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Pour autant que Maduro serait un « dictateur », il appartenait à son peuple
de le déloger du pouvoir et de le soumettre à la justice du Venezuela, Etat
souverain. Aujourd'hui comme hier, nul n'a été mandaté (encore moins par le
Conseil de sécurité de lONU) pour accomplir ce forfait. Il est vrai que «
l'Amérique » a habitué le monde avec ses frasques : Viêt-Nam, Irak...
William Blum, ayant gravité dans l'Administration américaine en qualité de haut fonctionnaire, expose dans son ouvrage « l'Etat voyou » les intérêts de cette administration, voire de certaines couches et individualités localisées et liées aux grandes sociétés pétrolières et au complexe militaro-industriel américain (1). Force est d'observer que cette même administration monopolise (pour combien de temps encore ?) la violence à l'échelle planétaire sous le couvert de «mondialisation» et agit de façon fort belliqueuse depuis 1945 afin de mettre toutes les économies considérées comme périphériques sinon à genoux, à tout le moins tournant autour de sa galaxie... Ainsi pour atteindre ses objectifs, l'auteur rappelle que l'Administration américaine a été l'auteur de bombardements du Japon (bombe A sur Hiroshima et Nagasaki) et du Vietnam (un million de morts et vingt ans de destruction de ce pays). Elle a utilisé de l'uranium appauvri (qui est radioactif) lors de la guerre du Golfe qui contribue encore à ce jour à la naissance d'enfants handicapés et qui meurent de cancers en Irak, ainsi que des bombes à fragmentation. Il est vrai hélas que l'Amérique s'est bâtie dès l'origine sur la violence : massacre des Amérindiens dont les survivants ont été parqués dans des réserves et traite des Noirs devenus depuis Afro-américains qui n'ont eu de cesse de se battre pour leurs droits civiques. Ils attendent toujours des excuses publiques de l'Etat et une juste réparation pour tous les préjudices subis. Faut-il ainsi s'étonner de l'attitude de l'Etat fédéral étasunien de commettre, sous les yeux abasourdis et inaptes à réagir du monde (dont la Chine, la Russie...), le « rapt » de Maduro (président dont il appartenait au peuple vénézuélien, selon son bon droit, de le déchoir de son mandat et de le qualifier de « dictateur »). La force américaine, instrumentalisée par le pouvoir politique, repose sur son armée dont le budget annuel dépasse les 800 milliards de dollars (la Chine, en seconde position, y consacre quelques 200 milliards de dollars). L'impérialisme américain, nouvelle Rome, impose par d'apprentis César, sa paix « la pax americana » aux peuples dans l'intérêt de son complexe militaro-industriel et, en l'occurrence, particulièrement les compagnies pétrolières américaines sachant que le Venezuela est présenté comme le premier pays par ses gigantesques ressources en pétrole. Pour autant que l'Amérique et ses dirigeants se sentiraient obligés d'intervenir par la force dans le monde, encore faudrait-il exciper d'un quelconque mandant de l'Assemblée générale des Etats de l'ONU (et, à tout le moins, avec l'accord express du conseil de sécurité) et, selon le droit interne, encore faudrait-il l'aval du Congrès américain non consulté en l'espèce d'autant que cette hasardeuse opération est de nature à devenir un dangereux précédent pour l'équilibre du Monde. Il est vrai qu'à la suite de l'envahissement de l'Irak par l'Amérique, la Libye subit le même sort de la part de la France (indépendamment de ce que pensent les citoyens de ces deux pays de leurs dirigeants qui n'étaient pas forcément adulés, pas plus d'ailleurs que les dirigeants américains par leurs concitoyens au nom de valeurs démocratiques). Ce qui d'évidence ne pourrait qu'être en parfaite contradiction avec les principes du droit international devenu au fil du temps une passoire et faisant l'objet de moult transgressions par cette même Amérique. Ainsi, le fait le plus emblématique, le cas de l'Irak. Quel que soit le sentiment éprouvé par les Irakiens eux-mêmes à l'endroit de Saddam Hussein, l'Irak a subi un assaut furieux sur la base d'un mensonge éhonté d'Etat, sans aucune inquiétude d'une quelconque Cour pénale internationale. Les Etats-Unis sont pour quelque chose dans le chaos du monde alors même que la chute du nazisme préfigurait enfin l'émergence d'un monde libre et multipolaire où pouvait régner l'espoir d'une vie meilleure, expurgée de la violence et facilitée par l'accès pour tous à l'école, le travail, le logement, la santé... à un moment où la Terre (petit point dans le vaste Univers) est gravement menacée comme ne cessent d'en aviser les experts en écologie. D'autres exemples de ce que l'Administration américaine considère sans doute comme son arrière-cour faisant fi de leur souveraineté : les pays d'Amérique latine. Selon le New York Times cité par « La Presse » du 04/12/2026 voici quelques exemples de changements de régime par la force en Amérique latine. En 1898, à Cuba, la guerre hispano-américaine de 1898 a donné lieu à plusieurs interventions américaines en Amérique latine, en particulier à Cuba. En 1912, au Nicaragua qui était en révolte contre son président de droite et pro-américain lorsque les Marines débarquèrent dans le pays dans le but déclaré de protéger les actifs américains. En 1914, au Mexique qui était en proie à des convulsions politiques fomentées par son voisin du Nord. L'année précédente, les États-Unis avaient orchestré un coup d'État pour renverser un président mexicain au profit d'un remplaçant plus pro-américain... En 1915, à Haïti, après l'assassinat du président haïtien Vilbrun Guillaume Sam (qui venait de faire exécuter 167 prisonniers politiques), le président Wilson fit débarquer les Marines dans le pays (..). Or, l'instabilité avait été empirée par les actions des États-Unis, comme la saisie des réserves d'or haïtiennes pour rembourser ses dettes. En 1915, au Mexique, les États-Unis s'étaient retournés contre Pancho Villa... et fournissaient le transport ferroviaire aux forces anti-Villa. En 1983, à Grenade, les États-Unis ont accusé le gouvernement de la Grenade petit pays insulaire au large du Venezuela de construire un aéroport qui permettrait à l'URSS de projeter sa puissance dans la région. En 1989, au Panamá, le général Manuel Noriega, chef militaire du Panamá, entretenait des liens de longue date avec George H. W. Bush, qui allait être élu président. Des années 1960 aux années 1980, les États-Unis ont payé Noriega pour qu'il nuise aux sandinistes au Nicaragua et aux révolutionnaires du Front Farabundo Martí de libération nationale au Salvador. En 1994, à Haïti, soixante ans après leur première intervention en Haïti, les Marines sont revenus après que le président Bill Clinton eut ordonné à l'armée américaine de rétablir le président Jean-Bertrand Aristide qui avait été démocratiquement élu puis rapidement renversé (4). Et, pour autant, que cette Amérique (en réalité son Administration gouvernante) se sentirait l'âme de gendarme du monde, pourrait-elle se permettre une incursion en Chine et en Russie par exemple ? Pourrait-elle empêcher ces pays, qui se sentiraient légitimés par l'exemple américain, de perpétrer à leur tour « rapt » et autres incursions dans les pays limitrophes ? Dans ces conditions, que ne se chargerait-elle de régler la question palestinienne ? En effet, plus que jamais, la cruelle actualité interpelle la conscience humaine quant à la récurrence de cette question. L'Amérique n'y voit-elle pas un peuple privé de sa terre natale ? On y observe plutôt l'appui militaire, diplomatique et économique des pays les plus en vue de l'Occident dont les Etats-Unis d'Amérique à l'adversité installée depuis 1948, le martyr palestinien ayant commencé le 2 novembre 1917. Un certain Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères s'il en fut qui, dans une lettre ouverte, a pu écrire : «Le gouvernement de Sa Majesté voit favorablement l´établissement d´un foyer national juif en Palestine». La « Perfide Albion » ! Ce, à un moment où l´ONU adopta la résolution 181 partageant la Palestine en un État juif (56% des territoires pour seulement un tiers des habitants Juifs et le reste -48% des terres- pour les deux tiers d'habitants arabes), avec un statut international pour Jérusalem. Pour les Palestiniens, ce fut la Naqaba, la catastrophe. Cest la destruction de leur société et de leurs villages suivie de l´exil de la grande majorité de la population. Et pourtant en Palestine, et ailleurs dans les pays arabes du Machrèk comme du Maghreb, la communauté juive vivait paisiblement avec les Arabes de façon générale et les Palestiniens de façon particulière (les Juifs ont été accueillis en terre d'Islam après leur expulsion par Isabelle la Catholique. La guerre de 1948 a entraîné 800.000 expulsés (plus de la moitié de la population arabe de Palestine) et des villages entiers ont été effacés de la carte de la Palestine (plus de 500). Ceux qui ont pu échapper à l'expulsion vivent aujourd´hui avec leurs descendants une colonisation condamnée par les instances internationales comme par les Etats. Tout comme les peuples d'Amérique latine et du Proche-Orient (Irak notamment), le peuple palestinien continue de souffrir le martyr du fait du sentiment de culpabilité des pays occidentaux sur lesquels un magistère moral est exercé en permanence par des groupes de pression à un moment où l'Amérique prodigue une énorme aide de toutes natures à son protégé sacré gendarme du Proche-Orient (chaque année quelque cinq milliards de dollars) et autres livraisons d´armes avec appui diplomatique garanti inconditionnellement, ainsi qu'une impunité absolue dénoncée pourtant à partir des territoires occupés. Ainsi, Ilan Pappé, dont l'un des ouvrages est paru sous le titre : «Le Nettoyage ethnique de la Palestine» ne manque pas de le souligner : «Quand la propagande israélienne répète inlassablement que «les Arabes sont partis d´eux-mêmes» à l´appel de leurs dirigeants, il s´agit d´un mensonge fondateur destiné à masquer le crime qui s´est déroulé, il y a 60 ans» (2). Certains journalistes ne sont pas en reste ; l'un d'eux écrit: «Deïr Yassin, c´est ce paisible village que les groupes juifs terroristes Etzel et Lehi avaient attaqué, le 9 avril 1948, en massacrant toute la population : hommes, femmes et enfants. Je ne rappellerai pas ici l´histoire sanglante des oreilles tranchées, des entrailles répandues, des femmes violées, des hommes brûlés vifs, des corps jetés dans une carrière, ni la parade triomphale des meurtriers» (3). Et que dire alors de Sabra et Chatila ? De l'invasion du Liban et des massacres actuels de la population palestinienne de Ghaza (enfants, femmes et vieillards...) ? Alors comment faire la paix dans le monde ? En devenant le gendarme du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? En ignorant, avec arrogance, les principes de ce qui reste du droit international ? En imposant une pax americana ? Sous le coup de boutoir des « opérations» irakienne, libyenne, vénézuélienne..., l'ordre international qui se dessine ne prête guère à l'optimisme. Faut-il s'attendre à d'autres «rapts» qui auraient pour théatre la Chine, la Russie, l'Iran... hors Amérique latine ? Prélude à une troisième guerre mondiale ? Notes : 1/ William Blum : L'Etat voyou, éditions Parangon, cité dans ma contribution : «L'Irak : les leçons d'une agression» in El Watan du 6 avril 2008 2/ Ilan Pappé : Le Nettoyage ethnique de la Palestine (Ed. Fayard, Paris). 3/ Israël Shamir: Les chasseurs de vampires Jaffa, le 14 mars 2001 (cité par L'Expression du 12 Mai 2008). 4/https://www.lapresse.ca/international/2026-01-03/petite-histoire-des-interventions-americaines-en-amerique-latine.php |
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