une montée en puissance vers 40-50 Mt/an d'ici 2030, la viabilité économique demeure solide, même avec des prix du fer autour de 100 USD/t. Un marché intérieur immédiat, une valeur multipliée par huit Contrairement aux discours sceptiques, le marché existe déjà. Les complexes sidérurgiques de Tosyali (Arzew) et Bellara (Jijel) représentent à eux seuls 12 millions de tonnes de capacité annuelle. Et ils ne seront pas les seuls : d'autres producteurs émergeront autour de la mécanique, du bâtiment et des industries de transformation. Exporter du minerai brut à 100-130 USD la tonne serait une aberration. Une fois transformée en acier, la valeur est multipliée par huit, dépassant 800 USD la tonne. Chaque tonne non transformée localement est un emploi perdu, une chaîne industrielle brisée, une dépendance prolongée. Une cité minière pour rééquilibrer le territoire Gara Djebilet n'est pas qu'une mine : c'est un projet de peuplement et de développement national. La création d'une ville nouvelle à proximité du gisement - logements, écoles, hôpitaux, services - générera des milliers d'emplois directs et indirects. Tindouf, longtemps marginalisé, deviendra un hub logistique et industriel saharien, irriguant tout le Sud-Ouest algérien. Le rail public, financé majoritairement par l'État (environ 3,2 milliards USD), avec 8 trains minéraliers par jour, constitue l'ossature de cette renaissance. Ce choix est fondamental : les infrastructures stratégiques relèvent du budget de l'État, car elles servent plusieurs générations et structurent l'économie nationale. L'État bâtisseur, l'industrie créatrice de valeur L'État doit construire, planifier et sécuriser : rail, énergie, ports, cadre réglementaire. Le secteur productif - public et privé - transforme, exporte et crée de la valeur. Ce modèle fonctionne déjà : Tosyali exporte pour plus de 1,5 milliard USD d'acier par an. La Chine, premier consommateur mondial de fer, sécurise ses approvisionnements ; l'Algérie, elle, sécurise son industrie, son emploi et sa trajectoire post-hydrocarbures. Ce n'est pas une dépendance, c'est un rapport d'intérêts maîtrisé. Le choix national : acier ou dépendance Deux options sont sur la table : Produire : alimenter Tosyali, Bellara et les futurs complexes, bâtir une filière sidérurgique intégrée, créer une ville nouvelle dans le Sud et porter les exportations hors hydrocarbures au-delà de 50 %. Importer : laisser filer des milliards de dollars, maintenir la dépendance et rater un tournant historique. Gara Djebilet est un test de souveraineté économique. Les réserves sont prouvées, le rail est opérationnel, le marché existe. Il ne manque plus qu'une décision politique claire : faire du fer algérien l'acier de l'indépendance industrielle. L'Histoire ne jugera pas nos intentions, mais nos choix. |
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