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Chez nous, c'est dans le
brouhaha et le lancement de pétards qu'on célèbre, plusieurs jours à l'avance,
les fêtes religieuses et le Nouvel an, avec tout ce que cela impacte comme
risques et désagréments sur les personnes et les biens !
Les lanceurs d'alerte ont déploré la « mise sur le marché » de produits de plus en plus nocifs ; outre leur dangerosité sur les personnes, ces pétards et autres feux d'artifice peuvent causer d'énormes dégâts sur les habitations. En effet, ce ne sont pas moins de 6.000 personnes, en majorité des enfants, qui sont transférées, bon an mal an, aux urgences des hôpitaux. Le professeur Khiati et beaucoup d'autres intellectuels sensibilisés sur les risques découlant de l'utilisation des pétards et autres jeux pyrotechniques, en principe interdits d'entrée sur le territoire national, n'ont eu de cesse d'interpeller les autorités compétentes à l'effet de prendre toutes les mesures de sauvegarde de la population et de ses biens. Par le passé, des stocks gigantesques ont été découverts dans un local de la basse Casbah d'Alger, grâce à la police qui agissait suite à un appel d'un citoyen, mû certainement par son sens civique. On n'ose pas imaginer le contour du désastre si de tels produits se seraient enflammés pour éclater en pleine concentration urbaine, comme cela s'est produit en Chine, par exemple, où une ville entière a sauté, ce qui a causé la mort de milliers d'individus. Un désastre ! Rien que pour éteindre l'incendie, des centaines et des centaines de pompiers et leurs matériels ont été mobilisés. Les dégâts ont été tout de même inchiffrables ! Quant aux risques sur la santé publique causés par les pétards, tout le monde les connait, même si certains s'interrogent sur la composition chimique des produits, rappelons-le introduits frauduleusement, allant jusqu'à parler de virus et autres microbes «fourrés » sciemment dans les fumigènes par exemple, dans une volonté de nuire au pays. Comme on le voit, il y a matière à inquiétude et des experts en sécurité publique viennent à leur tour de tirer la sonnette d'alarme pour demander aux autorités d'agir et vite ! Bien sûr les forces de sécurité veillent au grain; il n'empêche qu'on reste incrédules devant l'énormité des stocks explosifs qui sont exposés et écoulés partout dans le pays. Mais, dans ce climat des plus anxiogènes, il existe paradoxalement «des compatriotes » qui se frottent les mains à l'idée des fortunes qu'ils amassent. Les marchandises exposées par des « gros bras » atteignent jusqu'à 300 à 600 millions de centimes. Et ce n'est que la partie la plus visible de l'iceberg ! On parle aussi de 10 à 15 barons des pétards et autres jeux pyrotechniques ! Les vendeurs et les petites mains se comptent par milliers, ce qui a fait dire (paradoxalement) à Tahar Boulenouar, le SG de l'Union des Artisans et Commerçants Algériens « qu'il faut libérer cette activité de commerce des pétards au regard du manque à gagner de l'Etat ; les vendeurs, dit-il, brassent environ 300 % de bénéfices nets, alors que les importateurs se targuent de réaliser quelque 10 milliards de dinars voire plus dans cette activité ».Une vraie martingale, dans l'informel ! Le gouvernement, bien sûr, ne l'entend pas de cette oreille : il envisage, d'ailleurs, de sanctionner sévèrement les contrevenants à l'interdiction d'importation des produits pyrotechniques et il a eu à le rappeler à l'occasion de l'établissement des lois de finances passées qui ont proposé de durcir les sanctions qui peuvent aller jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour les contrevenants. Notons que l'importation de tels produits est punie aussi d'une amende égale à deux fois la valeur des marchandises confisquées et d'une peine d'emprisonnement de 6 mois à 5 ans, selon l'article 33 de ladite loi de finances. Il faut rappeler aussi que l'importation des articles pour feux d'artifice, fusées de signalisation ou paragrêles et similaires, pétards et autres articles de pyrotechnie est passible des mêmes sanctions que l'importation des armes, munitions et explosifs. L'activité consistant à vendre les pétards et autres produits pyrotechniques n'étant ni reconnue ni recensée par l'administration du Centre National du Registre du Commerce à en croire son directeur général, les plus sceptiques et autres anxiogènes parmi nous peuvent se tranquilliser dès lors, qu'en cas de dépassement, force restera à la loi ! Que reste-il alors aux pouvoirs publics, sinon d'intervenir et non pas se contenter, comme au ministère de la Santé, de rendre public un communiqué, après coup, pour dire que « l'usage des pétards représente un danger réel, que ce sont les enfants qui s'y adonnent et que les aînés doivent faire attention aux plus jeunes » ! Et les résultats ne se sont pas fait attendre, à en juger par les saisies effectuées par les services de sécurité et les douanes ; ils ont fait de l'année 2025, une année de lutte intensive contre le commerce illicite de produits pyrotechniques, avec le bilan non-exhaustif ci-dessous: - Plus de 2,5 millions de pétards ont été saisis par l'ensemble des forces de l'ordre à travers le pays en septembre 2025. - Les services douaniers ont intercepté 968 053 unités de pétards et jeux pyrotechniques au cours de l'année. - Saisie record à El Oued : Une opération de la Gendarmerie nationale a permis de saisir plus de 1,23 million d'articles pyrotechniques. - Constantine (Ali Mendjeli) : La police judiciaire a démantelé un réseau de contrebande avec la saisie de plus de 600 000 unités et l'arrestation de 7 individus. - Alger : Au cours du seul mois d'août 2025, environ 184 574 unités ont été saisies dans la capitale. Des opérations spécifiques ont également eu lieu à Bab El Oued (74 000 pièces). En parallèle, ces mêmes services ont renforcé les contrôles au niveau des barrages routiers et des frontières pour stopper l'approvisionnement des marchés informels. Signalons enfin, que les individus impliqués dans ces trafics font l'objet de poursuites pénales pour contrebande et mise en danger d'autrui. Conclusion Dans ce contexte marqué par la prolifération inquiétante des pétards et autres produits pyrotechniques, le rôle du ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Said Sayoud, apparaît plus que jamais central et déterminant. Chargé constitutionnellement du maintien de l'ordre public, de la sécurité des personnes et de la protection des biens, il lui revient de coordonner l'action des forces de sécurité, de renforcer les dispositifs de contrôle et de veiller à l'application stricte des lois en vigueur. Les importantes saisies enregistrées en 2025 témoignent,tout de même,d'une mobilisation réelle des services placés sous son autorité, traduisant une volonté ferme de l'État de faire face à ce fléau qui met en péril la tranquillité publique et la sécurité collective. Toutefois, au regard de l'ampleur du phénomène et des risques encourus, cette lutte doit s'inscrire dans la durée, avec une vigilance accrue à l'approche des fêtes, le Nouvel an en l'occurrence, et des sanctions dissuasives à l'encontre des contrevenants. À ce titre, l'action résolue de ce ministre demeure un pilier essentiel pour garantir la sérénité des citoyens, et rappeler que nul ne peut prospérer durablement en bafouant la loi et en mettant en danger la vie d'autrui, au motif fallacieux de faire la fête. *Ancien Cadre Supérieur de l'Etat |
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