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Des villes de l'est du pays affectées: Le ministère des Ressources en eau minimise

par Yazid Alilat

Un responsable au ministère des Ressources en eau, est formel: il n'y a pas de crise de l'eau en Algérie. Abdelwahab Smati, directeur des Ressources en eau, au ministère, explique, face à la crise actuelle de l'eau dans certaines villes de l'est du pays, dont Annaba, qu'il n'y a pas de crise de l'eau, en Algérie. «Je ne définirais pas cette situation comme étant une crise». Car, a-t-il ajouté, hier mardi, à la radio nationale, «cela n'affecte que quelques villes et agglomérations secondaires par rapport aux 48 wilayas» du pays. Cette crise de l'eau «ne concerne que quelques villes», a t-il poursuivi, comme c'est «le cas des régions de Tébessa et Souk Ahras». Ces régions ne sont alimentées que par un seul barrage impacté par un recul des précipitations, explique M. Smati, selon lequel la même situation est vécue avec le barrage de Ain Zada, pour les wilayas de Sétif et Bordj Bou-Arrerdij, ainsi que le barrage de Ain Chaffia pour la wilaya de Tarf. «Ces barrages ont été affectés par les déréglementations climatiques, il n'y a pas eu suffisamment de précipitations», ajoute M. Smati, selon lequel le déficit est de 400 millions de m³, par rapport à l'année passée. «Mais, relève t-il, ce n'est pas l'ensemble des villes du pays qui sont alimentées par les barrages. Au Sud il n'y a pas de problème, en plus des villes alimentées en eau de dessalement.» Le niveau actuel de remplissage des 65 barrages est de 55%, a indiqué le directeur des Ressources en eau au ministère, selon lequel «c'est un niveau assez bas par rapport à 2014-2015, des années où le niveau était assez important. Pour lui, «nous sommes en situation exceptionnelle, et ce ne sont que les villes alimentées en eau des barrages qui enregistrent ce déficit.» Les barrages ne représentent que 3% de l'AEP, 50% proviennent des eaux souterraines, avec 177 aquifères, au nord du pays, produisant 2,5 milliards de m³, et le dessalement d'eau de mer à l'ouest et au centre du pays. «Nous produisons 1,3 million de m³ par jour d'eau de dessalement, le sud est alimenté par des ressources souterraines», ajoute M. Smati.

L'autre souci, et l'un des plus importants, est la perte sèche de l'eau potable avec le phénomène des fuites, les gaspillages et les piquages illicites, représentant 60% du volume d'eau transportée. Sur les créances impayées des agences commerciales, il a indiqué que des discussions sont menées avec le ministère de l'Intérieur, notamment pour régler «à l'amiable» ce problème avec les communes, et avec les particuliers. On travaille pour que l'ADE recouvre ses créances, qui s'élèvent à 45 milliards de DA.» M. Smati a indiqué, en outre, que «le problème de la hausse du tarif de l'eau n'est pas à l'ordre du jour, mais si cela se fera, il sera pris dans le cadre de subventions.»

Revenant sur le cas de la ville de Annaba, qui connaît une crise aiguë d'eau potable, qui a même conduit les responsables du Complexe sidérurgique d'El Hadjar à arrêter le haut fourneau par manque d'eau, le représentant du ministère estime, cependant, que «c'est un cas exceptionnel et isolé.» Ce qui s'est passé «est une série de conjonctures exceptionnelles, avec la réhabilitation des équipements, dont la conduite principale, le champ de captage de Bouteldja, en plus du recul de la pluviométrie et le niveau bas du barrage de ‘Chaffia', qui est à 150 millions de m³». «Nous avons des solutions, mais cela nécessite des investissements, réhabiliter le champ de captage de Bouteldja. On va essayer de faire des pontages à partir de Zerizer et la situation va s'améliorer, d'ici à la fin de l'année. D'ailleurs, des ordres de service (ODS) ont été donnés pour rénover la conduite principale alimentant la ville de Annaba sur 22 km, plus l'ODS de rénovation des champs de captage de Bouteldja. En outre, «la station de dessalement de Annaba, tout comme celle de Béjaia, est d'actualité, et les études sont en cours», a tenu à rassurer ce responsable au ministère des Ressources en eau, selon lequel ces stations de dessalement n'ont pas été réalisées à cause de problèmes de financements.

Depuis 1999, près de 50 milliards de dollars ont été investis dans le secteur de l'Hydraulique en Algérie, qui compte actuellement 65 barrages et 10 en construction. L'objectif est de réaliser, à moyen terme, 84 barrages, selon le ministère. «L'objectif est de stocker le maximum des eaux de ruissellements, estimées à 10 milliards de m³, et on est à 8 milliards de m³ et on compte atteindre les 9 milliards de m³ d'eau captée par les barrages», explique M. Smati, qui a indiqué que l'Algérie compte, actuellement, 11 stations de dessalement, «et nous sommes à 2,3 millions de m³ d'eau produits par jour. Face à la menace du stress hydrique, il a confirmé l'option du dessalement. «Il y a 18 milliards de m³ d'eau en souterrain qu'il faut gérer, convenablement. Mais, nous envisageons, à terme, le dessalement comme ressources pérennes contre le dérèglement climatique.»

Alors, un retour vers les bidons de stockage de l'eau des années 1980? «Il faudrait une situation catastrophique pour qu'on revienne aux citernes et bidons d'eau», a t-il affirmé.