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Education : Appel à des sanctions contre les fraudeurs au bac

par M. Mehdi

La fraude généralisée dans certains centres d'examen du bac, dans sa cuvée de 2013, n'est pas de nature à entamer la crédibilité de cette épreuve, mais le ministère de l'Education nationale doit « agir vite » et donner en exemple ceux qui ont osé tricher et créer une situation inédite, selon Meziane Meriane, coordinateur national du Snapest.

« Ce que nous avons vécu au baccalauréat 2013 ne s'est jamais produit depuis l'indépendance. C'est une situation inédite qui mérite qu'on s'y attarde et qu'on comprenne la véritable portée et les conséquences fâcheuses qui peuvent en découler à l'avenir». C'est avec une grande amertume que le responsable du Syndicat national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (Snapest) s'exprime sur le sujet. Pour M. Meriane, les évènements du bac de cette année traduisent «un fait de société». «Les gens sont avides de réussite et d'enrichissement, du jour au lendemain, sans effort. C'est exactement ce que traduit l'attitude des élèves. Ils veulent réussir leur bac sans travailler, sans veiller, sans donner de leur temps», dit-il.

Selon lui, cette «projection d'un fait de société» dans la sphère de l'école a été également renforcée par les «innombrables concessions faites par le ministère de l'Education nationale». «A chaque fois que les lycéens sortent dans la rue, la tutelle cède devant leurs exigences. Ils ont demandé la suppression de l'approche par compétence, ils l'ont obtenu. Ils ont manifesté pour fixer un seuil pour les cours pris en compte lors de l'examen du bac, ils ont eu ce qu'ils voulaient. Voilà dans quel environnement on met nos élèves. Celui de la facilité», ajoute encore notre interlocuteur.

Pour Meziane Meriane, la «ligne rouge» a été atteinte. Il faut, dit-il, que «la discipline règne» et c'est au ministère de la «faire régner» en «sanctionnant rapidement» les auteurs de la fraude au bac de cette année, «comme c'était le cas à Staoueli» où les sujets ont été résolus «collectivement». A noter, selon M. Meriane, dans certains cas «il y a eu usage d'armes blanches» pour «intimider les enseignants qui surveillaient au bac».

L'enseignant n'a-t-il pas sa part de responsabilité ? «C'est sans doute vrai», nous répond le coordinateur national du Snapest, «c'est un élément parmi d'autres qui constituent l'environnement qui influe sur les élèves». Mais pour Meriane, ce qui s'est passé «ne peut pas remettre en cause la crédibilité du baccalauréat 2013», à condition que «le ministère prenne immédiatement les mesures qui s'imposent, et non pas rechercher la paix sociale à tout prix». A propos de l'idée de revenir au «système de rachat», notre interlocuteur s'est montré très prudent. «Ça va engendrer d'autres problèmes dont celui de l'achat des notes pendant l'année scolaire. Si nous devions revenir au système de rachat, comme le réclament certains, ça doit se faire sous trois conditions. La première c'est de comptabiliser uniquement les notes moyennes des matières essentielles au bac. La deuxième c'est de prendre en compte la discipline pendant tout le cycle secondaire des élèves concernés par le rachat. Et la troisième condition concerne les absences. C'est seulement avec ça qu'on pourra racheter uniquement les élèves qui le méritent», conclu Meziane Meriane.

LA FEDERATION DES PARENTS D'ELEVES MONTE AU CRENEAU

De son côté, par la voix de son président, la président de la Fédération nationale des associations de parents d'élèves, Hadj Bachir Dalalou, a appelé jeudi à une «enquête approfondie» pour «déterminer les responsables» à l'origine des incidents qui ont marqué le déroulement des épreuves de philosophie à travers un certain nombre de centres d'examen. M. Dalalou a également réclamé des «mesures concrètes et efficaces étant donné la campagne de désinformation observée sur le réseau Facebook qui a induit les candidats en erreur». «S'il y a des gens qui peuvent traiter nos enfants d'une telle manière, c'est qu'ils sont partisans de l'anarchie et veulent pêcher dans des eaux troubles», a-t-il indiqué. Pour lui, les sanctions permettront de mettre «un terme à ce genre de comportements» qui se produisent pour la première fois dans l'histoire du système éducatif national. Il a estimé que les élèves «ont été induits en erreur car les sujets de philosophie posés n'ont absolument pas dérogé au programme scolaire», a-t-il soutenu. Hadj Dalalou a également suggéré «l'interdiction des téléphones portables dans les centres d'examen», et de «mettre définitivement fin au système du «seuil» (des leçons, ndlr) qui a semé un climat de dépendance et d'irresponsabilité». Il a toutefois rappelé l'impératif d'alléger les programmes et les volumes horaires pour permettre aux élèves de terminer leurs programmes avant la fin de l'année scolaire pour faciliter les révisions aux élèves.

L'ONEC ENQUETE

Pour rappel, le secrétaire général de l'Office national des examens et concours (ONEC), Aissa Mirazi, avait annoncé mercredi dernier que l'Office avait décidé «d'ouvrir une enquête sur les incidents qui ont émaillé le déroulement du 3ème jour de l'examen du baccalauréat». Joint par téléphone, M. Mirazi a indiqué à l'APS que ces incidents «isolés» signalés dans quelques centres d'examen situés dans un «nombre restreint» de wilayas sont le fait de candidats «perturbateurs» ayant prétendu que les sujets du baccalauréat n'avaient aucun rapport avec le programme de l'année. A propos des trois sujets facultatifs de l'examen de philosophie des séries Lettres et Sciences humaines et Lettres Philosophie, le SG de l'ONEC a estimé qu'ils «n'ont pas dérogé au programme officiel, contrairement aux allégations de certains candidats qui, juste après avoir pris connaissance des feuilles d'examen, se sont comportés violemment en cassant des chaises et des tables et tenté même d'agresser les surveillants chargés d'encadrer l'examen, ce qui a nécessité l'intervention des agents de sécurité». Pour M. Mirazi, ce qui s'est passé «n'a nullement influé sur le cours de l'examen du baccalauréat».