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Un fleuron de l'industrie nationale menacé de disparition: Le PDG de Bya Electronic: « Notre situation est difficile, mais facilement redressable »

par Entretien Réalisé Par Sofiane M.

Bya Electronic, première société privée ayant investi dans l'industrie de l'électroménager en Algérie, se trouve aujourd'hui dans une situation critique suite à la décision de la banque étatique CPA de mettre à exécution la vente de ses actifs pour le recouvrement des garanties. Le montant et l'origine de ce prêt bancaire, estimé à 660 millions de dinars par la CPA, est contesté par le PDG de Bya Electronic qui réclame l'annulation de tous les intérêts et les agios réservés depuis 2018 par l'emprunteur.

Le PDG de Bya Electronic, Aït Yalla Slimane, revient dans cet entretien exclusif sur les tenants et les aboutissants de cette affaire qui menace l'existence même de sa société. Bya Electronic, qui a pourtant résisté à presque toutes les épreuves depuis sa création au début des années 1990, est-t-elle condamnée aujourd'hui à être bradée aux enchères publiques comme un simple tas de ferraille ?

Le Quotidien d'Oran: Pouvez-vous Monsieur Aït Yalla Slimane nous résumer brièvement la genèse et les faits ayant finalement abouti à cette situation difficile pour l'une des premières sociétés privées de l'industrie de l'électroménager en Algérie ?

Aït Yalla Slimane: Bya Electronic Spa a connu ses débuts en novembre 1990. J'avais obtenu de la daïra d'Arzew trois lots d'une superficie globale de 8.000 mètres carrés pour installer ma première usine. Le site en question était une ancienne carrière de tuf complètement dévastée. L'investissement a débuté dans des conditions très difficiles en raison de la situation sécuritaire qui prévalait dans les années 1990. En dépit de toutes les difficultés, j'ai investi avec des fonds propres pour la construction de ce complexe avec l'aide de mon frère et ce n'est qu'en 2004 que nous avons pu obtenir notre premier prêt bancaire auprès de l'agence 422 de la banque CPA à Arzew.

Nous avons eu recours au prêt pour conforter notre partenariat avec Thomson France. Le montant initial du prêt a permis le financement de l'achat d'une usine ultramoderne de fabrication et montage CKD/SKD. Cet investissement a permis à notre entreprise de bénéficier du transfert de technologies et de l'intégration conséquente en matière de process électronique.

L'avenir semblait très prometteur pour l'industrie locale d'électroménager, en général, et pour notre entreprise, en particulier, mais dès le début des années 2000 tout a basculé suite à l'ouverture du commerce extérieur. L'Algérie a pris un virage déterminant avec l'ouverture des importations tous azimuts ce qui a eu pour conséquence la déstructuration de l'économie algérienne et la chute drastique de la valeur de la monnaie nationale. Cette dévaluation du dinar a nécessairement occasionné une perte colossale dans le change. Du jour au lendemain, le dinar a chuté de 10 fois sa valeur. Les investisseurs algériens ont subi cette situation comme une catastrophe. C'était un vrai tsunami pour l'économie nationale et l'Etat n'a presque rien fait pour amoindrir l'impact de cette dévaluation de la monnaie nationale qui continue à ce jour de perdre sa valeur (-21% durant la seule année 2021). Bya Electronic, à l'exemple de toutes les entreprises nationales, publiques et privées, a été affectée par cette conjoncture économique. Cependant le pire était à venir avec la crise sanitaire liée au Covid-19 qui a eu des conséquences désastreuses sur l'économie mondiale et dont les répercussions se font sentir à ce jour avec l'explosion des coûts de fret maritime. Bya Electronic se trouve aujourd'hui dans cette situation difficile non pas à cause d'une mauvaise gestion ou d'un manque de performance, mais suite à une administration hasardeuse de l'économie nationale, durant le règne de l'ex-résident algérien, et l'accumulation de facteurs exogènes. Notre complexe industriel est à l'arrêt depuis juin 2021. Le recours au chômage technique a été décidé par l'assemblée générale des travailleurs en raison d'une saisie-arrêt par la banque CPA sur tous les comptes bancaires de la société. Nous nous sommes retrouvés ainsi dans l'impossibilité de continuer d'exercer et de ce fait l'arrêt du complexe était inévitable.

Q.O.: Comment voyez vous l'avenir de votre entreprise ? Y a-t-il un espoir de sauver votre complexe et de sauvegarder les postes d'emploi ?

Aït Yalla Slimane: Je reste optimiste et profondément convaincu que c'est toujours possible pour Bya Electronic de rebondir. La situation de mon entreprise est difficile mais facilement redressable vu les capacités humaines et matérielles dont nous disposons.    Notre entreprise dispose surtout d'une grande expérience et d'un savoir-faire dans le marché extérieur et aujourd'hui après la promulgation dans le Journal officiel des facilitations avec la zone africaine qui ouvrira plus d'opportunités en matière d'exportation pour notre entreprise il est inconcevable de faire table rase et rater une telle occasion pour relancer notre industrie d'électroménager et prendre d'assaut les marchés africains. Le discours de décembre 2021 du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors duquel il a ordonné au gouvernement de débloquer tous les projets d'investissement à l'arrêt pour des raisons « purement bureaucratiques », m'a donné espoir de reprendre le combat pour relancer le complexe industriel de Bya Electronic. Ma démarche est motivée par un fervent sentiment patriotique et une volonté de préserver les postes d'emploi des travailleurs.

Q.O.: Votre optimisme à toute épreuve est tout à votre honneur, mais croyez-vous qu'il est possible de sauver votre entreprise endettée et menacée de saisie par la banque ?

Aït Yalla Slimane: Votre question, qui semble justifiée, me permet de revenir en détail sur cette affaire de dette. Le montant de la dette de Bya Electronic, qui est largement surestimée par la banque CPA, est en vérité insignifiant par rapport aux capacités financières de notre entreprise et la valeur vénale du complexe industriel. La banque CPA estime cette dette à 660 millions de dinars, alors qu'en réalité le montant de cette dette ne dépasse guère les 220 millions de dinars. Le chiffre d'affaires annuel du complexe industriel de Bya Electronic est de 140 milliards de cts de quoi permettre de rembourser aisément tout le montant de cette dette. La valeur vénale du complexe industriel dépasse également les 200 milliards de cts. Je possède ainsi toutes les garanties pour rembourser cette dette « surestimée ». Je continue de contester la valeur de cette dette et son origine et une contre-expertise semble désormais nécessaire.

Q.O.: Est-ce que vous avez épuisé toutes les voies de recours, avec votre banque, pour trouver une solution à l'amiable pour le rééchelonnement de votre dette ?

Aït Yalla Slimane: J'ai adressé plusieurs courriers au directeur général de la banque CPA avec tous les documents administratifs et financiers (Bilan 2018-2019-2020, rapport d'expertise, Business Développement…) pour expliquer les contraintes subies par la Spa Bya Electronic et exiger la reprise de la notification d'accord CC/Dg du 15 novembre 2018 du comité des crédits de la banque CPA (Réf-CPA-HA/F1/N°1809/2018) non appliquée à ce jour. Il faut savoir que le contact fut permanent avec le CPA et c'est le 15 novembre 2018 que le comité de crédit de cette banque a donné son accord pour la consolidation de notre dette et son retraitement sur 5 ans sans différé.

Cet accord n'a malheureusement jamais été exécuté par la banque. Nous demandons désormais au CPA d'annuler tous les intérêts et agios réservés depuis 2018 (date à laquelle nous reçûmes la notification de consolidation de l'ensemble de notre dette sur cinq ans) et nous exigeons la restitution de nos crédits de fonctionnement à hauteur de notre chiffre d'affaires moyen c'est-à-dire un milliard de dinars conformément aux règles prudentielles. Nous réclamons également une période de différé de trois ans ou au moins deux ans pour nous reconstituer une trésorerie nécessaire à la reprise du remboursement de notre dette.

Q.O.: Un dernier mot pour finir Monsieur Aï Yalla Slimane ?

Aït Yalla Slimane: Bya Electronic est une société citoyenne ayant employé de manière régulière durant 32 ans une moyenne de 200 salariés (postes directs). Elle a été primée à maintes reprises et elle est la seule dans son domaine en Algérie à être certifiée depuis 2013 de trois labels de qualité par le bureau européen (Vinçotte): ISO-9001, Iso-14 001 et OHAS-18 001. Ces labels de qualité permettent à notre entreprise d'exporter même en Europe. Nous avons les capacités humaines et matérielles ainsi que l'expérience nécessaire pour commencer immédiatement les exportations vers les marchés internationaux et essentiellement les assiettes paraboles 100% produites en Algérie.

Nos assiettes paraboles sont exportées depuis 2014 vers la Tunisie, la Libye, le Mali et la Mauritanie. Bya Electronic n'a jamais connu de problèmes avec aucune administration (Douanes, Impôts, Justice, Cnas, Casnos…). Elle a participé durant toute son existence en tant qu'entreprise citoyenne à l'essor sportif en créant et finançant totalement les 1ers et 2èmes tournois internationaux de handball à Arzew.

Elle a aussi contribué au développement social des communes avoisinantes dans différents événements culturels et religieux. Bya Electronic a également obtenu plusieurs distinctions importantes au niveau national et international. Nous appelons aujourd'hui l'intervention des pouvoirs publics et à leur tête le président de la République pour sauver cette entreprise dans l'intérêt du pays et de l'économie nationale.

Aït Yalla Slimane, fondateur et propriétaire de la Spa Bya Electronic (première société d'électronique industrielle en Algérie), est docteur d'Etat en transfert de technologie et droits de licence (CLDP Washington USA).  

Il a obtenu son baccalauréat technique électronique au lycée technique de garçons (Les Palmiers) à Oran.

Il opte pour une formation d'ingénieur en chimie industrielle à l'Institut Algérien de Pétrole (IAP) de Boumerdès. Il est recruté ensuite par le groupe Sonatrch en tant qu'ingénieur en recherche à l'unité méthanol Arzew, puis il est désigné responsable du laboratoire de contrôle puis de celui de développement et enfin membre de cellule de recherche à l'échelle nationale. Aït Yalla Slimane est aussi cofondateur de la société de droit français Universal Multimédia cotée à la Bourse de Paris depuis 2002 (Euronext : valeur technologique) et copropriétaire de la société de droit français Capelec (Montpellier) qui est spécialisée dans la fabrication des équipements de mesure et de contrôle précis et innovants des émissions de gaz, de l'éclairage et du freinage de tous types de véhicules. Il est aussi copropriétaire de plusieurs sociétés privées en France (Unitech, Esselec, Amitec) et aux USA (Revox).