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Profession de pharmacien: Le projet de décret fait toujours parler

par M. Aziza

Le projet de décret exécutif encadrant l'exercice de la profession de pharmacien, notamment en ce qui concerne l'installation et le transfert des officines, continue de susciter de vifs débats et des divergences.

Dans une déclaration au Quotidien d'Oran, à l'issue d'une rencontre avant-hier avec le SNAPO, le président du CNOP (Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens), le Dr Noureddine Mettioui, a affirmé que les deux organisations souhaitent engager des discussions directes avec le ministre de la Santé et les responsables du secteur autour de ce projet de décret exécutif, qui fixe les conditions et modalités d'exercice de la profession de pharmacien.

À ce titre, le président du CNOP a plaidé pour la mise en place d'une commission tripartite, ouverte, le cas échéant, à d'autres partenaires du secteur de la santé, qu'il s'agisse de syndicats ou d'associations professionnelles. « Il faut s'asseoir autour d'une table, en toute sérénité, et discuter de ce projet de loi, car il engage l'avenir de toute la profession », a-t-il déclaré.

Il a souligné que la profession pharmaceutique englobe plusieurs catégories, notamment les pharmaciens exerçant dans les domaines biologique, industriel et hospitalier, un large éventail qui ne saurait être ignoré. « On ne peut pas se limiter uniquement aux questions liées à l'installation ou au remplacement des officines », a-t-il insisté, rappelant que le décret, une fois adopté, sera appelé à régir la profession pour les vingt-cinq prochaines années.

Tout en saluant cette initiative, le Dr Mettioui a mis en garde contre toute précipitation. «Nous avons attendu près de trente ans pour la révision de ce texte. Arriver à ce stade est une avancée, mais il faut éviter d'aller trop vite », a-t-il estimé.

Le président du CNOP n'a pas manqué de remercier le ministre de la Santé pour avoir rouvert ce dossier, resté figé depuis la promulgation de la loi en 2018. « C'est le seul ministre qui a réellement réagi. Il est réactif et engagé. Toutefois, ce qu'on reproche est l'absence d'une réelle implication des organisations professionnelles de terrain dans la révision de ce texte », a-t-il souligné.

Par ailleurs, le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens réclame, en amont, l'élaboration d'un nouveau Code de déontologie solide. Selon le Dr Mettioui, le code actuellement en vigueur date de 1992 et ne correspond plus à l'évolution de l'exercice pharmaceutique. «Avec les transformations profondes qu'a connues la profession à tous les niveaux, ce code est devenu obsolète et totalement en décalage avec la réalité du terrain », a-t-il expliqué, appelant à sa révision avant l'adoption du décret encadrant la profession.

Il a également insisté sur la nécessité d'une réforme globale des textes et des modalités d'exercice de la profession, estimant que le contexte a profondément changé, notamment avec le développement du secteur pharmaceutique national. « Aujourd'hui, l'Algérie couvre près de 80% de ses besoins en médicaments grâce à la production locale et figure parmi les pays les plus avancés d'Afrique dans ce domaine », a-t-il rappelé.

Enfin, Dr Mettioui a mis en avant les atouts dont dispose le pays, soulignant que la politique de l'État, sous l'impulsion du président de la République, accorde une priorité stratégique à la production locale de médicaments. « Le médicament est un produit stratégique, et cette orientation constitue un levier majeur pour l'avenir du secteur pharmaceutique national », a-t-il conclu.

Réuni en session extraordinaire avant-hier le 3 février 2026 à Alger, le Conseil national du SNAPO a affiché son rejet catégorique de l'avant-projet de décret exécutif relatif à l'exercice du pharmacien.

Le syndicat a dénoncé à travers un communiqué rendu public hier la démarche unilatérale dans l'élaboration du projet de décret. Le syndicat estime que le texte constitue une menace pour l'avenir des officines et la sécurité sanitaire. Il exige l'ouverture urgente d'un dialogue direct, sérieux et transparent avec les représentants légitimes de la profession. Tout en évoquant la possibilité de recourir à tous les moyens légaux pour faire entendre leur voix, en cas d'absence de dialogue et de réactivité.