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Candidature de Bouteflika à un cinquième mandat: Les partis réagissent

par Moncef Wafi

L'annonce officielle de la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat n'a laissé personne indifférent et les réactions, logiques, ont épousé les positions déjà actées en amont des uns et des autres.

Partis de l'Alliance présidentielle et ceux de l'opposition ont réagi en applaudissant ou en sifflant une candidature attendue, espérée ou rejetée. Interrogé par «France 24» alors qu'il se trouve à Addis-Abeba, en Ethiopie, le Premier ministre et SG du RND, l'un des partis de l'Alliance, s'est dit « heureux et soulagé » par cette annonce qui était attendue.

Sa réaction est partagée par le porte-parole de son parti, Seddik Chihab. « Le Président Bouteflika a répondu favorablement aux appels insistants des partis politiques de l'Alliance, des organisations de la société civile, ainsi que celui du pays », a-t-il indiqué. Il a assuré, derechef, le soutien indéfectible du RND au président de la République. Même son de cloche chez Taj où son secrétaire national chargé de la communication, Nabil Yahiaoui a expliqué au journal ‘Le Temps' que le parti attendait « à ce que le président se porte candidat à l'élection présidentielle de 2019 ». Il a ajouté que son parti sera sur le terrain pour soutenir Bouteflika, soit pour la collecte des signatures, où lors de la campagne électorale. L'ANR n'a pas dérogé à la règle et se déclare très satisfaite de cette décision. « Il n'est pas surprenant qu'un homme qui n'a jamais hésité à répondre à l'appel de la Nation, dans les étapes les plus difficiles, ne peut que répondre aux appels répétés d'un large éventail de sociétés, représentées par de nombreux partis politiques, organisations nationales et le grand public dans tout le pays », a affirmé son président. Le MPA d'Amara Benyounès rappelle, lui, avoir toujours été aux côtés de Bouteflika qu'il compte soutenir, encore, dans son nouveau projet d'approfondissement des réformes politiques, économiques et sociales. « Le MPA et son collectif militant s'engagent à se mobiliser auprès du candidat Abdelaziz Bouteflika et à mener campagne, à travers le territoire et au sein de l'émigration, avec loyauté, sincérité et dévouement», annonce le parti.

Du côté de l'opposition, la réaction la plus virulente est venue de Talaie El Hourriyet, le parti d'Ali Benflis, qui a qualifié l'annonce de la candidature de Bouteflika d'« irresponsable, susceptible d'enfoncer davantage notre pays dans la crise politique, économique et sociale qui le ronge ». Dans un communiqué rendu public, le parti dénonce « un nouveau détournement annoncé de la volonté populaire » et « une violation caractérisée de la Constitution ». Une candidature qualifiée, par la même source, de « coup de force dans la lignée de celui qui, en 2008, a permis de faire sauter le verrou de la limitation des mandats et qui a fait, déjà, du 3ème mandat, un mandat de trop, comme l'a été le 4ème mandat et le sera le 5ème ». Le communiqué avertit que «par cette décision qui touche à la dignité citoyenne, le pouvoir politique en place engage sa responsabilité pleine et entière quant au danger auquel il expose le pays ». Pour le FFS, cette candidature n'a pas été une surprise. « Je disais en 2006 qu'il était clair qu'ils sont tout le temps dans l'alternance clanique», a expliqué Ali Laskari, coordinateur de l'instance présidentielle du parti sur TSA Direct. « Bouteflika, depuis qu'il a été élu en 1999, est là pour un mandat à vie », a-t-il ajouté. Il estime que cette élection présidentielle sera « verrouillée, fermée » et qu'« elle ne sera jamais libre, démocratique ou transparente », a insisté M. Laskri pour qui lors du scrutin du 18 avril, « c'est le candidat du système qui va sortir ». Dans ce contexte, le FFS boycottera, activement, la prochaine élection présidentielle et compte investir le terrain. « Les conditions ne sont pas réunies, ce n'est ni une élection libre, ni honnête, ni transparente », a justifié Laskri, affirmant que la décision du boycott a été prise « après un débat sérieux » au sein de son parti. Le RCD, pour sa part, qui a décidé de boycotter le prochain scrutin, a lancé un appel en direction des forces politiques et sociales du pays, en vue de créer des espaces de concertation pour « une mobilisation citoyenne en faveur de la construction d'un rapport de force pour un nouveau départ ». Son président, Mohcine Belabbes, estime que « l'heure n'est pas à l'engagement dans des processus électoraux joués d'avance mais à l'ouverture d'un dialogue courageux, loyal et fraternel pour explorer les meilleures voies permettant la mise en place de conditions faisant du citoyen l'arbitre et l'acteur de son destin ».