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Coronavirus: Quel vaccin pour l'Algérie ?

par Ghania Oukazi

L'Algérie ne pourra pas profiter du mécanisme de la «Facilité COVAX» parce qu'elle doit acquérir le vaccin anti-Covid-19 tout de suite pour pouvoir lancer l'opération de vaccination dès janvier prochain.

L'instruction du président de la République du dimanche dernier à son Premier ministre semble avoir chamboulé l'ordre des choses, dans la gestion de la crise sanitaire. Pour rappel, c'est par un tweet que Abdelmadjid Tebboune a instruit Abdelaziz Djerad pour réunir «sans délai» le Comité scientifique de suivi de l'évolution de la pandémie du coronavirus, en vue de «choisir le vaccin adéquat anti-Covid-19 et lancer la campagne de vaccination à partir de janvier prochain». C'est ce qu'a fait de suite le Premier ministre en associant à sa réunion le ministre de la Santé, de l'Industrie pharmaceutique, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Ceci étant, il semble que tous les responsables de la Santé ont été non seulement pris de cours mais sont mis sur le carreau par les effets induits par l'instruction du président de la République au plan de la gestion de la pandémie.

«L'Algérie va faire cavalier seul pour acquérir le vaccin anti Covid-19, à n'importe quel prix et sans en connaître les effets secondaires parce qu'aucun vaccin n'a été, à ce jour pré-qualifié par l'OMS», nous renseigne un professeur en médecine inquiet de ce changement brusque et inattendu dans la stratégie de lutte contre la pandémie. Il rappelle comme tous les observateurs avertis que l'Algérie a signé le 30 octobre dernier son adhésion à COVAX pour devenir le 188ème pays d'une alliance qui, avant l'acquisition de tout vaccin, en négocie le prix mais après que l'OMS ait signé sa pré-qualification. «Elle se retrouve au mieux assise entre deux chaises parce qu'elle ne pourra pas se retirer tout de suite mais doit acheter son vaccin le plus tôt possible, sans attendre le feu vert de l'OMS,», fait-il remarquer. Codirigé par GAVI dont les partenaires, lit-on sur son site, sont l'OMS, l'UNICEF, la Banque mondiale et la Fondation Bill Melinda Gates, la «Facilité COVAX est un mécanisme mondial de partage des risques pour l'achat groupé et la distribution équitable de vaccins contre la Covid-19».

Un choix de vaccin sur décision politique

Ce mécanisme permet de faire obtenir aux 188 pays «des doses pour au moins 20% de leur population, un portefeuille de vaccins diversifié et activement géré, la livraison des vaccins dès leur disponibilité (…)», lit-on sur le site de GAVI. La «Facilité COVAX» intervient ainsi «en mutualisant le pouvoir d'achat de tous les pays participants, aura un accès rapide à des doses de vaccins sûrs et efficaces dès qu'ils sont homologués» apprend-on encore par le site. GAVI affirme «travailler avec les partenaires de l'Alliance, l'UNICEF et l'OMS pour s'assurer que l'infrastructure et le soutien technique sont mis en place pour pouvoir livrer les vaccins anti-Covid-19, en toute sécurité, à tous ceux qui en ont besoin». Il est noté que ses interlocuteurs dans les pays adhérents à la «Facilité COVAX» sont en général les représentations de ses partenaires (OMS, UNICEF et Banque mondiale) et aussi les autorités sanitaires publiques locales (ministère de la Santé, Instituts, société civile….). Ce processus a été mis en branle, en 2014, pour l'acquisition et la distribution du vaccin contre le virus ‘Ebola' qui a sévi en Afrique de l'Ouest.

L'adhésion de l'Algérie, le 30 octobre dernier, à ce mécanisme n'a été décidée qu'après plusieurs séances de travail à l'Institut Pasteur Algérie, en présence du Comité technique de vaccination, sous l'égide des premiers responsables du secteur de la Santé. Tous sont convenus qu'il faille attendre que les vaccins soient sélectionnés par l'OMS pour les acquérir. Le programme de vaccination allait, en principe, démarrer en Algérie à la fin du 2ème, au plus tard au début du 3ème trimestre 2021. Mais l'instruction du président de la République a obligé à la reformulation de cette stratégie. Nos sources du ministère de la Santé et proches du Comité scientifique de suivi et d'évaluation de la pandémie indiquent que «l'Algérie devra conformer son choix du vaccin à ses positions politiques pour ne pas contredire et remettre en cause ses principes et objectifs de partenariat avec le reste du monde, notamment avec les grandes puissances».

Quid des effets secondaires

De là, le raccourci à prendre est de penser que le Président Tebboune va faire ramener le vaccin de pfizer BioNtech (américano-allemand) puisque il se soigne en Allemagne. Où alors de la Chine au regard des importants contrats économiques conclus avec des entreprises de ce pays. Mais Selon nos sources qui se veulent, quand même prudentes, «tant qu'il n'y a rien d'officiel qui est rendu public», l'Algérie aurait opté pour deux vaccins, le premier russe «Spoutnik V» fabriqué en août dernier et dont l'efficacité est de «100% après les 3 phases de tests» comme l'ont déclaré des scientifiques et diplomates du même pays.

En notant qu'elle a vacciné déjà «les médecins et les enseignants universitaires et des écoles», la Russie a annoncé que son vaccin sera «opérationnel à grande échelle» dès le 1er janvier prochain. Le second vaccin que l'Algérie pourrait acquérir est l'AZD1222 fabriqué par Astra Zeneca (fusion anglo-suédoise) en collaboration avec l'Université britannique d'Oxford. Déclaré efficace à 70% après avoir été validé par des scientifiques indépendants sur la base de tests (par injection de dose et par placebo) sur près de 24.000 volontaires anglais et brésiliens, «le vaccin d'Astra Zeneca a, en réalité, atteint plus de 90% d'efficacité après les 3 phases des tests», soutiennent des sites scientifiques.

Tout autant que les fabricants des 2 premiers vaccins, le Laboratoire américain, Moderna et la fusion de Pfizer l'Allemand et BioNtech l'américain déclarés efficaces respectivement à 94% et à 95%, ceux du russe «Spoutnik V» et ceux du «AZD1222» d'Astra Zeneca «n'ont pas encore le recul nécessaire pour convaincre de l'absence des risques d'effets secondaires graves ou incontrôlables», pensent les épidémiologistes. Ces derniers affirment qu'il faut 7 ans et plus pour pouvoir fabriquer un vaccin. A plus forte raison quand il s'agit de contrer le nouveau coronavirus qui, depuis son apparition, il y a une année, fait travailler les neurones de tous les spécialistes du monde dont certains allient parfois dans leurs résultats le bon sens et la folie.