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Des étudiants manifestent contre le « prolongement du 4ème mandat »

par M. Aziza / A. Z. / H. Barti

La nouvelle lettre adressée à la nation du président Bouteflika n'a pas semblé convaincre les étudiants. Des milliers d'étudiants sont sortis hier dans la rue, à travers plusieurs wilayas du pays, pour exiger « le départ du système en place » et l'édification d'une deuxième République avec de nouvelles têtes élues par le peuple. Les étudiants rassemblés en force à Alger ont affiché, à l'instar de leurs collègues qui ont manifesté à travers d'autres wilayas du pays, leur refus catégorique du prolongement du 4ème mandat. Dans une ambiance qu'on peut qualifier de « festive », les étudiants scandaient « Matzidch dkika ya Bouteflika », en rejetant ainsi l'idée du report des élections présidentielles, qui, selon certains étudiants, profiterait au «gang qui tourne autour du président ».

Les étudiants des universités de l'USTHB, l'EPAU, la faculté de médecine et la faculté centrale ainsi que d'autres campus à Alger se sont rassemblés, hier, dans le calme à la place Maurice Audin et à la Grande Poste pour exprimer le refus de « la prolongation du mandat du président Bouteflika » et en faisant même des propositions avec des pancartes en carton. Si certains ont écrit « On ne veut pas de 4,5 mandats et une période de transition assurée par le gang», d'autres ont écrit «Une période de transition qui sera présidée par Benbitour». A noter que des appels « anonymes » sur les réseaux sociaux ont invité les manifestants à afficher des pancartes indiquant leur choix de personnalités qu'ils jugent pouvoir les représenter pour arriver à un consensus national autour des propositions populaires. Les étudiants semblent déterminés à poursuivre les manifestations en dépit des vacances forcées imposés par la tutelle. «Tu prolonges le mandat, on prolonge le combat», lit-on sur une autre pancarte brandie par une étudiante à Audin. D'autres universitaires ont trouvé une autre forme d'expression en collant des étiquettes sur le mur de la bibliothèque de l'Office des publications universitaires à la place Maurice Audin qui résument leurs revendications. Sur des petites étiquettes rouges et roses, on pouvait lire : « Libérez, libérez l'Algérie », «Dégage Système», «Pour une deuxième République». Enfin, des slogans antisystème, anti-FLN et RND résonnaient haut et fort au tunnel des Facultés à Alger jusqu'à la fin de l'après-midi. Les policiers déployés depuis la matinée au niveau de la rue Didouche Mourad, Audin et la Grande Poste tentaient d'orienter les étudiants vers des passages bien précis pour éviter le débordement. Mais, surtout, en veillant à empêcher les étudiants de se frayer une voie en destination des boulevards Didouche et Mohamed V, qui mènent vers la Présidence. Des camions bleus alignés faisant barrage aux étudiants. Mais il faut le reconnaître, les étudiants n'ont pas tenté de forcer ces barrages.

A Constantine, des étudiants se sont rassemblés, hier, devant notamment l'université des Frères Mentouri Constantine ‘1', avant de marcher vers le centre-ville. L'adhésion à cette marche n'était pas aussi massive que les précédentes manifestations, certainement en raison du fait que la plupart des étudiants étaient en vacances et se trouvaient chez eux, hors wilaya, pour un grand nombre d'entre eux. Ils étaient, donc, quelques centaines à converger vers le centre-ville, aux environs de la mi-journée, scandant cette fois-ci de nouveaux slogans, suite aux derniers développements sur la scène politique nationale, comme « Non à la prolongation du mandat présidentiel », « Non au report des élections » et « Système dégage ». Les manifestants ont observé un rassemblement devant le palais de la culture Med Laïd Al Khalifa, où se trouvaient les supporters du CSC et du MCO, qui avaient rendez-vous dans l'après-midi au stade Hamlaoui, et qui se sont mêlés aux manifestants, y prêtant joie et fanfare au regroupement.

A Oran, mis à part les quelques groupuscules épars d'individus, notamment de jeunes, observés dans certaines artères et places publiques, drapés de l'emblème national, l'ambiance générale, hier, contrastait franchement avec la forte mobilisation constatée au cours des derniers jours. Une sorte de flottement qui dénotait un climat d'hésitation ou de prudence. Premier fait illustrant cet état, les abords du siège de la wilaya qui avaient, depuis le début du mouvement populaire anti-5ème mandat, drainé des foules immenses composées de centaines, voire de milliers de manifestants, étaient outrageusement vides hier. Même constat observé au niveau des principales artères du centre-ville, où circulation automobile et activités commerciales se déroulaient tout à fait normalement. Seule la grande place du 1er Novembre abritait quelques dizaines de manifestants reconnaissables aux drapeaux qu'ils portaient sur leurs épaules, sans chants ni slogans entonnés. Le service des transports publics, que ça soit par autobus ou par tramway, a également été assuré sans interruption ni perturbation comme ce fut souvent le cas au cours des derniers mouvements populaires. Les forces de maintien de l'ordre étaient, de leurs côtés, assez discrets hier, voire carrément invisibles sur certains sites habituellement encadrés par d'impressionnants dispositifs sécuritaires. L'après-midi, un calme relatif était constaté. Un calme toutefois précaire car les choses pouvaient évoluer à n'importe quel moment.