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2021. XXXIIème Olympiade de l'ère moderne. Tokyo 2020- Le sport, c'est la continuation de la guerre par d'autres moyens1

par Abdelhak Benelhadj

Les Jeux de Tokyo initialement prévus en été 2020 ont été perturbés par l'épidémie du nouveau coronavirus. De très nombreux Japonais avaient manifesté leur opposition à leur tenue, à la fois de peur de la prolifération de l'épidémie dans une société vieillissante et donc plus exposée, mais aussi à cause du renchérissement non maîtrisé des coûts de l'événement.

Les JO, dans des conditions difficiles, ont eu finalement lieu. Les Japonais, conformément à leurs traditions, n'en ont rien laissé paraître, tout en le faisant savoir avec beaucoup de doigté et de distinction. Subissant l'« amitié » américaine depuis 1945, le Japon a pris la mesure de ce qu'implique son « alliance » avec une Amérique qui domine l'Atlantisme depuis les Jeux de Los Angeles en 1984 et encore plus nettement après ceux d'Atlanta en 1996. Nous retrouverons cela plus loin.

Nés sous le signe de la guerre, les Jeux Olympiques n'ont jamais cessé d'être un terrain d'affrontement entre les nations, main sur le coeur, drapeaux au vent et hymnes nationaux pour scander leurs succès et la défaite de leurs adversaires.

Nul besoin de remonter à la « Bataille de Marathon » (490 avant J.-C.) pour appréhender les origines guerrières des combats sportifs d'aujourd'hui, que le baron P. de Coubertin a ressuscités en 1894 sous la forme contemporaine.2 Ses propos à ce sujet ne souffrent d'aucune ambiguïté : « Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre », écrivait-il.

Cette logique n'a pas perdu une ride en plus d'un siècle. Les JO, c'est plus qu'une vitrine. Les stades sont toujours un autre théâtre où les nations font la démonstration de leur supériorité sur d'autres domaines que militaires. D'autant que depuis l'avènement des armements nucléaires et de la toujours possible réponse du « faible au fort », il est périlleux de franchir certaines limites...

« Après une guerre nucléaire, la suivante se ferait au lance-pierres » a-t-on mis dans la bouche d'Einstein, ce mot d'esprit qui ne manque pas d'ironie.

D'où le poids de plus en plus grand conféré au « soft power ». D'autres guerres sur d'autres terrains : la guerre des images, des idées, des normes technologiques, la conquête spatiale, la propagande multiforme qu'offre internet et les réseaux sociaux... et aussi les compétitions sportives. Ce n'est pas nouveau mais c'est de plus en plus féroce.

La « trêve olympique » est une aimable plaisanterie. Cette trêve (Ekekheiría) héritée de l'antiquité grecque, est une institution dont l'existence et les modalités sont incertaines. En réalité, sa principale fonction est d'interrompre momentanément les conflits armés. Mais elle a été surtout une sorte de cessez-le-feu qui fut d'ailleurs peu respecté.

De ce point de vue, l'antiquité reflète assez bien la situation actuelle. Non seulement les conflits ne sont pas suspendus, mais les Jeux eux-mêmes deviennent un territoire où les nations trouvent un autre espace d'affrontement. Ce que nous voulons montrer dans ce qui suit.

Au reste, les JO sont tous émaillés de conflits plus ou moins graves, plus ou moins voilés. Pour s'en tenir à quelques exemples en une période relativement récente :

- 1972. A Munich une prise d'otages se termine par la mort de onze membres de l'équipe olympique israélienne, d'un policier ouest-allemand et de cinq des huit Palestiniens (les trois autres sont capturés) membres du commando Septembre Noir3.

- 1976. A Montréal les JO sont boycottés par 22 Etats africains qui protestent contre la présence de la Nouvelle-Zélande à qui est reproché d'avoir envoyé son équipe de rugby participer à une tournée en Afrique du Sud, pays pratiquant alors l'apartheid.

Ni la Chine populaire ni Taïwan ne participeront aux Jeux, mais pour des raisons différentes. Taiwan refuse de concourir sous le drapeau de la Chine qui rejoint la cause des pays africains.

- 1980. Les Etats-Unis boycottent les jeux de Moscou.

- 1984. L'URSS boycotte à sont tour ceux de Los Angeles

Disputes récurrentes à propos des coûts de l'organisation des jeux... aggravée cette année par l'absence de public et donc de recettes de billetterie.

*****

11 400 athlètes environ. 205 délégations plus une, celle des réfugiés (29 athlètes) que la « communauté internationale » a honorés en leur conférant le statut de « nation ». On se demande quel Comité Olympique a pris soin de trier ces athlètes venus à Tokyo et quels critères ont présidé à leur représentativité. Il eut été sûrement plus honorable (moins hypocrite) d'agir sur les calamités qui endeuillent les populations concernées et leur exode mortifère.4

Ces jeux ont réuni des délégations de 206 Comités Olympiques. Plus que les 193 nations reconnues par les Nations unies.

On peut distinguer 5 groupes de pays, classés selon le nombre de médailles d'or obtenues. Ce classement est à peu près stable depuis le début des années 1990.

1.- Le duo sino-américain

2.- 2 cas particuliers : la Russie et le pays organisateur

3.- Les anciennes puissances européennes avec un cas particulier, la Grande Bretagne

4.- Le reste des pays médaillés, au-delà de la 10ème place du classement et

5.- Les dizaines de pays qui n'ont obtenu aucune médaille.

Cet article n'a pas pour objet d'analyser en détail des résultats des olympiades. Il y a des experts pour ça dans toutes les rédactions sportives et même dans les cabinets destinés à conseiller les Fonds de pension de plus en plus nombreux investis dans le sport (clubs, médias, bookmakers...). Je me limiterai à l'observation des trois premiers groupes et aux enjeux géopolitiques qui en expliquent les profils et l'évolution.

J'ignore délibérément les résultats obtenus par les différents pays aux jeux d'hiver auquel j'ai consacré un article en 2018.5

1. Le piège de Thucydide.6

En 1972 lors des JO de Munich, la Chine n'existe pas Elle ne participe pas aux Jeux. Elle sera de toutes les Olympiades à partir de 1984.

Depuis Sydney en 2000, la Chine ne quitte plus le podium. 88 médailles au total dont 38 médailles d'or à Tokyo (le total le plus élevé depuis sa toute première participation, à l'exclusion des Jeux de Pékin en 2008 où elle finira en tête 51 médailles d'or et un total de 100 médailles).

La confrontation sino-américaine dans le domaine économique, technologique, géopolitique se retrouve à fleurets mouchetés dans les enceintes olympiques.

A observer les palmarès sur les 30 dernières années, il saute aux yeux que c'est la Chine, à la place de l'ex-URSS, qui est confrontée aux Etats-Unis au titre de son principal adversaire.

Même si la Russie, de part son poids dans le domaine militaire, spatial, énergétique et diplomatique -encore plus si on tient compte de ses liens d'alliance relative avec la Chine- demeure un rival stratégique. Ses résultats olympiques minorent à tort sa puissance. Nous y reviendrons.

En 1988, la Chine apparaît au 11ème rang avec un total de 28 médailles. Quatre ans plus tard, à Barcelone, elle est au 4ème, doublant son total de médailles et triplant celui de ses médailles d'or. Elle s'y maintient à Atlanta en 1996.

En 2000 à Sydney, elle gagne une place. En 2004, à Athènes, elle arrive en seconde position juste derrière une Amérique triomphante à la tête d'une « communauté internationale » à sa main, après l'effondrement des Tours jumelles de Manhattan, en ouvrant des fronts un peu partout dans le monde, des conflits très meurtriers et très destructeurs en gage de sa sécurité.

En 2008, à Pékin, la Chine accède pour la première fois de son histoire à la tête de l'olympisme, devant son rival américain. Mais, ce n'était qu'un intermède. En 2012, à Londres, Washington reprend sa place et la confirme en 2016 à Rio où la Grande Bretagne, juste derrière son « allié » américain, se permet même de reléguer la Chine à la troisième place.

A Tokyo, on retrouve le duo américano-chinois avec la Grande Bretagne à la quatrième place après le pays hôte.

2.- Guerres globales et rivalités locales : le déclassement de l'Europe

Le tableau des médailles décrit un vieux reste des guerres impériales du passé.

Les restes d'empires se voient à la couleur de la peau des athlètes. Le noir africain, antillais, maghrébins, moluquois, pacifique... fait main basse sur les médailles.

4 pays ont le même nombre de médailles d'or (10) et ne se distinguent que par la couleur des autres médailles. Dans l'ordre : Pays-Bas, France, Allemagne et Italie.

Le sport allemand reste une énigme.

Si l'économie, le commerce et la technologie allemande dominent aujourd'hui en Europe et dans le monde, proportionnellement, l'Allemagne est un nain sportif.

La compétition autrefois avec la RDA (République Démocratique Allemande) avait entretenu des performances aujourd'hui plus pâles. La disparition de la RDA n'a en aucunement bénéficié à la réunification. La RDA a été vidée de ses compétences qui sont allées chercher fortune plus à l'ouest où elles étaient mieux rémunérées.

Aux Jeux de Séoul, en 1988, à la veille de l'effondrement du Mur de Berlin, la RDA occupait le second rang derrière l'URSS avec un total de 102 médailles (dont 37 en or). La RFA, à la 5ème place, récoltait 40 médailles dont 11 en or. L'addition des deux donnait 142 médailles (dont 48 en or).

A Tokyo cette année, l'Allemagne est au 9ème rang avec 37 médailles...

De quoi se méfier des additions...

La RDA a longtemps souffert d'une campagne agressive de dénigrement l'accusant de dopage d'Etat qui s'en prend depuis 2014 à la Russie.

L'Allemande de l'Est Marita Koch avait été régulièrement visée. Pourtant, son record du monde du 400 m en 47'60 réalisé le 06 octobre 1985 tient toujours et figure sur les tablettes.

Mieux. Le 21 novembre 2014, soit près de 30 ans après, le Temple de la Renommée de l'IAAF l'a intronisée sur la scène du Gala de l'athlétisme mondial à Monaco, aux côtés des plus grandes figures de la discipline.

3.- Une prime pour le pays organisateur ?

L'Australie après Sydney en 2000 et la Grande Bretagne après Londres en 2012 semblent en avoir tiré parti. Il n'est pas certain que cet avantage sera conservé. Entre Brexit et « special relationship », la Grande Bretagne se berce peut-être d'illusions. Le nombre de ses médailles s'érode peu à peu depuis 2012.

La France a brillé par ses sports collectifs (Rugby à 7, escrime, judo, handball, volley-ball, basket-ball, seul le football a fait défaut), mais elle perd un quart du total de ses médailles obtenues à Rio en 2016 et disparaît quasiment des palmarès en athlétisme, cyclisme, natation, boxe et même en équitation où traditionnellement brillent ses représentants.

La France présente un tableau de médailles de pays généraliste. Un vieux reste d'une politique publique soutenue en voie d'extinction.

Paris 2024 pourrait être l'occasion d'une renaissance. Il pourrait être aussi, et c'est le plus probable, à observer l'évolution globale du pays, de son économie et de ses choix stratégiques, une vitrine éphémère qui maquerait un déclin qu'annoncent depuis longtemps ses déficits et ses pertes dans les autres domaines.

La Fédération Française a fait un calcul informel sur la base des résultats obtenus par les seconds couteaux permettant d'anticiper les performances olympiques futures du pays. Malheureusement, même pour les places de 4 à 6, la France passe en 12ème position.7

D'ici 2024, le statut de pays hôte permettra automatiquement une montée en gamme grâce aux quotas de qualification. Mais il n'est aucunement gage de réussite au tableau d'affichage. Lors des JO de Rome en 1960, la France s'est située au 25ème rang et n'a obtenu aucune médaille d'or, seulement 2 d'argent et 3 de bronze.

Ce fut un déclic. Les autorités françaises ont refondé fondamentalement le sport français, mobilisant des moyens financiers, institutionnels, humains et matériels dont les résultats ont été observés plus tard.

Ces décisions étaient en harmonie avec leur politique générale et se projetaient sur le long terme. Les gouvernements successifs se sont autosatisfaits de ces choix et inauguré des réalisations que certains d'entre eux avaient critiquées (Concorde, Ariane, l'électronucléaire, la force de dissuasion, le TGV, le réseau d'autoroutes, la DATAR -décédée en 2014-, les lois littorale et montagne...).

Certaines de réalisations ne sont plus, ont été perdues, privatisées et démantelées... C'est pourquoi il est douteux que le sport français retrouve des réussites reposant sur des investissements qui n'existent plus ou ont été fortement érodés.

4.- Optimisation olympique.

Il suffit à un pays d'avoir deux ou trois athlètes d'exception, par exemple en cyclisme, en athlétisme ou en natation pour truster un nombre très élevé de titres et de médailles, afin de le propulser en haut des palmarès, aux côtés des nations les plus dotées.

Dans la course aux médailles, les benêts se contentent de la niaiserie du baron de Coubertin (« l'essentiel est de participer »).

Certains, comme la France, s'accrochent vainement à un rang généraliste qu'ils n'ont plus les moyens ou la volonté d'entretenir.

D'autres optimisent leurs moyens. C'est le cas Australie, de la Nouvelle Zélande ou des Pays-Bas. Observons les résultats des ces pays obtenus à Tokyo.

Australie-----Or-----Total

Natation----- 9/17----- 21/46

53%----- 45.6%

Nelle Zélande----- 7----- 20

Aviron----- 3-----         5

Canoë-kayak----- 3-----         3

Total----- 85.7%----- 40%

Pays-Bas : le cyclisme et l'athlétisme représentent 60% de ses médailles d'or.

«Ne jamais engager que des batailles que l'on est sûr de gagner» recommandait Winston Churchill. Une devise qui a gouvernée toute sa vie d'homme politique. Les marins français en ont payé le prix (près de 1 300 morts) à Mers El Kebir en juillet 1940. Le Général ne l'avait jamais oublié.

Croire que cette histoire n'a rien à voir avec celle qui fait l'objet de cet article, serait une grave erreur.

5.- Une domination en trompe l'oeil.

Le succès des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et de l'Australie, en haut du classement s'explique en partie par l'éclatement de l'Union Soviétique et l'effondrement des pays de l'Est après 1990. Moins de concurrents d'un côté, plus de médailles de l'autre.

Il a aussi pour cause un simple jeu statistique qui minimise le poids de la Russie et fausse les comparaisons.

Par exemple, si on cumulait le total des médailles obtenues par tous les pays qui composaient l'ancienne Union Soviétique, on obtiendrait un résultat plus en rapport avec les performances de l'ex-URSS, 120 médailles, soit plus que les 113 médailles totalisées par les Etats-Unis, premier pays à Tokyo.

Toutefois, si la Russie maintient ses positions, il n'en est pas de même des pays qui ont quitté son giron.

En 1988, lors des Jeux de Séoul, dans le haut du classement on trouvait respectivement en 6ème, 7ème et 8ème rang, la Hongrie, la Bulgarie et la Roumanie.

Ces trois pays étaient à l'issue des Jeux de Tokyo ; la Hongrie au 15ème, la Bulgarie au 30ème et la Roumanie au 46ème rang qui se contente d'une médaille d'or et un total de 4 médailles, loin derrière l'Ouganda et l'Equateur et juste devant le Venezuela.

L'effondrement sportif de ces pays illustre de manière évidente celui de leur économie.8

6.- La Russie humiliée.9

Principe : Les Jeux Olympiques constituent un spectacle, une enceinte idéale pour continuer la guerre et battre un adversaire. Mais le battre avant même qu'il ait concouru, gagner une guerre avant même de la livrer, tous les généraux en rêvent.

En 1980, tout ce qui tient lieu d'intelligence en Amérique a cherché à disqualifier Moscou en ruinant la valeur de ses Jeux. Le problème est que outre que de nombreux pays ont triché et ont triché et y ont envoyé leurs sportifs via leurs comités olympiques.

De plus, Washington a craché en l'air : aux Jeux de Los Angeles quatre ans plus tard, l'URSS et ses « alliés » ont fait défaut et beaucoup de médailles distribuées ont été en chocolat.

D'où le recours à l'accusation de dopage. La Russie ne pèse plus le poids de l'URSS et sa disqualification pour tricherie a une portée plus efficace.

Tout est parti des enquêtes de Hajo Seppelt un journaliste allemand à qui la chaîne ARD a fourni les moyens de ses investigations et a diffusé nombre de ses documentaires sur le dopage dans les ex-pays de l'Est.

Décembre 2014, l'ARD diffuse son documentaire « Dopage confidentiel: comment la Russie fabrique ses vainqueurs », évoquant, témoignages à l'appui, un système de dopage généralisé dans l'athlétisme qui conduira à la mise en place d'une première commission d'enquête par l'Agence mondiale antidopage (AMA).

Cela a abouti à l'exclusion de la Russie avec une guerre incessante qui lui est faite par les Etats-Unis via de divers entremetteurs depuis les Jeux d'hiver à Sotchi en 2014.

Depuis, les sportifs russes ne représentent plus leur pays mais un Comité Olympique. Ils sont privés de leur drapeau et de leur hymne national que les Russes ont emprunté à Tchaïkovski à Tokyo cette année.

Que ses athlètes se dopent ou pas est en réalité une affaire secondaire qui exigerait au reste une démonstration rigoureuse.

Le dopage est bien plus qu'une affaire de gouvernement.

Il est constitutif d'un système sportif international qui brasse de plus en plus des sommes considérables dont la logique pousse les organisations nationales et les sportifs au-delà des limites des normes olympiques et, plus grave, des normes de santé des pratiquants.

C'est aussi sous la rubrique « nouvelle guerre froide » qu'il faudra sans doute placer le cas de l'athlète biélorusse Krystsina Tsimanouskaya. La sprinteuse bélarusse a affirmé avoir été victime d'une tentative de rapatriement forcé des Jeux olympiques de Tokyo. Elle se disait menacée après avoir critiqué ses autorités sportives et s'est réfugiée en Pologne.

L'actualité anti-biélorusse est alourdie par la mort par pendaison de l'opposant Vitali Chychov en Ukraine la semaine précédente que Kiev impute au régime de Minsk.

Les pays voisins de la Biélorussie hébergent déjà nombre de ses dissidents, en particulier la cheffe en exil de l'opposition biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa. Elle est reçue par tous les dirigeants occidentaux, notamment en juillet dernier par le président américain.

A la suite de quoi les Etats-Unis ont dévoilé lundi 09 août une volée de sanctions contre des personnalités, entreprises et entités de Biélorussie. Aussitôt suivis du Royaume Uni qui, dans un partage étudié des tâches, sanctionne les industries clés des produits pétroliers et des engrais.

Le Canada lui s'occupe de nouvelles sanctions visant d'autres secteurs principaux de l'économie biélorusse, « en solidarité » avec ses partenaires « internationaux ».

« Les actions du régime de Loukachenko sont une tentative illégale de garder le pouvoir à tout prix », a déclaré le président américain, Joe Biden. Le Royaume-Uni, lui, explique ses sanctions « en réaction aux atteintes répétées à la démocratie et aux droits humains » de la part du régime bélarusse. Comme si les droits humains des Biélorusses étaient un souci cardinal des Britanniques...

En 2021, l'Union européenne et les Etats-Unis avaient multiplié les sanctions contre le régime biélorusse.

Personne pourtant n'accuse à la Biélorussie d'agressions militaires ou de menaces avérées contre l'Union Européenne ou les Etats-Unis. Question : à quel droit se réfèrent ces pays pour sanctionner ce pays ?

L'extra-territorialisation du droit américain est une atteinte grave au droit international auquel unilatéralement il se substitue, ne rendant compte à aucune institution légale et légitime.

Le monde se dirige alors vers des relations uniquement régies par l'exercice de rapports de forces. Ce qui en menace la stabilité. Et cela ne semble troubler personne dans les pays qui se proclament défenseurs du droit et de la justice. Mais tant que le jeu est strictement contrôlé par des juges et des médias « embeded » dominant le paysage de l'information mondialisée...

Toute cette affaire est cousue de fil blanc, comme toutes les affaires ourdies contre la Russie depuis la reprise de contrôle par l'Etat du groupe Ioukos, arraché à Khodorkovski en 2003.

Un jeu d'échec complexe, sur plusieurs claviers entre Moscou et Washington a commencé inaugurant une nouvelle « guerre froide » plus retorse mais pas moins dangereuse.

De nombreuses crises émaillent les relations internationales : le Caucase (Georgie, Abkhazie et Ossétie 2008), déstabilisation de la Syrie (2011), coup d'Etat de Maïdan en Ukraine (2014), « empoisonnement » d'un ex-agent double et de sa fille en Grande Bretagne (2018), campagne contre le gazoduc Nord-Stream 2 en dernière phase d'achèvement...

De ces crises, la Chine n'en a pas davantage été épargnée.

En attendant, sans préjuger de l'avenir, le problème de ces virtuelles « révolutions colorées, fleuries ou fruitées », dont le hirak algérien peu ou prou participe, est qu'elles ne parviennent pas à enclencher un processus de subversion interne suffisamment puissant et représentatif pour aboutir à un collapsus généralisé des régimes en place, malgré les très fortes pressions et sanctions économiques et politiques exercées par les pays de l'« Ouest ».

Ni la Syrie, le Venezuela, l'Iran, la Russie, le Liban, Cuba sous embargo (totalement illégal) depuis plus de 60 ans... aussi grave soit la situation économique et sociale de certains d'entre eux ne semblent fléchir et défaillir.

Dimanche 08 août. Parade finale à Tokyo de ce qui reste des sportifs qui n'ont pas quitté le Japon à l'issue des compétitions. Chaque représentant des diverses délégations agite un petit drapeau national de son pays qui a été remis par les organisateurs de cette dernière cérémonie. Les sportifs russes étaient vêtus des couleurs olympiques puisque ils ont été condamnés à ne pas représenter leur pays.

Mais aucun d'entre n'a agité le moindre drapeau. Aucun commentateur n'en a fait état. Mais tout le monde a compris le message.

7.- Reste du monde : deux cas.

Le reste du monde sous-développé récolte ici où là des miettes d'un festin que les grandes puissances se partagent comme en chaque olympiade.

* Une grande absente : l'Inde.

L'Inde a remporté le premier titre de son histoire olympique à Pékin en 2008. Aucun à Londres en 2012 ni à Rio en 2016, mais une médaille d'or sur un total de 7 à Tokyo cette année.

Des résultats très nettement insuffisants pour un pays de près d'1,4 milliards d'habitants.

Plongée dans un retour au système des castes et de l'« homo hierarchicus » avec une pandémie qui fait des millions de victimes, l'Inde a rompu avec le souffle que L. Collins et D. Lapierre avaient fortement conté dans leur fresque (« Cette nuit, la liberté » 1975, réédité chez Pocket en 2004, 768 p.).

Des idéaux des Pères fondateurs et du Parti du Congrès il ne reste plus qu'une multitude désemparée au seuil du chaos que seuls les prédateurs malveillants persistent à qualifier de la « plus grande démocratie du monde »... jouant à front renversé l'Inde contre le Pakistan un dangereux gambit du fou avec des armements nucléaires en prime, sous le regard plus que préoccupé de Pékin.

* Une singularité, Cuba.

Cuba Jeux Olympiques--- OR--- Argent--- Bronze--- Total

Rang                                             

16ème 2012 Londres --- 5--- 3--- 6--- 14

18ème 2016 Rio--- 5--- 2--- 4--- 11

14ème 2020 Tokyo--- 7--- 3--- 5--- 15

Les athlètes cubains ont remporté 226 médailles au cours des 20 JO auxquels elle a participé (78 d'or, 68 d'argent, 80 de bronze). Cuba a remporté la troisième place des pays américains pour les médailles d'or (derrière seulement les États-Unis et le Canada), et a remporté plus de médailles que n'importe quel autre pays d'Amérique du Sud. Pour un petit pays sous embargo...

Rapportées au nombre d'hab--- Médailles d'or--- Médailles totales

Chine (1.4 Md d'habitants)---        35.9 millions--- 15.9 millions

France (67 millions)--- 9.6--- 2.0

Etats-Unis (330)--- 8.4--- 2.9

Japon (126)--- 4.66--- 2.17

Cuba (11.3)--- 1.6--- 0.755

Lecture : il faut seulement 755 000 Cubains pour « obtenir » une médaille et 1.6 million pour une médaille d'or. A l'évidence, la Chine, comparée aux autres pays de ce tableau, a la « productivité » la plus faible.

8.- L'autre dopage systémique.

On laisse croire que la Russie est la patrie mondiale et historique du dopage. De nombreux pays traditionnellement s'y adonnent et leurs sportifs sont régulièrement pris en défaut et cela dans tous les sports. La boxe aux Etats-Unis, le cyclisme en Europe...

On ne compte plus les victimes emportées dans leur jeunesse. Le plus souvent des sportifs venus de couches modestes de la population.

« Il faut être un imbécile ou un faux jeton pour s'imaginer qu'un cycliste professionnel qui court 235 jours par an peut tenir le coup sans stimulant » disait Jacques Anquetil (Le Monde, 1967) qui a sans doute payé ses succès de sa vie (mort en 1987 d'un cancer de l'estomac à 53 ans). Ce cycliste émérite était un militant du dopage auquel il avouait publiquement avoir recours.

Et pas « à l'insu de son plein gré » comme s'en défendent les Virenque et les Jalabert. «Je me dope parce que tout le monde se dope [...]. Bien souvent, je me suis fait des piqûres et si, maintenant, on veut m'accuser de me doper, ce n'est pas bien difficile, il suffit de regarder mes fesses et mes cuisses, ce sont de véritables écumoires», poursuivait Anquetil.

Ses déclarations sont pudiquement mises sous le l'éteignoir aujourd'hui par tous les Tartuffe qui pilotent le sport et les sportifs, des ministères aux plateaux de télévision, des banques aux annonceurs, sans oublier, cela coule de source, les industries du dopage.

Le dopage est intimement lié au sport de compétition parce que la performance exigée des sportifs est inhumaine, parce que le système économique et médiatique glorifie la compétition, la compétitivité, le benchmarking, les « premiers de cordée »... et les performances, avec des agences de « rating » qui comptent les coups, qui toisent et comparent les muscles et les prouesses. Pas de pitié pour les perdants !

Les sportifs ? Un produit, un marché comme les autres, avec ses agents, ses prix, ses vitrines, ses salons... ses soldes. Les petits soldats d'un autre front où l'on compte de nombreuses victimes.

Se doper, c'est user de moyens juridiquement moralement illégaux et déloyaux pour triompher de ses adversaires. La légalité et la loyauté sont bafouées par ceux qui s'en proclament les protecteurs. Les pays riches ne jouent pas. Ils se dopent. Le dopage prend trois formes principales combinées.

8.1.- La richesse, l'ultime dopage.

Elle permet de mobiliser tous les moyens nécessaires à la préparation des sportifs des pays riches, quelle que soit la source de leurs richesses : les technologies de pointe les plus abouties du moment, les personnels techniques les mieux formés, les anciens sportifs les plus expérimentés, les médecins les plus spécialisés dans leurs disciplines, les liquidités suffisantes pour rémunérer les hommes, les technologies, les environnements nécessaires et les sportifs disponibles sur le marché mondial pour figurer en haut des classements dans les compétitions internationales. On peut y ajouter tous les moyens, tous les coups bas si besoin, propres à faire trébucher les adversaires, y compris ceux de son propre camp.

Il y a des sports où il est plus difficile de tricher : le tir, le lancer du poids, la nage, l'aviron ou l'équitation. Il en est d'autres qui offrent plus de place à l'interprétation arbitrale (la gymnastique, le plongeon, la boxe, la lutte, le surf...) et à de farouches contestations.

Les activités sportives brassent des milliards de dollars chaque année. Ce n'est pas un concours pour enfants de choeurs.

8.2.- Le dopage est une question de normes.

Les big Pharma, intimement associés au sports, un domaine aux limites permettant de tester les méthodes et les produits les plus à même de conférer aux sportifs les atouts nécessaires à leurs succès.

Leurs chercheurs mettent au point et perfectionnent en continu les meilleurs techniques pour passer entre les gouttes et échapper aux contrôles que leurs industries elles-mêmes ont aidé à étalonner et à normer. Les sportifs, qu'ils en aient conscience ou non, avec ou sans leur consentement, sont des sujets de laboratoire. De la diététique à la chimie, de la pharmacologie à la chronobiologie, neurosciences... on change de lexicologie, mais le but est le même : optimiser les performances avec un registre éthique à géométrie variable et une règle universelle : les tricheurs sont ceux qui se font prendre soit parce qu'ils n'ont pas été avertis à temps, soit parce qu'ils sont incapables de synthétiser des molécules indétectables, soit parce qu'ils ne sont pas dans le bon camp, soit parce qu'ils n'offrent pas les « contreparties » suffisantes...

8.3.- «L'immigration choisie» : le pillage généralisé.

Le plus grand et le plus scandaleux des dopages est peut-être le pillage du tiers-monde et la différence dans les moyens mobilisés pour fabriquer des champions dans les pays développés.

Tokyo. Samedi 07 août 2021. Epreuve du 10 000 m. Une caricature.

À l'arrivée, nous avons trois « éthiopiennes » :

- Sifan Hassan née le 1er janvier 1993 à Adama (Éthiopie), éthiopienne naturalisée néerlandaise en 2013.

- Kalkidan Gezahegne, née le 8 mai 1991 à Addis-Abeba, éthiopienne naturalisée bahreïnie en 2013.

- Letesenbet Gidey, née le 20 mars 1998, est restée fidèle à sa nationalité. Vice-championne du monde du 10 000 m en 2019 à Doha, elle détient le record du monde de la distance (29 min 01'03) depuis 2021 ainsi que celui du 5 000 m (14 min 06'62) depuis 2020.

L'Ethiopie se contentera du « bronze ». Et l'Afrique, systématiquement pillée, se contentera de voir ses richesses humaines (et pas seulement sportives) valorisées sous d'autres cieux, sous d'autres labels.

Il en est ainsi depuis la « Controverse de Valladolid »... précédées il y a longtemps par l'Egypte pharaonique et l'Empire romain qui a industrialisé et codifié la prédation et son exploitation qui se continue jusqu'à nos jours malgré la mécanisation, l'automation, la robotisation et l'intelligence artificielle.

L'Ethiopie n'est pas seule à perdre sa substance vitale et les Pays-Bas et Bahreïn ne sont pas les seuls à venir faire leurs emplettes en Afrique.

La prédation est universelle.

Le marathonien Marhu Teferi, né en Éthiopie, a été naturalisé israélien. Il ne semble pas avoir souffert de la discrimination infligée aux Falachas déménagés en Israël à partir de 1977. Sa femme, Lelamawit Bayoulgn, pourtant non juive, l'a été aussi dès son arrivée en Israël en 2017. La bureaucratie rabbinique qui en a été offusquée a été muselée par la raison d'Etat. Il est vrai que l'unique qualité de ces ex-éthiopiens, prestement naturalisés, n'a rien à voir avec le judaïsme : dès lors qu'ils représentaient une chance de médailles lors du marathon, tout est négociable.10

Le recyclage des compétences formées à étranger, notamment venues des ex-pays de l'Est, est une très vieille pratique israélienne. Artem Dolgopyat, médaillé d'or et de bronze en gymnastique, est natif d'Ukraine. Il a conservé la nationalité d'origine. Mais c'est sur le compte d'Israël qu'ont été créditées ses médailles.

Il en est ainsi d'Israël comme de ses voisins émiratis ou turcs. Marathoniens, spécialiste du fond, en compétition à Tokyo cette année :

- Oh Joo-han kenyan né 1988 à Lodwar (Kenya) naturalisé sud-coréen en 2018

- Abdihakem Abdirahman spécialiste du 10 000 mètres et du marathon né en 1977 à Hargeisa en Somalie) naturalisé américain en 2000.

- El Hassan el-Abbassi marocain né en 1984 au Maroc naturalisé bahreïni en 2014.

- Morhad Amdouni Franco-tunisien né en 1988

- Ayad Lamdassem né en 1981 à Sidi Ifni au Maroc, naturalisé espagnol en 2007

- Bashir Abdi né en 1989 à Mogadiscio en Somalie, naturalisé belge

- Abdi Nageeye né en 1989, à Mogadiscio en Somalie, naturalisé néerlandais

- ...

Qui en voudrait à un jeune athlète d'une famille pauvre des hauts plateaux qui courre pied nu sur une terre stérile, avec un équipement de fortune, un encadrement technique et médical indigent, des indemnités indexées sur les revenus du pays, éventuellement sur ses « relations » et sur ses capacités de négociations personnelles... d'être sensible aux propositions de prospecteurs avisés venus de par-delà les mers qui savent repérer les talents prometteurs.

A Tokyo et ailleurs, autour des stades et des lieux de compétition se pressent des experts roués, tarifés, mandatés par les pouvoirs publics et le plus souvent par des « écuries » privées pour détecter, évaluer et recruter les futurs médaillés. La nationalité, variable parmi d'autres dans un cahier des charges éprouvé, ne présente aucune difficulté.

Quand il s'agit de conforter l'image d'un ministre, d'assurer la réélection d'un cabinet, de célébrer une politique ou d'assurer le succès d'une équipe de football (et tous les revenus qui vont avec), les décideurs contournent discrètement les principes et ne comptent pas leurs sous.

Les discours généraux sur la sécurité, l'immigration, la protection des valeurs républicaines, la préservation des entreprises et de l'emploi... sont publiquement et solennellement destinés à la plèbe.

Pourtant combien les pays développés auraient tant mérités s'ils s'étaient avisés, au lieu de les piller de manière systématique, d'aider les pays du sud à se doter -adaptés à leurs contextes- d'équipements, de savoirs, de technologies, de formateurs... à même de leur permettre de rejoindre la « famille olympique » dans les meilleurs conditions de compétition.

Au lieu de les abreuver d'envolées lyriques, ronflant et creux, sur l'humanitarisme et les valeurs universelles. Naturellement, «‘faut pas rêver»...

On le voit à propos de la vaccination contre le Covid-19, le monde se déchire, avec des batailles mortifères entre les pays où seuls comptent les intérêts nationaux et ceux des laboratoires. Et quand aide il y a, elle est adroitement dirigée vers les pays qu'on ne veut pas voir basculer dans l'«autre camp».

Le cynisme atteint des sommets. Près de deux ans après le début de la pandémie, aucune coordination régionale ou globale n'a pu être mise en oeuvre de manière sérieuse. Même entre les pays de l'Union Européenne qui se sont tant promis depuis les années 1950, l'unilatéralisme est la seule règle qui vaille.

In memoriam

Jeux Olympiques et commémoration des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki.

Le Japon a commémoré vendredi 06 août 2021 le bombardement atomique du 1945 à Hiroshima. 140.000 morts le 6 août 1945 à Hiroshima. 74.000 morts à Nagasaki le 9 août 1945. Sur le coup. Des dizaines de milliers suivront, des effets mécaniques, thermiques et radioactifs.

Partout en Europe on s'en est réjoui. En France, une voix rare s'est élevée contre l'horreur, celle de Albert Camus indigné dans un éditorial de Combat le 08 août 1945 : « la civilisation (...) vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. » (...) « Il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. »

V. 27 mai 2016. En dehors des dates anniversaires, pour la première fois depuis 1975, un président américain s'est rendu à Hiroshima, sans le moindre mot d'excuse. Il a salué les victimes, prononcé des mots très compassés, Barack Obama a déposé une couronne devant le cénotaphe du Parc du mémorial de la paix et embrassé un des survivants (hibakusha).

Il s'est contenté d'un : « Nous avons la responsabilité de regarder l'histoire dans les yeux ».

Certes, en 2010, un représentant du gouvernement américain (l'ambassadeur américain au Japon, John Roos) a pour la première fois assisté aux cérémonies du 06 août.

Personne ne nierait les qualités de prestidigitateur émérite de l'ancien président américain. Cependant, tous ces entrechats se jouent des circonstances et continuent de tournent autour de l'inévitable, à savoir la reconnaissance d'une abomination historique dont l'Amérique s'est rendue coupable et qui sera retenue contre elle pour un avenir indéterminé.

Août 2021. Des rescapés et la municipalité avaient proposé au CIO d'inviter les sportifs des JO à se joindre à cette minute de silence depuis Tokyo.

Le président du CIO Thomas Bach, sous une pression dont on devine aisément les auteurs a immédiatement et clairement refusé de donner suite à cette proposition.

Un responsable de la ville, Tomohiro Higaki, a fait part de sa déception partagée sûrement par beaucoup de Japonais.

Les JO qui auraient pu donner à cette commémoration l'occasion un cachet particulier. Par exemple l'expression d'un regret officiel et public américain qui ne s'est jamais manifesté 76 ans après la première utilisation d'une Arme atomique terrifiante de Destruction Massive contre des populations civiles. Assorti du retrait des dizaines de milliers de GI's dont personne ne veut au Japon.

Les cérémonies traditionnellement organisées ont été ignorées par les réseaux médiatiques mondialisés tous exclusivement tournés vers les compétitions sportives.

La pandémie a bon dos.

Encore une occasion ratée de conformer la réalité aux principes.

La placidité apparente coutumière des Japonais recèle une profonde et irréductible détestation de l'Amérique. Hiroshima et Nagasaki n'ont pas été oubliées.

Ainsi, lors des Jeux de Tokyo en 1964, les Japonais (et ce n'était évidemment pas fortuit) avaient choisi Yoshinori Sakai pour allumer la flamme olympique.

Yoshinori Sakai est né à Hiroshima le 06 août 1945, jour du bombardement atomique.

CQFD !

Notes:

1- Pour paraphraser le Général Carl von Clausewitz : « De la guerre ». Traduction française Edition de Minuit, 1955, 755 p.

2- Rénovateur des Jeux olympiques de « l'ère moderne », il a fondé le Comité international olympique, qu'il a présidé de 1896 à 1925. La langue française, grâce à lui, est devenue la langue de l'olympisme. Pourtant, les Français ne sont pas toujours prompts à célébrer ce baron qui sent le souffre. Un colonialiste militant sous une IIIème République où le racisme était une culture politique largement partagée, à quelques G. Clemenceau près. « Dès les premiers jours, j'étais un colonial fanatique » laissait entendre le baron. Il voit dans le sport, un instrument utile de « disciplinisation des indigènes ». Eugéniste et misogyne, il s'est opposé à la participation des femmes aux Jeux et demeuré ferme dans son amitié pour le régime nazi dont il soutien les Jeux à Berlin en 1936 : « Comment voudriez-vous que je répudie la célébration de la XIe Olympiade ? Puisque aussi bien cette glorification du régime nazi a été le choc émotionnel qui a permis le développement qu'ils ont connu ». On se demande comment, à l'occasion des prochains Jeux à Paris en 2024, les Français vont s'accommoder des placards où sont discrètement rangés ses fantômes.

3- En mémoire des 10 000 Palestiniens victimes des événements de septembre 1970 en Jordanie dont le régime était alors en discrètes négociations de paix avec Israël, conclues en octobre 1994. 13 ans après l'attentat qui emporta A. Es Sadate.

4- On se souviendra du cadavre d'Aylan Kurdi, petit syrien de trois ans échoué sur une plage de Turquie en septembre 2015. Cf. Abdelhak Benelhadj « LA PHOTO DE LA HONTE ». Une chronique recto verso. Le Quotidien d'Oran, J. 22 septembre 2016.

5- « J. O. d'hiver à Pyeongchang, 08-25 février 2018. Les jeux de la paix, l'autre territoire de la guerre ». Le Quotidien d'Oran, J. 1er mars 2018.

6- Graham Allison (2017) : Vers la guerre. L'Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide. Traduction chez O. Jacob. 2019, 408 p.

7- Julien Laloye, 20Minutes le D. 08/08/21 à 17h05

8- Dans les ex-PECO, on se demande ce que leurs pays ont gagné à rejoindre l'Union Européenne et l'OTAN. Après la sortie de la Grande Bretagne, celle d'autres pays n'est désormais plus un tabou.

9- J'ai suivi attentivement les conditions dans lesquelles la Russie a été mise au ban des nations sportives dans deux articles publiés par Le Quotidien d'Oran : « La Russie à la porte des JO de Rio » J. 1er août 2016 et l'article du J. 1er mars 2018, op. cit.

10- Les Israéliens se sont ainsi flattés d'avoir au marathon un représentant de la même famille chez les hommes et les femmes » https://israelvalley.com/2021/07/29/le-1er-couple-marie-a-porter-les-couleurs-disrael-aux-jo/