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Sauvez le soldat Sonelgaz

par Moncef Wafi

Dans l'air du temps depuis un bon moment, l'augmentation des prix de l'électricité et du gaz est devenue une réalité… amère. Même si elle ne touchera, dans un premier temps, que les gros consommateurs de la 3e et 4e tranches, entendre par là les industriels, selon le ministre de l'Energie, Salah Khebri, l'annonce n'a rien de jouissif ni ne rassure grand monde. Car dans l'explication du représentant du gouvernement, c'est ce «dans un premier temps» qui fait craindre le pire.

Dans la logique du ministre, et pour sauver le soldat Sonelgaz, la solution est dans l'augmentation des factures pour desserrer les contraintes financières de la compagnie nationale. Si Khebri précise que les petits consommateurs et les ménages ne sont pas concernés par cette mesure pour l'instant, ils seront néanmoins rattrapés, tôt ou tard, par ces augmentations sans indiquer leur valeur. L'Etat, qui finance bon an, mal an le déficit des différentes filiales de Sonelgaz estimé à 80 milliards de dinars annuellement, se trouve ainsi obligé de recourir à ces hausses du prix du kilowatt sachant que les revenus de la compagnie ne couvrent pas plus de 60% de la production.

Si, théoriquement, le gouvernement est en droit de chercher des palliatifs à ces manques à gagner, il est de son devoir de trouver des solutions pour une meilleure gestion de Sonelgaz. Accéder à un recouvrement des créances plus offensif en direction des institutions publiques et des collectivités locales, qui tournent autour de 45 à 47 milliards DA par an, et une rationalisation des ressources humaines devront permettre de recadrer une entreprise budgétivore qui a montré toutes ses limites dans la gestion d'un secteur aussi stratégique que celui de l'électricité et du gaz.

Il est vrai aussi que dans une implacable logique commerciale, un industriel ne peut pas être mis sur le même pied d'égalité qu'un simple ménage et Bouterfa est tout à fait dans son droit de s'interroger sur le prix d'achat de l'énergie à 2,2 DA hors taxe par la clientèle haute tension, alors que le coût de revient est de 3 DA, de même qu'il trouve illogique que les sidérurgies, les verreries et les cimenteries, entre autres gros consommateurs, paient leur consommation au prix subventionné.

Personne ne pourra le contredire mais quand on affirme que le simple citoyen ne sera pas concerné par cette hausse, ou du moins pas dans un premier temps, on se trompe lourdement. Ou on veut tromper son monde, et c'est plus grave. Car le fait d'augmenter le prix de l'électricité, du gaz et du gas-oil pour les industriels se répercutera par ricochet sur le portefeuille du citoyen puisque ces mêmes gros consommateurs devront répercuter à leur tour cette hausse, et un peu plus à l'occasion, sur leurs produits et prestations de service induisant une augmentation systématique et généralisée de tous les biens de consommation.