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LA CRISE ET LES ESPOIRS

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Je l'ai appris tout dernièrement : dans les caractères kanji utilisés en chinois et en japonais, le mot «crise» est écrit avec deux symboles. Le premier signifie «Danger» (représentant un homme au bord du précipice). Le deuxième signifie «Opportunité». En clair, toute crise offre, pour les moins fatalistes et défaitistes et pour les moins ou pas complotistes d'entre-nous, cela va de soi, l'opportunité de s'en sortir encore plus grands, encore plus forts.

On a déjà vu, par le passé récent, des pays totalement laminés, soit par une guerre soit par des crises majeures, se relever, se reconstruire puis se développer. Exemples de l'Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale et de la Corée du Sud après l'occupation japonaise puis la guerre de Corée (celle-ci avait commencé son redressement par le vote de la loi anti-corruption du 14 juin 1961. Elle marque le début d'une épuration implacable tournée contre les anciens fonctionnaires) et de bien d'autres.

Bien sûr, il faut un minimum de «carburant», en l'occurrence de l'argent, mais on l'a vu, ailleurs et chez nous, cela ne suffit pas, ne suffit plus. Plus ou près de mille milliards de dollars en ressources extérieures sur vingt ans ont permis à Bouteflika et à son clan de «flamboyer» mais pas le pays. Du temps de Boumediene, il n'y avait pas beaucoup d'argent et de libertés, mais il y avait des réalisations (peut-être un peu trop ambitieuses) et de la croissance. Chez le premier, la rente et les dépenses, surtout fastueuses et de prestige, ont tué la croissance, freiné le développement et autorisé le non-progrès (régression intellectuelle, culturelle, politique, cultuelle). Chez le second, il y avait de l'autorité et de la croissance (en tout cas, c'est ce que nous présentaient l'Ons et le discours politique) mais pas de développement durable car vide de libertés et d'initiatives individuelles.

Bref, tout ce va-et-vient (ou aller-retour) économique et politique dure depuis maintenant près de six décennies et aucune crise (celle de la décennie rouge y compris qui a duré quand même presque dix années, faisant des dizaines de milliers de morts violentes) n'a réussi à secouer la gouvernance et à pousser les décideurs politiques et économiques à imaginer, puis à mettre en œuvre une stratégie de développement marquée par la durabilité et capable de transformer en profondeur la société et le pays, afin qu'ils réussissent leur «grand bond» en avant. La tentative la plus prometteuse - du moins sur papier - avait été celle des «réformateurs» de Mouloud Hamrouche, mais elle n'a pas été très loin, en raison surtout du gros problème de cette satanée indécision politique chez nos décideurs au moment «T», ce qui a laissé la porte ouverte à tous les jeux malsains et à toutes les récupérations, manipulations et dérives, pour la plupart aux conséquences tragiques. La faute à… ? Ni à Voltaire, ni à Rousseau, ni à Descartes, ni à Ben Badis, ni à Ben Bella, ni à Boumediene, ni aux Romains, ni aux Vandales, ni à la Turquie, ni à la France, ni à l'impérialisme, ni à la religion, ni au régionalisme… mais seulement à un passé-mosaïque qui nous a certes libérés physiquement des colonialismes étrangers, mais que nous continuons à «convoquer» en toutes circonstances et à le «vivre» et à l'«exploiter» douloureusement et de manière mortifère. Sans que personne n'ose (ou ne soit capable), enfin, tourner la page (attention ! on ne parle pas de déchirer les pages et encore moins de les effacer). L'exemple le plus récent : celui d'un Benjamin Stora (côté français) qui a déjà rédigé un rapport et présenté des propositions et celui du «chargé de la mission» (côté algérien) que nous nous impatientons de lire.

Pour ma part, côté histoire, il vaudrait mieux ne plus perdre son temps et s'en tenir - en pensant à l' avenir du pays et de notre descendance - à partir des constatations de l'écrivaine Aïcha Kassoul : «L'histoire de mon pays s'emballe dans l'hystérie des chefs radicaux, l'exaltation de la mémoire des morts et des martyrs, l'exclusivisme islamique et la panique démocratique et/ou laïque («Le pied de Hanane». Roman , Alger 2009), et de Mohand-Ouamer Benelhadj, Sg de l'Onm : «Nous avons les matériaux nécessaires et suffisants pour écrire notre histoire et nous n'avons pas besoin de leurs archives (françaises) qu'ils utilisent comme appât. Qu'ils nous livrent les plans des égouts d'Alger et ceux des richesses inestimables de notre sous-sol «(«Déclaration» @ Site web Onm / Alger, mercredi 9 décembre 2020) - à ce propos de feu Redha Malek : «Nous ne demandons pas que la France s'excuse : nous avons combattu et gagné. Nous ne sommes pas frustrés» (Essai © Alger 2013).