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Le pouvoir d'en haut, la confiance d'en bas

par Ahmed Farrah

Quand tout est vertical et rien horizontal, ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide des privilèges soit par la force des choses, soit par accident de l'histoire, sont pratiquement tous atteints du mal des hauteurs. Grisés par l'altitude, ils se voient les maîtres de la plèbe qui leur renvoie les mirages d'un pouvoir éternel. Le vertige les saoule jusqu'à ce qu'ils soient touchés de myopie incorrigible qui les rend aveugles à leur propre passé récent. D'autres s'enferment dans leur tour d'ivoire pour se blinder contre les phobies de la réalité qui les dépasse. Ils se transforment en petits tyrans actionneurs d'arbitraire et de peines. Leur arrogance est plus grande que le talent qui leur manque.

L'indécence et le narcissisme sont des marques de fabrique. Ils en abusent jusqu'à la lie. Ils se bourrent jusqu'au petit matin. Les caméras de télévision ne les contentent plus du fait de la théâtralisation au goût de navet qui ne fait plus de l'audimat. La presse est trop élitiste à leurs yeux, elle les intéresse peu dans la mesure où elle ne ratisse pas dans le périmètre de leur dessein. Tout ce monde est là par le fait d'un système « élitiste» qui a rendu le citoyen dépendant et assisté, bridé et étouffé. « L'Etat est là pour lui ». Mais qu'est-ce que c'est qu'un Etat sans tous ses enfants d'ici ou d'ailleurs, ceux qui sont partis ou ceux qui cherchent à partir, pensant que les opportunités d'une meilleure vie sont hors de ce pays qui sème en eux à chaque rendez-vous raté les peurs et les drames cycliques ?

Bémol !

Heureusement que le monde est fait d'un peu de tout. Il y a aussi la droiture et l'intégrité, le talent et les compétences, le dévouement pour les faibles et les causes justes… Quoique les personnes portant en elles ces valeurs soient une denrée rare au milieu d'une jungle, leur présence protège des vents les petites flammes d'espoir pour qu'elles ne s'éteignent pas.

Ainsi, certains responsables « empathiques » essayent non sans difficulté de quitter leurs habits protocolaires de commis de l'Etat pour aller tout droit à la rencontre de personnalités de la société civile dans le but d'ouvrir des canaux d'échanges et des soupapes de sécurité en ces temps de confusion et de bouillonnement social dû au mépris ressenti. En tendant ces passerelles horizontales, ils tentent de court-circuiter les relais traditionnels, souffrant d'illégitimité et de carence… et briser la verticalité écrasante pour que la confiance ne déserte pas le bas.