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Elections locales Une campagne électorale aux relents affabulatoires

par Farouk Zahi

«Les élections n'effacent pas les problèmes» (Jean-Pierre Raffarin, homme d'Etat français)

Tel un rite mystique, ces processions de véhicules rutilants déposeront, probablement, pour la première et dernière fois des personnages amènes et tout sourire. Leur visite sortira le village, momentanément, de sa torpeur coutumière. La vie publique qui ne peut plus se passer de la couleur locale, s'ingénie à créer l'évènement festif en convoquant moult troupes folkloriques, fantasia et autre karkabou. Cette tradition atavique remontant aux temps du beylik et du caïdat, n'est rien d'autre qu'un ludique intermède pour attirer les foules. Dans la salle apprêtée pour la circonstance, les «cerbères» du leader font les gros yeux pour annihiler toute tentative de rapprochement avec l'orateur haut perché sur la tribune. Les clameurs des militants surchauffés par des hymnes patriotiques déversés à gros décibels donneront l'illusion, aussi momentanée qu'éphémère, que les voies royales de la notabilité prospère sont largement ouvertes. Le poster géant du leader -se déclarant pourtant contre le culte de la personnalité- placé çà et là, ne manquera pas d'entretenir l'illusion. Une sorte de répétition pour des fonctions hautement plus valorisantes. Sinon pourquoi consacrer autant d'efforts et d'argent pour une simple représentation populaire locale, mais qui sait ?...elle peut mener parfois aux plus hauts cénacles. Les symboles savamment choisis, ponctueront le discours qui se fera de manière répétitive tout le long de cette campagne des locales du 23 novembre 2017 qui durera vingt-cinq jours à partir du 5 du mois courant. Pour débuter leur campagne, certains choisiront El Madania (ex Clos Salembier) en référence à la réunion des «22» historiques du 25 juin 1954, conclave qui a décidé du déclenchement de la Révolution, d'autres la wilaya d'El-Tarf pour sa charge historique diront-ils, d'autres les Aurès ou le Tassili. Et c'est justement en ces moments mêmes que l'on se rappelle du développement local, de l'environnement et de la sécurité intérieure, le reste du temps c'est haro sur le baudet ! D'autres vont jusqu'à promettre la levée du gel sur les investissements en dépit d'une situation budgétaire sensible du pays. Tant qu'à faire, on n'est pas loin de promettre la lune. Leur base dite militante ne manquera pas de les affubler du costume local sous la forme d'un burnous noir chaoui ou brun des Hauts-Plateaux, de la chéchia mozabite ou du basane targui. Certaines personnalités de teint clair rappelant plus le genre nordique qu'autochtone, versent plutôt dans le burlesque loin de l'image du Targui d'Illizi ou du Reguibi de Tindouf qu'elles veulent renvoyer. Le potentiel, pour ne pas dire l'aléatoire électeur, sachant très bien distinguer le bon grain de l'ivraie rira sous cape à l'énoncé des déclarations d'intention. Il sait par avance que celui qui ne détient pas les cordons de la bourse fait dans la chimère. Il nous revient à l'esprit ce fait anecdotique qui s'est déroulé dans les années quatre-vingt (80) au cours d'une tournée du défunt Conseil de coordination présidé par le Commissaire du Parti (Mouhafedh) à une commune steppique. Le maire, enturbanné et apparemment peu instruit, en s'adressant au wali, se fit interpeller par le responsable politique, voulant ainsi marquer sa prééminence. L'éleveur, point démonté, fit cette réponse cinglante à son interlocuteur : «Si El Mouhafedh… quand il s'agit de paroles on s'adresse à vous, mais quand il s'agit d'argent, c'est à lui, montrant du doigt le chef de l'exécutif, que je m'adresse !». La messe était ainsi dite.

Cette Algérie profonde que peu de responsables politiques ou autres connaissent, du moins dans son quotidien, est surprenante quand il s'agit de choses aussi graves que sa représentation dans les institutions constitutionnelles. L'électeur qui n'est plus celui à qui on tenait la main pour glisser son bulletin de vote dans l'urne, pragmatique et nourri aux sources mêmes de l'information, rendue possible par la magie des réseaux sociaux, n'attend pas moins de son élu un accompagnement sans à-coups. Si ce futur élu n'est pas capable d'intermédiation entre lui et le chef d'établissement public, le wali ou le membre du gouvernement même, son sort sera définitivement scellé car de personnage adulé, il n'aura plus droit à la déférence due à son statut. Cette démarche en faveur de l'électorat, n'est en rien comprise comme un passe-droit en faveur de celui-ci, mais juste un retour des choses par un renvoi d'ascenseur.

Le discours développé pour haranguer les foules n'est qu'une une pâle copie de ce qui est communément développé par les pouvoirs publics eux-mêmes. Il est généralement sustenté par les problématiques du logement, de l'emploi, des infrastructures et de la sécurité publique, sauf que les formations politiques qui ne gravitent pas autour des centres de décision n'ont aucune chance de voir leurs promesses électorales aboutir d'aussitôt. Intimement convaincu, le citoyen averti n'en croira pas un traître mot. Les discours de la campagne seront, à un lieu géographique et un fait historique près, les mêmes pour chanter les vertus de la région ou de la localité, jadis, combattante qui a donné, par le passé, telle figure nationale ou abrité telle civilisation. Massinissa, Dyhia, l'Emir Abdelkader, Cheikh Amoud, Si El Haouès, Boumediene et Boudiaf seront convoqués, chacun dans son fief d'origine pour caresser dans le sens du poil. Pendant que les orateurs s'égosillent à convaincre un parterre acquis à leur cause -au vu de la tonalité développée dès le premier jour, beaucoup d'entre eux terminerons le parcours aphones- le prétendu électeur fera défiler des images déjà vécues porteuses d'aigreur dépitée. Le candidat si affable et si avenant aujourd'hui, sera cet homme important que peu de personnes pourront approcher. Ces visites seront de plus en plus espacées pour ne pas dire exceptionnelles. Il fréquentera le gotha mondain du chef lieu ou même de la capitale pour en faire son nouveau milieu. Son ambition démesurée lui fera entrevoir d'autres perspectives à même de le hisser au pinacle de la notoriété et de l'aisance financière à vie après un ou deux mandats bien remplis. Les avantages matériels et autres gratifications de tout ordre, sont probablement les seuls attraits de la fonction élective qui n'est certainement pas de tout repos.

L'imaginaire que se faisait la société de l'édile est, malheureusement, écorné par les prébendes jusqu'aux rapines dénoncées au quotidien par la vox populi et la presse. Les scandales de corruption avérée et indignement étouffés n'arrangeront en rien les choses. Il est de notoriété publique que d'anciens élus impliqués dans des crimes économiques avérés, osent encore l'aventure élective considérant leur incrimination comme une cabale montée de toutes pièces contre leur personne. Les nouveaux venus dont la plupart n'a aucune idée de la gestion de la collectivité locale, s'ingénient à promettre le paradis sur terre. Confrontés ensuite aux arcanes bureaucratiques, ils se réveilleront comme au lendemain de fête, avec une gueule de bois qui se manifestera par de la fuite en avant, l'esquive et le dédit. Certains, non au fait de la chose publique, s'imaginent candidement que le budget de la commune est déposé dans un grand coffre mural au bureau du maire. Ils seront, vite, refroidis par le comptable communal et le contrôleur financier. Et c'est à l'usage et grâce à leurs subalternes aguerris à la fraude qu'ils découvriront les chemins discrets de la mystification.