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Hommage à Shirine Abou Aklah

par Ghania Oukazi

De jeunes Algériens ont comme tenu à ramener Shirine Abou Aklah en Algérie à travers un hommage qu'ils lui ont rendu pour marquer le quarantième jour de son assassinat.

L'âme de ce que les Palestiniens appellent «la martyre de l'humanité» ou «la martyre de la cause (palestinienne)» semblait planer mercredi soir dans l'enceinte de Dar Abdeltif à Alger. C'est dans cette belle villa, siège de l'AARC (Agence algérienne pour le rayonnement culturel), qu'une association culturelle de jeunes Algériens a tenu à commémorer le 40ème jour de la mort de la journaliste palestinienne, correspondante d'Al Jazeera pendant 25 ans. Son âme, on la sentait à travers le grand poster qui était projeté sur un écran dressé pour la circonstance, où à travers chacun des deux chiffres 4 et 0 (40) apparaissait son visage souriant. On la sentait aussi sur son portrait illuminé par de nombreuses bougies et placé au bout du jardin. La cérémonie a commencé par la projection d'une de ses interviews où elle décrivait les pires des difficultés pour faire entendre la voix des Palestiniens sous l'occupation de l'entité sioniste. Des moments forts qu'elle a certes emportés avec elle mais durant lesquels elle portait haut et fort la voix de ses concitoyens et de leur cause à travers le monde. «L'événement le plus marquant est lorsqu'on est entré dans la prison d'Askalane où de nombreux Palestiniens y sont incarcérés depuis des décennies mais dont on a réussi à porter la voix au monde extérieur», disait-elle dans le documentaire.

C'est aux premières heures du matin du 11 mai dernier que le monde entier s'est réveillé sur l'effroyable nouvelle de son assassinat par l'entité sioniste dans une ruelle isolée, non loin du camp des réfugiés, à Jenin. Shirine rapportait encore et toujours les affres vécues par les Palestiniens dans cet endroit du monde où l'armée sioniste exerce comme dans l'ensemble des territoires occupés les pires des exactions et les atteintes monstrueuses aux droits humains.

Un assassinat programmé

Un tireur d'élite de l'armée israélienne a visé avec une précision calculée au millimètre près le lobe de son oreille pour lui fracasser le crâne. Ce jour-là, il n'a servi à rien à la journaliste de porter un casque et un gilet pare-balle. L'assassin avait bien programmé son crime. Il n'était pas question pour lui de rater sa cible. Tombée à même le sol, Shirine était morte sur le coup. L'armée israélienne avait même empêché les Palestiniens de porter le cercueil de la martyre pour l'enterrer dans un cimetière de sa ville natale, El Qods. Même morte, les militaires israéliens avaient peur que Shirine leur tient tête comme elle avait l'habitude de faire en portant la voix de ses compatriotes à travers le monde. Sa voix s'est tue laissant derrière elle un peuple auquel les Etats modernes et leurs courtisans, ceux qui leur sont serviles, tournent le dos.

A la villa Abdeltif, les choses se mettaient en place sous les airs de chants patriotiques palestiniens. Ya dharif etoul, Ana falestini, El Qods, Jafra, Ouine aa Ramallah… Mawtini joué sur les notes d'un oud (luth) par un artiste algérien… Quelques gouttes de pluie, un début de soirée frais même si l'été est là.

C'est en collaboration avec le Centre national cinématographique algérien (CNCA) et le bureau culturel de l'ambassade de l'Etat de Palestine à Alger que l'association a diffusé «Palestine Stéréo», un film que le réalisateur palestinien Rachid Mashrawi a bien voulu envoyer à Alger pour cette commémoration. C'est la galère de deux frères, natifs de Jenin, l'aîné a perdu son épouse -Angham- lors d'un bombardement israélien et le second en est devenu sourd-muet. Ils veulent fuir le désastre en postulant à l'immigration au Canada. Ils viennent à Ramallah pour déposer leur demande mais les services de l'immigration leur exigent une grosse somme d'argent. Ils reprennent alors leur travail, le temps, disent-ils, d'avoir le montant requis. Miled, surnommé Stéréo parce qu'à Jenin, il chantait et dansait dans les mariages, assure la sonorisation aux discours de responsables politiques, Sami, le plus jeune, le sourd-muet, l'électricien, se transforme en technicien des équipements nécessaires.

«Palestine stéréo»

Tout est dit dans le film, tout ce qui fait la cause palestinienne, l'occupation sioniste, l'Etat terroriste, les massacres, les bombardements, les assassinats, les martyrs, les prisonniers par des décisions administratives ouvertes, les massacres, Jenin, Sabra et Chatila et Kana (Liban), Kafr Kacem, Rafaa…., les accords d'Oslo, l'intifadha, le droit au retour, la mal-vie, les familles brisées, décimées, le mur de séparation, la destruction des habitations des Palestiniens, l'arrachage d'oliviers millénaires, l'expulsion des Palestiniens de leurs terres, les trahisons du monde arabe, les fractures politiques inter-palestiniennes, la MINURWA, les résolutions de l'ONU, 242…94…

Le film se termine par une note d'espoir, de combat, de résistance, de patriotisme, d'un peuple digne qui lutte les mains nues contre une force nucléaire soutenue par toute «la communauté internationale».

Du bureau d'Al Jazeera à Ramallah, des collègues à Shirine se sont adressés à travers le grand écran aux invités de Dar Abdeltif, aux Algériens, pour les remercier de leur solidarité et de leur soutien au peuple palestinien. Du bureau de Shirine où trônaient nombreux de ses portraits entourés de bouquets de fleurs, le journaliste Walid Al Oumari a raconté sa collègue en des propos très touchants. L'on apprend que son bureau deviendra dans si peu un musée où seront exposés tous les objets qui ont fait de Shirine la voix des opprimés palestiniens, des damnés de la terre, les oubliés de la légalité internationale et du droit à la vie. Al Oumari rappelle que les Palestiniens réclament toujours une enquête internationale. Pour que nul n'oublie.

L'assistance à la villa Abdeltif, des Algériens et des ressortissants palestiniens dont l'attaché culturel à Alger, a été conviée à signer le registre de condoléances que les représentants de l'association algérienne ont prévu d'envoyer à la famille de Shirine Abou Aklah à El Qods.