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Tlemcen : un vide sidérant

par El Hassar Bénali

Le vide culturel à Tlemcen, une ville pourtant d'un passé élogieux au plan de la production de l'esprit, de la création et de la créativité culturelle et artistique. Il faut signaler, aussi, qu'elle dispose de structures magnifiques dont maison, et palais de la Culture, mais qui, malheureusement, sonnent vides toute l'année si ce n'est les rares occasions offertes par des réunions, encore moins de spectacles.

En créant les structures a-t-on fait, certes, le bon choix de ce qu'il faut pour encourager la création dans ses différents volets de création ?. La question est, ainsi, souvent posée dans cette ville qui souffre d'un vide culturel sidérant. Les élus, les autorités ont-ils fait le travail nécessaire à garantir l'évolution de la région dans ce domaine ? La réponse est négativement donnée par le constant réel sur le terrain.

Le prestige des structures existantes ont, dans leur conception, telles imaginées, correspondent à un besoin qui normalement se manifeste dans une ville où la création et la créativité sont débordantes, créant le besoin impérieux d'espaces de diffusion. Or, dans cette ville avec son passé prestigieux, au plan de la culture, avec son riche patrimoine, attend toujours, ce que les décideurs, en manque apparemment de vision culturelle et de stratégie, plus festive dans ce domaine, n'ont pas encore mesuré la nécessité primordiale de structures à la formation, à savoir : un conservatoire, une vraie école des beaux-arts, des ateliers d'art dramatique et plastique... et cela, à l'instar de nombreuses villes du pays. L'on ne diffuse que ce que l'on produit, selon un système de formation bien étudié dans le cadre d'un plan d'action culturelle.

Que dire également du Musée des arts islamiques dont le chantier est à l'abandon depuis plus de dix années. En attendant, les spécialistes craignent des conséquences du mauvais état de conservation de nombreuses pièces précieuses dont les tableaux du peintre Abdelhalim Hemch, au siège de l'ancienne médersa, qui leur sert d'entrepôt. Les musées existants sont sans animation thématique régulière, selon les principes de muséologie moderne, d'où leur résultat : zéro-visiteurs/jour Rappelons, par ailleurs, que les recherches archéologiques sur sites ne sont plus programmées, Agadir (1972) et Méchouar (2010)...

Dans cette ville au riche passé, comment autrement expliquer le fait que des lieux de sa mémoire historique soient débaptisés (Dar al-Bouhmidi), rasés (cercle les Jeunes Algériens, Dar al beylek...) d'où aussi, la vieille médina abandonnée, dans un triste sort voire aussi, l'acropole de Sidi Abou Madyan... sans plans normatifs spécifiques pour leur sauvegarde. A al-Eubbad, il y a le cas les biens de main morte, légués par l'homme politique fondateur du Croissant- Rouge algérien, maître Boukli Hacène Omar, offrant là, un bel exemple d'amour pour le pays et qui ne trouve pas le chemin de ce que la charité du donateur a voulu en faire, à savoir un entre culturel rattaché à l'invocation de l'œuvre du grand soufi, Sidi Abou Madyan Choaib...

Le chapitre de la Culture en tant qu'aussi facteur de progrès n'a jamais été à l'ordre du jour, depuis très longtemps, d'une assemblée de l'APW, de l'APC pour examiner, faire des propositions et ouvrir des chantiers de travail favorisant le progrès de ce secteur vital dans l'ordre de l'histoire, de l'identité et du progrès en matière d'évolution de la société.

 La direction de la Culture à, certes, beaucoup à faire pour proposer au classement de wilaya ou communal des demeures et lieux symboliques du passé de la région, squattées ou à l'abandon ouverts à tous les vents, voire entre autres les maisons, souvent de style, de Cadi Chaib, Mohamed Bensmail à Djelissa... qui, une fois restaurées peuvent jouer aussi le rôle de bibliothèques ou de sièges à des associations. A quand aussi, la baptisation de rues ou même impasses au nom des personnalités politiques et culturelles, natives, qui ont laissé un patrimoine héroïque de mémoire dû à leur combat politique, leur pensée, leurs œuvres et qui, dans leur propre ville sont encore dans l'oubli, tel le cas de la grande figure du mouvement indépendantiste en Algérie et au Maghreb Messali Hadj, les hommes politiques et intellectuels Abdelkader Mahdad, les frères Larbi et Bénali Fekar, l'écrivain Mohamed Dib, Mohamed Guenanèche, Mahmoud Bouaya, Abdelmadjid Méziane...

A défaut de structures, il n'existe d'autres choix que d'aller vers la musique avec les quelques associations s'évertuant, tant bien que mal et dans le bénévolat, au seul domaine, celui de la musique traditionnelle. Là aussi, Tlemcen a fini, depuis quelques années, par perdre son prestigieux Festival de la musique andalouse, déchu de son organisation, après plus de trente années d'existence. C'était là un moment culturel offrant les conditions à des rencontres bénéfiques d'échanges avec des expositions, des conférences, des visites et aussi, la publication d'une revue spécialisée. Un grand évènement culturel, dans le sens le plus large du terme. Cette déception, mal ressentie, a conduit des plaidoyers dans la marge maîtres d'écoles, journalistes, intellectuels à prendre l'initiative de célébrer, tant bien que peu, l'anniversaire de la mort de grand maîtres de la grande école maghrébine de la Sana'a-Gharnata Cheikh Larbi Bensari. Ainsi que ‘Hadrat andalous bi tilimsan', une sorte de ‘Mlamma' ou convivencia, regroupant chaque année, les amateurs et amoureux de cette musique liée à l'identité, servie depuis des siècles, par des textes de grands auteurs algériens, andalous et maghrébins, frappés d'amnésie et dont le rôle de tels évènements est aussi de les faire connaître. Ce qui est important à signaler, c'est que cette musique rrêtée à l'histoire de Ziryeb, du temps des Omeyyades en Andalousie, ne cesse de se dévoiler encore mieux grâce aux recherches scrutant son histoire cachée et qui explique son engouement défrayant le temps et qui maintiennent jusqu'à aujourd'hui sa tradition urbaine, symbole de la vieille citadinité au Maghreb. Le mérite de cet évènement est aussi, le bénévolat dans l'organisation grâce aussi aux subsides de l'Etat pour l'hébergement et le transport. Les prochaines éditions, si tant il y en aura encore, méritent d'être mieux organisées en faisant appel aux chercheurs, historiens, musicologues, amateurs d'art et grands mélomanes qui ont fait que cet héritage d'expression, à la fois littéraire et musicale est, de mieux en mieux, rendu compréhensible et lisible. Par un certain ostracisme réducteur, cet héritage a fini par être l'otage des seuls pratiquants. Cette musique à textes, à enracinement culturel et artistique lointain, a besoin aujourd'hui d'honorer ses grands producteurs restés dans l'oubli : Abi Abi djamaa talalissi, Affif eddine, Ibn Khamis, Ibn al-Benna, Said al-Mandassi, Ben Triqui, Ben M'saib, Bendebbah, Ibn Abi Ameur...

Dans l'organisation de tels évènements, à l'échelle du pays, il faut des acteurs et spécialistes capables d'imaginer des chantiers et des projets culturels, surtout qu'il est question, aujourd'hui, pour certains, de faire évoluer la tradition qui s'est arrêtée, depuis voilà des siècles. L'Association ‘Nassim al-andalous' d'Oran , dans le cadre de la tenue de cette manifestation, certes d'un geste symbolique, défiant les organisateurs, a tenu à rendre hommage à l'historien et à son œuvre, le professeur Abdelhamid Hadjiat dont les travaux ont été d'un intérêt important pour la recherche dans ce domaine dévoilant des pans importants de l'histoire de cette musique les auteurs, les poètes et leur créativité et cela, en décryptant de vieux manuscrits.

Le travail dans ce domaine doit être une affaire avant tout d'hommes de culture, d'artistes capables de s'inscrire dans la dynamique moderne de développement et du progrès... et non de bureaucrates qui sont plus dans le faste et le spectacle que dans l'action. A Tlemcen, toute la dimension culturelle et artistique d'organisation et de production est à revoir avec plus de participation, en dehors des structures d'aucun apport héritage d'un passé politique de conformisme et qui a fini par scléroser le pays, malgré les grandes énergies, dans tous les domaines, et qui ont besoin seulement d'être sollicitées et capitalisées et cela, dans le cadre d'une nouvelle dynamique de progrès et de développement moderne.

On apprend déjà, que l'Association musicale ‘Gharnata' s'apprête déjà, dans le courant du mois de mai prochain, à rendre un hommage mérité au défunt Djelloul Yellès musicologue et ancien directeur de l'Institut national de musique, auteur de contributions majeures dans la sauvegarde du patrimoine et que, d'autre part, les artistes dans la marginalité jamais sollicités dans le cadre du plan d'embellissement de la cité, sont en train de créer leur propre association. En l'absence de locaux, aucun projet n'est encore retenu visant la création d'une maison des associations favorisant l'initiative, le dialogue dans le cadre d'une politique de participation pourtant promise à travers les discours, pouvant combler, souvent, le déficit de représentation et de représentativité, en récupérant des bâtisses de vieilles minoteries à l'abandon au centre de la ville.