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Bedoui, saura-t-il calmer la rue ?

par El Yazid Dib

Va-t-il élaborer son programme de gouvernement et le présenter à l'assemblée nationale, dans ce climat de grand malaise socio-politique ? Si sur le plan économique tout est clair, crise, diversification économique, etc. où rien ne va changer sauf la coquette terminologie ou les phrases désuètes ; sur le plan politique la dragée est vraiment haute. C'est l'épreuve du saut périlleux. Rien n'est assuré. ‘Ennahar' et les autres faiseurs de figures ne font plus l'opinion publique. Ils l'ont refondée. Décidément, tout est basé sur l'intelligence sauf qu'en politique c'est à la roublardise de faire des siens. Le miracle d'arrêter le souffle n'aura pas lieu et l'Algérie se sauvegardera. L'on vient de subir avec ces décisions incomplètes ou à moitié accomplies une autre persistance du pouvoir à aller vers l'opiniâtreté systémique. Comme l'aurait affirmé beaucoup de gens à travers cet adage populaire disant que : « si la soupe est amère, ça ne sert à rien de changer les cuillères ». Chasser Ouyahia et mettre un autre Ouyahia qui fonctionne autrement et encore à moindre carburation ne semble s'inscrire que dans une continuité et encore de moindre intensité. La différence entre un homme dédié à l'acte politique et un autre consacré à l'administration ; a toujours bâti les frontières entre le militantisme et le carriérisme.

Le retrait de candidature reste un droit entier comme celui d'en postuler, mais les élections sont reportées, dites-nous en vertu de quoi ? Il aurait été moins préjudiciable de leur fixer une date et non pas fixer une date d'une année à une commission consensuelle qui se démunira, certainement, de d'un consentement conventionnel. Ainsi nous nous installons dans une prolongation sans durée, en renvoyant une prérogative constitutionnellement présidentielle à une commission sans nul ancrage de la même espèce. Il y a du déni de la loi et de l'entorse au respect des échéances électorales auquel le nouveau Premier ministre n'a cessé de brailler dès la convocation du corps électoral. Les enregistrements sont là avec des preuves irréfragables. Il essayait à son habitude mal convaincante de se flatter en rétorquant que cette « convocation » est ce strict respect des délais électoraux et constitue, donc, une réponse à ceux qui doutent du processus démocratique enraciné chez le président. Que va-t-il encore dire pour justifier le report et l'irrespect du délai ? Souveraineté nationale ? Exigence populaire ? De toute façon il saura trouver, avec un appétit inachevé les mots pour continuer à mettre « le citoyen dans le cœur des préoccupations » actuelles, politiques et démocratiques. Bedoui sait se tenir à carreau quand la foudre gronde, sait se faire attendre quand la salle est déserte. Saura-t-il cependant parachever la biométrisation entamée, pourtant, par ces prédécesseurs pour la mettre politiquement, cette fois-ci, au service du bonheur social, de cette rue qui scande encore ?

En fait la rue dès la marche du 8 mars et en surpassant le refus du cinquième mandat ; s'est investie dans le cri revendicatif pour la disparition des piliers du régime. L'exigence était de ne plus revoir les mêmes têtes, ni entendre les mêmes noms. Ils sont rébarbatifs comme le sont leurs itératives promesses. L'on est pantois et dubitatif si l'on pense qu'avec tout le génie algérien l'on n'ait pu trouver un nom qui puisse rassembler tous les segments des doléances populaires. Quelqu'un qui n'a pas de comptes à régler, qui n'a pas de haine, ni de rancœur, ni d'aigreur face à des pairs, des faits ou des fatalités. Il nous aurait fallu un homme neuf, indemne de tout grief, non entaché de commissures ou de compromissions, ce genre de type qui ne connaît personne, étant seul avec ses compétences, ses prouesses, sa conscience et son ultime sacrifice patriotique. Bedoui saura-t-il encore s'adapter à ces critères et défier, lui qui use de « défis » et « d'enjeux » le chant de la suffisance qui semble l'avoir habitée depuis peu ?

Selon l'agenda tracé et si tout ne s'accélère pas, il va être Premier ministre jusqu'après la fin de l'année.

Un Ghozali des années 90 avec ou sans papillon. C'est lui qui va architecturer la charpente de cette nébuleuse commission du consensus national, c'est lui qui va mettre la loi de finances complémentaire en juin et le budget 2020, c'est lui qui va piloter la mise en place d'une entité indépendante non pas pour la surveillance des élections mais pour leur organisation, c'est lui, en quelque sorte, qui va gérer une phase dangereusement creuse que l'on n'ose à peine appeler transition, c'est lui qui va... enfin tout régenter. Sauf que la société, ses profondeurs, ses aspirations sont domiciliées un peu loin de cet agenda et tendent déjà à rejeter d'un bloc cette fausse transition. Attention à l'histoire qui s'écrit...